L’ombre et la lumière, un contraste nécessaire.

J’ai toujours été attiré par l’ombre. Cela témoigne de ma personnalité.
Je n’aime pas être en pleine lumière. J’ai vécu à l’écart du monde sans jamais m’effacer, sans me cacher non plus. On appelle cela la réserve, la discrétion parfois l’éclipse et toujours le doute. Je savais qu’une telle attitude suggérait, pour beaucoup, l’insignifiance, le sans goût et le sans odeur. L’image d’une personne sans intérêt, d’une banalité à mourir. Certaines qui ont appris à me connaître parce que les circonstances s’y prêtaient, ont compris que de l’inerte apparent pouvait jaillir la vie.

Quelqu’un qui conversait avec moi pour la première fois, après m’avoir croisé des centaines de fois, me disait :

  • Mon dieu, j’ai toujours cru que tu étais inodore, incolore et sans saveur. (Il ne l’a pas dit comme ça, j’ai arrangé la chose) Je tombe de haut, j’ai plus appris avec toi en une demi-heure qu’avec d’autres en plusieurs mois !
  • J’ai souri et lui ai répondu, tu sais ce qu’il te reste à faire pour ne pas juger les gens que tu ne connais pas.

De l’ombre, on voit la lumière sans être ébloui par des rayons trop directs, trop crus qui font cligner des yeux. On peut plisser les paupières et regarder à travers le rideau cilié. Cela donne une attitude de penseur qui filtre les apparences et réfléchit assurément. C’est là que je me sens à l’aise, non pour être à l’affût mais dans l’écoute et le regard… c’est ma nature. Je ne prends la parole que lorsqu’on me la demande sinon je laisse glisser. Mais si vous me la donnez, vous le regretterez très vite car dans ce cas, je suis très volubile, il est difficile de m’arrêter et je risque de vous saouler.
C’est mon fond de timidité comme une sorte d’empreinte vestigiale, le fossile d’une enfance réservée. Une enfance réservée mais très active dans son silence apparent. Des restes, des traces… très résistantes. Une sorte de buvard avide d’encre et d’écriture qui imprime inlassablement l’envers des choses puis les rétablit en les lisant dans un miroir. Un miroir filtre, le filtre de ma conscience.

Mon ombre préférée est celle de la nuit. L’obscurité. Je m’y sens encore plus isolé. Une sorte d’intimité avec le ciel et les étoiles. J’ai l’impression que les astres piquetés dans la voute céleste m’écoutent et me parlent. Ils opinent tout le temps en clignotant mais est-ce une adhésion à mes pensées ou bien un tic ou un toc ? Un jeu purement mécanique ? Un effet des lois physiques de la lumière lointaine ?
Sans doute. J’aime donner un sens aux choses qui n’en ont pas en direction de moi.
Ce n’est point égocentrisme, je m’amuse, je fais parler le silence, j’anime l’inerte et ne suis jamais dupe de ces choses-là.
Peu importe, seul compte le sourire induit par l’imagination. C’est mon jeu. Je ne me leurre point, je vis joyeusement dans ce théâtre rêvé, juste inventé pour passer le temps et non pour découvrir une réalité. N’allez pas croire que je sois bizarre, j’ai bien les pieds sur terre et pour cela, il faut lâcher un peu de vapeur, un sourire parfois énigmatique qui rassure une inquiétude.

Un matin, le soleil s’est caché derrière un gros nuage géostationnaire. Il n’a pas bougé pendant longtemps comme s’il voulait laisser à l’astre, le temps de jouer une scène d’éclipse. C’est cette ombre soudaine, massive et intrigante, qui a tiré mon regard vers l’extérieur. L’ombre qui dit la lumière, encore une fois. Je suis sorti avec mon éternel appareil photo pour immortaliser la scène. Le nuage lenticulaire semblait gigantesque, presque une plateforme construite là pour accueillir des extraterrestres. L’évasion fut facile.

Combien d’astéroïdes voyagent au-dessus de nos têtes ? Vont-ils indéfiniment parcourir l’autoroute céleste sans accident majeur ? Les astronomes les identifient en les baptisant d’une sorte de numéro de plaque minéralogique, 2010RX30, 2010RF12 (authentique). Est-ce la ressemblance avec un réseau autoroutier qui les pousse inconsciemment à les nommer ainsi ? Dans leur crainte secrète imaginent-ils une possible collision entre astéroïde 2010RX30 et Terre ? Ce n’est pas impossible, l’inconscient est capable de tout et le possible aussi. Parfois le probable devient certitude, c’est une question de temps.

Il y a, parait-il, du côté de la planète Jupiter le camp des astéroïdes grecs et des astéroïdes troyens en ronde, en jour aléatoire. Un jour d’errance aléatoire, en apparence seulement, car régi par les lois physiques de l’Espace… Des grecs, Achille, Agamemnon, Nestor…Des troyens affublés de noms rappelant la guerre de Troie, Anchise, Priam, Enée… Des faux troyens, Thétis, Léda, Hélène… Tournent-ils pour une autre Odyssée ?
Et toutes ces comètes de gaz, de poussières et de glace qui nous frisent en étalant leurs queues tout de blanc empanachées en se rapprochant du soleil ?
Vont-elles nous percuter un jour produisant un éclair éblouissant dans notre coin d’Univers ?

C’est de l’ombre que jaillissent toutes les lumières. Les douces, les vives, celles qui réchauffent et celles qui brûlent. Celles qui éclairent et celles qui aveuglent. N’oubliez jamais de regarder en direction des coins obscurs, c’est peut-être de là que viendra votre étonnement.

A vivre sous les projecteurs, on n’est pas à l’abri d’une panne d’éclairage. Pour dur que sera le retour dans l’ombre, il allumera une autre lumière. D’abord faiblarde ou blafarde, elle se fera plus douce, on s’accoutume adressant un sourire sans regrets pour les sunlights entêtants et ravageurs.

Une inspectrice me disait : « Dommage que vous soyez si discret, on aimerait vous voir plus souvent, vous connaître mieux ! »
Je me serais brûlé ou d’autres se seraient chargés de le faire, je suis encore tout neuf !

Je vivais dans l’ombre, depuis que je voyage sur la toile, on me voit partout…
Parfois, j’ai le sentiment qu’on me voit trop, la nette impression de trahir, sur le web, la discrétion qui m’a construit une solide tranquillité, un anonymat confortable, trop pépère sans doute 🙂

Le petit plus qui a un tout petit quelque chose à voir.

Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait…
Jeunesse peut peu et vieillesse découvre qu’elle ne sait rien.

4 commentaires

  1. Pas de lumière sans ombre et pas d’ombre sans lumière, vous avez su tirer le meilleur des deux. Voilà une philosophie qui n’a plus cours aujourd’hui, on méprise l’ombre et le temps nécessaire à la réflexion pour privilégier la lumière et l’immédiateté; il est certain que l’on y perd. Et très paradoxalement, que l’on y perd … en lumière 😉

  2. Bien Al, l’immédiateté et la perte de lumière…
    Un manque de recul, le nez dans le futile…
    Cela me donne une idée, je vais y songer, un truc dans ce genre « Oui ou non ? ».
    J’avais remarqué que trop souvent dans certaines classes on pratiquait ce raccourci pour « explorer » la compréhension des lectures.
    J’avais tenté une expérience qui, indirectement, interpellait l’enseignant.
    Bonne journée Al. 🙂

  3. l’apanage de la vieillesse est qu’elle nous permet (enfin) de prendre le temps d’apprendre……. même si cette connaissance sera de plus courte durée.

  4. Je crois avoir profité du temps, la notion de temps était ma marotte.
    Je cultivais cet aphorisme que j’avais formulé très tôt : Celui qui a intégré la notion de temps ne se préoccupe plus du sens de la vie et se passe de l’idée de dieu.
    Ce serait trop long à développer, une des idées étant : puisqu’en tant de siècles, l’idée divine n’a jamais été élucidée, dans mon laps de temps… Misérable, laisse tomber !
    bonne journée Gibulène 🙂

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