L’administration de l’internat, Les profs, Les internes.
Chacun imagine aisément que la vie en milieu clos est riche de toutes les manies, toutes les habitudes, frustrations ou jubilations qui s’expriment de manière plus ou moins attendue. Au vécu, cette vie en voisinage imposé tisse ses accointances, ses répulsions, ses tolérances ou ses accommodations. Et toutes ces complicités ou ces animosités, parfois, se jouent sous la surveillance d’un encadrement administratif qui ne peut être passé sous silence.
L’administration.
Le proviseur, tout en haut de l’échelle, donne le ton à l’ensemble de l’équipe.
Nous avons connu le fouineur qui se mêlait de tout, venant nous surprendre dans la salle d’étude vers dix-huit heures pour vérifier si chacun était bien à l’ouvrage. Il nous interrogeait pour contrôler nos connaissances et gare à qui restait coi ! Sa présence à cette heure de fin de journée était redoutée pour ne pas dire très crainte.
Pendant les récrés de fin d’après-midi, il se promenait le long du mur avec son chapeau et son sourire narquois, à l’affût d’une faute ou de la moindre incartade. On aurait dit qu’il se réjouissait par avance de surprendre l’un d’entre nous en flagrante peccadille.
Un jour, alors qu’il traversait la cour par la bande, le long du mur presque en catimini, il reçut, d’un shoot malencontreux, le ballon en plein visage. Comme une sorte de justice immanente, on aurait dit que la balle le cherchait et n’attendait que lui.
Il a été très surpris, son chapeau a volé à quelques mètres. Evidemment, il n’était pas homme à subir un tel affront sans réagir sous l’hilarité générale. Que cela se produise sur lui, avait décuplé la force comique de ce petit évènement totalement fortuit. Le ballon a été confisqué et la pratique du foot à la récré interdite, tout le reste de son provisorat.
Le principal qui lui succéda était plus discret voire invisible. On se demandait bien pourquoi.
Il était petit et gros, le sosie parfait de Francis Blanche. Le sourire enfoui dans ses joues rouges et gonflées, l’image d’une douceur de nourrisson. Après un temps d’expectative, personne ne le craignait, personne ne lui portait irrespect, ce fut une présidence tranquille.
Il n’était pas dérangeant et ne doit sa « survivance » dans notre mémoire qu’à son effacement monumental.
Il nous laissait une paix royale, nous ignorions la vie secrète cachée derrière son sourire permanent.
Son passage au lycée resta grand mystère pour l’ensemble des internes.
Le surveillant général qui a opéré sous plusieurs directions a parfaitement tenu son rôle. U manzu, le bovillon ou le taureau en sobriquet, était craint mais apprécié car il aimait ses internes. Nous percevions très fort ce côté protecteur masqué derrière une sévérité presque feinte. Il nous connaissait tous, sachant de quel coin de Corse nous venions et de quoi chacun était capable. Il cernait son monde très rapidement. Il se trompait rarement de cible et ses décisions étaient acceptées sans rechigner.
Il était interdit de fumer dans les couloirs, nous le savions et c’est pourquoi certains n’en tenaient pas compte. Notre ami François fumait beaucoup. Adossé au mur du couloir, il tirait très fort sur sa cigarette qu’il masquait avec la main en abat-jour. Lorsqu’il vit fondre le surgé sur lui, il lâcha la cigarette dans la poche du caban en tapotant l’extérieur pour tenter de l’éteindre. Il avait les poumons remplis de fumée, le surveillant général lui demanda : « Tu fumes ? » puis lui pinça le nombril très fort… François le regardait droit dans les yeux, en apnée, lui expédia un nuage de fumée en plein visage en disant : « non, je ne fume pas !». Un moment de comique de situation, irrésistible. Il fut privé de sortie pour le week-end suivant et se désola du trou dans la poche du caban tout neuf.
Voici deux autres gags amusants qui concernent notre sympathique surveillant général.
Le prof de gym, M. Favre, nous interdisait de shooter avec le ballon de hand. Evidemment, chaque fois qu’il tournait le dos, celui qui avait la balle en profitait pour la faire voler très haut d’un coup de pied magistral. Ce jour-là, le surgé sortait tranquillement de sa salle lorsque le ballon qui tombait du ciel rebondit sur le sommet de son crâne. Situation cocasse… le prof avait compris la raison de ce tableau improbable mais ne savait pas qui était à l’origine du gag.
Une autre fois, nous étions dans la salle d’études et la lumière ne cessait de s’éteindre. C’était coutumier en hiver. A chaque panne, un chahut organisé et désorganisé à la fois, éclatait. Le calme revenait dès le retour de l’éclairage. A la énième coupure de courant, les élèves couraient à l’aveugle partout dans la salle, dansaient, criaient… Lorsque la lumière revint, l’un d’eux était en train de danser avec le surveillant général – entré pendant la panne pour se mêler aux chahuteurs – qu’il avait attrapé au passage dans l’obscurité. Il le tenait, une main dans sa main, l’autre posée sur l’épaule et les deux s’étaient lancés dans un paso endiablé… Devant cette monumentale surprise, chacun regagna sa table, illico, dans un silence de mort.
Ce fut un moment inoubliable. Imaginez la scène, je me demande encore comment le surgé n’a pas éclaté de rire durant le paso.
Un autre sous-surgé, fumeur de pipe et terrorisé par les souris avait repéré le nom de notre ami Titi. Nous étions dans le rang en direction du réfectoire pour le petit déjeuner :
– Soldat Guerra, sortez des rangs ! lança-t-il à la cantonade.
Titi s’avança vers lui, qui sortant la pipe de sa bouche lui adressa :
– Dis-moi, tu es venu là pour faire la guerre ou pour faire la paix ? Une guerre, il faut la gagner ! Vinciguerra, quistu si hè unu nomu ! (« Gagner la guerre », ça c’est un nom !)
Titi était timide et très fragile sur le plan affectif, il se mit à sangloter lui répondant, en le tutoyant, qu’il aura des problèmes avec son père lorsque celui-ci apprendra qu’il se moquait de son nom. Monsieur F. eut beaucoup de mal à le raisonner et n’avait pas imaginé la portée de cette plaisanterie. Il était coutumier de ce genre de boutades et de bourdes aussi.
La salle des repas était parfois l’endroit des règlements de comptes avec les pions. Ces surveillants qui bien souvent « raflaient » les filles convoitées par les lycéens, profitant de leur position dominante. Ils ne se savaient pas dans le collimateur de certains qui n’attendaient que la panne de courant pour passer à l’action. Leur arme, une grosse tranche de pain ou une pomme toujours à portée de main. En cas de fuite de la lumière, le pain rapidement trempé dans une sauce partait en direction de la cible avec une violence que vous n’imaginez pas. Parfois c’était toute une volée de projectiles comestibles qui s’abattait sur la victime lorsque les copains devenaient complices pour gagner en efficacité.
Celui du jour, le costume noir qui ne le quittait jamais dégoulinait de sauce et de tout ce qui coulait.
Nous devions rester debout devant la table en attendant l’ordre de nous assoir qui n’intervenait qu’après un silence complet. A notre table, nous narguions le pion détesté en faisant mine d’assister à un discours. L’un d’entre nous sortait une feuille blanche de sa poche et mimait un discours en remuant les lèvres, ponctuant les expressions de larges gestes. Nous écoutions, hochions la tête puis simulions des applaudissements sans faire de bruit. Ce manège rendait fou notre cerbère qui ne pouvait sanctionner car nous ne faisions aucun bruit…Il attendait la fin du sketch pour donner son feu vert. Il nous avait à l’œil le restant de la semaine.
Comme les enfants rêvent de devenir pompiers, certains rêvaient d’être pions une année, juste pour connaître cette position enviable auprès des filles. Maigre consolation.
Les profs.

Nous avons eu énormément de chance, j’y crois vraiment, de rencontrer des enseignants qui nous ont beaucoup apporté. Je reste persuadé que nous nous sommes forgés un esprit critique aiguisé, durant cette période.
Le prof de maths, très indépendant, faisait cavalier seul. Très peu d’entre nous étaient capables de le suivre. On ne peut pas dire qu’il ait inoculé le sens des mathématiques à la masse de ses élèves, pour la plupart rapidement largués, mais ceux qui le suivaient pouvaient prétendre à math ’sup. C’étaient ceux-là qui étaient chargés durant l’étude du soir, de combler les lacunes des largués du matin, suffisamment motivés pour être demandeurs. Aucune concurrence ne jouait entre nous, le groupe était soudé et chacun posait la soudure de ses compétences. Oh ! Il existait bien quelques individualistes mais nous ne les enviions pas, nous les laissions à leur problématique, le plus naturellement du monde.
Les profs de physique se sont succédé à une fréquence inhabituelle. Je me souviens d’un remplaçant sympathique mais encore vert en la matière, confronté à une énigme amusante. Nous venions d’étudier la Bosnie Herzégovine en histoire et certains avaient eu l’idée de tester ses connaissances en chimie. Ils avaient rangé dans le placard à produits, deux flacons remplis d’eau légèrement colorée dont les étiquettes portaient le nom d’acide bosnique et de base herzégovine. Lorsque le préposé aux produits chimiques l’interpella pour lui demander la dangerosité de ces flacons, il s’empressa de conseiller de ne pas y toucher. Dans le doute non avoué, il les déclara hautement toxiques.
Le prof de philo au physique de Victor Hugo fumait énormément et roulait ses blondes pendant qu’il dispensait ses cours. La salle se remplissait de fumée Amsterdamer qu’il avalait goulûment avant de la chasser, façon locomotive à vapeur, par les commissures de ses lèvres, tantôt l’une, tantôt l’autre. Il faisait les cent pas devant le tableau durant toute l’heure, n’était jamais assis et semblait ne pas nous voir. Nous étions passionnés par ses cours car il trouvait toujours un angle intéressant. C’est à son contact que j’ai pu me construire une philosophie de vie qui a très peu varié depuis. Dans un mystérieux brouillard cabaret, nous apprenions des anecdotes amusantes comme certaines dénominations, genre OMO pour la lessive, par exemple. Le petit comité qui était chargé de trouver un nom au produit se perdait en bavardages lorsque quelqu’un coupa court : « Bon, maintenant il faudrait en venir au mot… » Ce qui instantanément produisit l’appellation OMO. Il en fut de même pour le GARDENAL. En cours de discussion quelqu’un précisa « de toute manière il faudra garder NAL. Ce suffixe était une obligation pour ce type de médicaments. C’étaient des anecdotes qui n’avaient rien de philosophique mais qui nous mettaient en perspective avec la vie : des petits riens qui font le monde. Parfois, un élève notait une citation, ou une allusion au tableau avant son arrivée et voilà qu’il changeait l’orientation de son cours. André avait écrit : « Fais-moi souffrir ! » réponse « Noooon ! » Le Prof enclencha aussitôt sur le masochisme et le sadisme en passant par les épicuriens et les stoïciens. Ces derniers, souvent mathématiciens, résistaient à la douleur durant l’approfondissement de leurs recherches, ils recevaient des coups dans les jambes : « Tu vas me faire mal » puis, la jambe cassée, « ça –y est, tu m’as fait mal » Je me souviens de cet exemple qu’il se plaisait à raconter.
Notre prof d’histoire/géo était d’une originalité singulière. Tant dans son physique de mongol que dans l’approche inédite de la matière enseignée. Ses cours étaient conduits comme des énigmes, nous avions l’impression d’entrer dans les dédales d’un mystère que nous prenions plaisir à dévoiler. Il procédait comme un prof de philo, nous formant à l’esprit critique et à la découverte, une sorte d’apprentissage de la méthode. Après tout, si nous en avions envie, les faits historiques et la géographie se trouvaient dans les livres, nous préférions son mode d’approche.
Nous avons connu un autre prof d’histoire, une dame très proche de ses élèves. Beaucoup plus traditionnelle dans son enseignement mais pleine d’humanité. Sa manière d’être, nous touchait beaucoup, même les plus chahuteurs d’entre nous devenaient des anges. Ils veillaient à ce que son cours ne soit pas perturbé. Elle était myope et François, le plus facétieux, avait testé son degré visuel. Pendant qu’elle écrivait au tableau, il s’était éclipsé par la fenêtre. Il frappa à la porte et se dirigea vers la prof pour s’excuser de son retard. Après quelques secondes d’hésitation, elle réalisa la supercherie et le cours reprit normalement. Un agent du lycée avait tout vu du manège et dénonça notre ami auprès du surveillant général. Mademoiselle Nicoli. s’opposa à toute sanction en se déclarant responsable de sa classe et tança vertement « la balance » qui n’avait pas compris cela. Elle défendit avec conviction son élève qui fut purement et simplement « relaxé » en conseil de discipline. Cette dame fragile avait gagné l’adhésion de tous ses élèves qui se faisaient un plaisir d’apprendre les leçons pour que la moyenne de la classe soit très haute. Une attitude suffisamment originale et peu commune pour être racontée…
Les profs de français étaient moins appréciés par l’ensemble de la classe. Traditionnellement, la moyenne était plus basse et cela décourageait beaucoup d’élèves. Classique !
Nous avons connu une dame très sèche et très maniaque. Elle se montrait d’une grande sévérité comme si elle craignait d’être débordée. Pour ne rien perdre de la durée de son cours ou pour se rassurer, elle installait un réveil dont elle remontait la sonnerie pour rythmer ses séquences. La plus extravagante de ses manies : elle avait à portée de mains une paire de gants en caoutchouc qu’elle enfilait au moment de ramasser les copies. Elle était mysophobe, phobique des microbes et de la saleté. Cette curiosité avait attiré notre attention un temps, avant de s’évanouir dans la banalité.
Très croyante, sa foi transparaissait jusque dans ses sujets de rédaction, voici un exemple : « Le cid est grâce à Dieu un scandale permanent. développez, commentez. » Je crois que toute la classe est restée coite. Nous étions loin de sa « pierre à scandale » dont il fallait tirer le fil.
Voyez si nous étions à bonne école, école riche, à rebondissements multiples et incessants !
Nous baignions dans la réflexion, l’approfondissement et l’esprit critique permanent.
L’autre prof de français surnommé Foxy avait une allure vulpine, incontestablement. Un nez renifleur, un visage tendu vers l’avant comme s’il était perpétuellement à l’affût. Il était très chahuté, peureux mais ne sévissait que très rarement. Un élève particulièrement redouté, chaussait des lunettes de soleil fortement tintées, s’endormait pendant le cours en donnant l’impression de le fixer. Ses cours étaient originaux, une fois par semaine, un élève tiré au sort devenait prof pour toute l’heure. Il devait lire, interpréter, expliquer un texte et le dernier quart d’heure était consacré aux remarques des autres élèves et du prof. Cette séance servait à déterminer la note orale de la matière. Cet homme a beaucoup souffert car il était craintif, toujours sur ses gardes, conditionnant et encourageant le comportement des chahuteurs passés professionnels.
Voilà pour les plus marquants, tous les autres avaient leur particularité voire leur charme … Evidemment.
Je n’évoque que ceux que j’ai connus.
Les internes.

Deux médecins, un archéologue, un prof de maths, j’ignore ce que sont devenus les autres.
Après la vie de la classe, il y avait une autre vie, celle des internes.
Nous étions au lycée pour la semaine. Nous organisions notre petite société comme cela se produit dans les endroits clos. Nous faisions en sorte d’éviter les PS (privé de sortie) qui repoussaient à quinzaine le retour à la maison et nous n’aimions pas trop cela, sauf ceux qui couraient le guilledou. La sortie hebdomadaire était salutaire : une grande bouffée de liberté contrastait fortement avec la vie collective très encadrée.
Des clans se formaient et chacun avait ses habitudes, ses rituels pas toujours connus des autres internes. En terminale, le bloc était rodé, déjà en place depuis la seconde. Le plus gros de l’activité se produisait à l’étude de 18 h ou très tard le soir lorsqu’on nous accordait la permission de minuit pour réviser le bac. C’était le prétexte pour veiller et nous retrouver seuls sans surveillance.
La douane.
Le lundi soir était jour de douane. Le matin, presque tous les élèves rentraient du village avec des réserves pour la semaine. Pendant que l’étude battait son plein, certains, les plus dégourdis d’entre nous, sortaient dans le couloir pour inspecter les sacs et prélever un impôt en nature. Un saucisson, un figatellu sec, du chocolat, toute sorte de victuaille pour agrémenter nos menus clandestins de la semaine. Les victimes évitaient de se plaindre de ces prélèvements car la nourriture était interdite… elle était simplement tolérée. Nous complétions notre carte en fonction de nos réserves.
La confiture.
Le soir très tard, durant les révisions, nous nous sustentions en ponctionnant les cuisines du lycée. André, neveu de l’économe, connaissait parfaitement les lieux et donc, naturellement, était chargé de mission. Notre porte dont la poignée avait été enlevée communiquait directement avec la cuisine. C’était facile avec une règle à section carrée de remplacer le sésame manquant. Cela a duré quelques temps jusqu’au jour où André s’était comporté en petit poucet. Il avait fendu une flûte en deux et l’avait remplie de confiture à la louche. Se déplaçant à tâtons dans l’obscurité pour regagner notre salle, il avait semé des coulées sucrées jusqu’à la porte mitoyenne. L’économe et le surveillant général nous ont démasqués en suivant les plots de confiture qui conduisaient jusqu’à notre salle.
L’extincteur.
L’épisode de l’extincteur fut le plus étonnant. En regagnant le dortoir vers minuit, André, toujours lui, avait décroché l’extincteur pour le braquer vers les cousins Raymond et Simon Dominati, en disant :
– Un pas de plus et vous êtes des hommes morts !
Puis, sans réfléchir, il actionna la manette. A cette époque, une fois l’engin dégoupillé, il était impossible de l’arrêter. André, surpris de ne pouvoir stopper la neige carbonique, s’était affolé, jetant l’extincteur du côté des préfabriqués. Une fois la surprise passée, nous sommes retournés pour nettoyer le couloir, la partie basse de la façade d’un préfabriqué et remettre l’appareil à sa place. Le lendemain, tout l’état-major du lycée se trouvait sous l’extincteur qui n’avait pas fini de baver. En séchant, tout était redevenu blanc, même nos chaussures que nous avions pourtant bien rincées. André s’est dénoncé et écopa d’une semaine de mise à pied. Son oncle l’économe s’était juré de coincer un jour les deux cousins, croyant que nous étions complices…
En ce qui me concerne, ce fut fait l’année suivante, alors que j’étais pion, j’ai payé une amende électricité pour consommation excessive.
L’orage.
En regagnant tard le dortoir, certains s’arrêtaient chez les petits pour faire parler ceux qui étaient déjà dans un profond sommeil ou les changer de lit pour qu’ils se réveillent le lendemain dans un autre dortoir. Ils imitaient l’orage en flashant les yeux avec une lampe électrique pour les éclairs, projetaient des gouttes d’eau sur le visage après avoir trempé les doigts dans un verre et grondaient pour déclencher le tonnerre. Ils s’amusaient de voir la victime se recroqueviller et se réfugier sous les draps comme un escargot dans sa coquille. Ils parvenaient même à obtenir le code du cadenas à chiffres pour quelques barres de chocolat cachées dans le casier.
La gestapo.
Souvent, les cours d’histoire étaient des prétextes pour trouver un amusement. En période hitlérienne, François avait décrété de choper un garçon très assidu auprès des filles. Il avait revêtu cinq à six vestes et une gabardine. Il était plus large que haut et se promenait dans la cour avec quatre acolytes qui l’encadraient : deux devant, deux derrière. Un cartable à la main et chapeauté, il faisait mine de chercher quelqu’un.
Les filles venaient d’entrer dans leur salle d’étude. Prenant l’accent allemand, il ordonna d’empoigner le pauvre Dom Juan, le fit conduire jusqu’à la porte de l’étude des filles… la garde rapprochée lui baissa le pantalon et le slip bien emmêlés sur les chevilles, ouvrit la porte de la salle, le poussa à l’intérieur puis referma la porte. De l’extérieur, on entendait rires et cris mêlés provocant un vacarme incroyable. La victime se remit rapidement de cette mésaventure car l’incident avait tourné en sa faveur…
La peine.
En corse « a pèna », littéralement « la peine », peut avoir d’autres sens comme dans le cas qui nous intéresse, Una pèna = un malaise.
En grande discussion, un petit groupe dissertait cadenas. Chacun vantait le sien, plus solide que celui des autres pour interdire l’accès à son casier. Le seul qui venait de la ville, décrivait le sien à barillet et à code chiffré. Son voisin, venu de la campagne trouva vite la faille : « S’il te prend une peine après minuit comment tu fais pour voir les numéros ? » Sous entendu, sans éclairage, s’il fallait chercher des médicaments dans l’urgence…
Le samedi midi nous regagnions nos villages, tantôt en taxi, si les parents pouvaient payer… parfois nous rentrions à pied en espérant rencontrer un véhicule sur le passage.
Au mois de septembre nous faisions escale dans les vignes du sartenais pour prendre des forces au cas où nous devrions parcourir les trente kilomètres à gambettes.
Ce fut plutôt rare mais cela nous est arrivé quelques fois…


Ce texte est une compilation de textes anciens.
Voici les réactions d’alors :
palme de lanfranchi
16 Juil 2012 à 1 h 35 min Modifier
Je me souviens du coup de l’extincteur, ça avait fait beaucoup de bruit! ..André S ,faisait pas mal de bétises,puis venait nous les racconter car nous étions un peu copains,.. lui et Lavoisier s’entendaient comme larons en foire..ce dernier avait une moto surnommée « Beltégeuse » qu’il garait dans la cour du lycée. un jour Fed avait demandé à Lavoisier de l’accompagner en voiture pour aller je ne sais ou,car il s’etait pris d’affection pour lui , mais la confiance envers ce « surgé » plus que bizzare n’existait pas , et andré s’est caché dans le coffre de la voiture, puis a surgis comme un diable lorsque celle ci s’est arretée. inutile de t’expliquer la réaction du surveillant qui a passé le reste de l’année à lui pourrir la vie…je me souviens des casses croute, car chez les filles aussi il y aurait beaucoup à racconter, si on rigolait beaucoup on mangeait tres mal dans ce lycée, alors le soir on tendait des serviettes entre le lit du bas et celui du haut, on accrochait une lampe electrique aux ressorts du lit superieur, puis on sortait le « spuntinu » c’est à dire les bananes , le camembert,le saucisson,..et les cigarettes,en faisant attention de pas se faire chopper par la pionne…on « tchatchait » parfois jusqu’a 2 heures du matin, les réveils étaient durs ,mais on étaient jeunes et insouciants. …comme le temps a passé vite ! parfois il me semble que c’etait l’année derniere tout ça ! merci de raviver tout ces souvenirs.
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palme de lanfranchi
16 Juil 2012 à 1 h 41 min Modifier
les photos sont belles , peut etre parceque c’est l’age ou on est beau, je reconnais tous les visages mais je n’ai pas tous les noms…encore merci, c’est agréable de revoir tout ces « jeunes ».
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RÉPONSE
JEAN-PAUL DE PERETTI
22 Juil 2012 à 21 h 09 min Modifier
Anecdotes croustillantes commes ces traces de pain confiturées laissées par le petit-poucet de l’histoire (!)… Tiens, à l’époque, les salles d’études (ou permanences) n’étaient pas mixtes ! Mais, à bien y réfléchir, je crois qu’à mon époque elles ne l’étaient pas non plus ! (1972-1975, au lycée Clémenceau)
Par contre, une tradition qui a perduré à l’époque que j’ai connue, c’est celle des changements de lit et de dortoir en un temps-record !! …J’en ai jamais été victime (mon sommeil étant trop léger !) mais j’ai en revanche assisté à ce genre de scène…
hilarante, il faut le reconnaitre ! Les lits en portefeuille étaient légion à l’époque…
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battesti
28 Juil 2012 à 18 h 57 min Modifier
Tres belles photos. La seconde photo m’a fait faire un grand bon dans le passé.
J’étais tres amie avec Francois Mancini, puis nous nous sommes perdu de vue (la vie quoi !!!!!). j’aimerai bien avoir de ces nouvelles,et reprendre contact avec lui. Francois Nicolai je l’ai revu quelque fois mais il y a déja quelques années, je crois qu’il habite Propriano. Raymond Dominati était médecin à Bastelicaccia mais il est décédé il y a quelques années déja.
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RÉPONSE
Jean-Paul de Lanfranchi
8 Nov 2014 à 9 h 59 min Modifier
Comme Voltaire : « Regrettera qui veut le bon vieux temps… ». J’avoue que le lycée est bien loin et qu’il faut que je cherche bien pour retrouver quelques réminiscences.
Néanmoins, c’est grâce à M. Pastorel que j’ai fait des études de géographie et je regrette de n’avoir pas eu l’occasion de le lui dire. Il aurait en plus, je pense, bien ri en connaissant ma carrière professionnelle.
En français, j’ai gardé le souvenir de M. Battestini, prof d’une grande culture et près de qui nous nous sentions assez dépassés. Notre première dissertation : « Qu’est-ce que la tragédie ? », en avait été une pour l’ensemble de la classe. Mais il nous avait fait connaitre les surréalistes, en particulier René Char dont il était proche, ainsi que des auteurs grecs de l’Antiquité dont nous n’avions jamais entendu parler avant lui. Il mérite un grand merci.
En maths, peu de souvenirs, par contre deux bons profs en physique-chimie, dont l’un débarquant de la fac et nous ayant avoués un jour « avoir des lagunes » (sic).
En philo, certains cours étaient « fumeux », surtout ceux du lundi matin. L’année commençait inévitablement par une interrogation écrite où il fallait donner des définitions de mots qui ensuite nous servaient dans les cours. Je me souviens de : barbare, sauvage, civilisé, ineffable, empirique,…
A la correction, je suppose qu’il devait avoir un sacré bêtisier.
Merci Simon de nous ramener un peu de notre jeunesse. À te lire.
Vous avez fait plaisir à beaucoup de personnes, un grand voyage dans leur jeunesse, les réactions sont très touchantes.
De beaux souvenirs d’école, j’avoue ne pas en avoir…
J’ai limité, il y en a des pendables 😉
N’hésitez pas! 🙂