Un patient, ça patiente énormément.

Dans le domaine des sciences, le savoir supplante le croire, haut la main, pour celles dites exactes.
Les sciences humaines sont un espace intermédiaire, le croire a sa place tout près du savoir.

On pourrait penser que la médecine, par exemple, accorde une large place au savoir mais le rationnel acquis côtoie l’empirisme avec, parfois, une bonne dose de croire.
Les toubibs travaillent avec des molécules évaluées, testées en double aveugle en s’appuyant sur des placebos.
Prenons le cas des statines, ces molécules à effet hypocholestérolémiant sont très controversées.
Comme en religion, il y a les pour et les contre, les catholiques et les protestants, par exemple.
Les uns les prescrivent, les autres les évitent ou les suppriment, c’est arrivé plus d’une fois.
Des chapelles existent bel et bien, l’exercice reste au ressenti de chacun et non une certitude absolue, le risque d’effets pervers ou secondaires est important.
On tâtonne, on se gratte la tête avant de décider, je prescris ou pas ?
Cela m’est arrivé une fois, il y a fort longtemps à partir d’une radio mal interprétée.
J’ai été soigné à « j’y vais j’y vais pas ? » d’un mal qui n’existait pas, élucidé plus tard par un spécialiste qui, grand homme, prenait la défense du généraliste débutant.
C’est signe d’attention que l’on vous porte, on soigne le non mal, à tout hasard, mieux vaut prévenir en espérant que le temps fasse le reste. Mais c’est signe, aussi, d’incertitudes qui induisent parfois méfiance à l’égard d’un traitant lorsque l’omnipraticien hésite dans sa prescription, trahissant un diagnostic hasardeux par grattage de tête prolongé et dubitatif.

Alors on entend :

– Ça va toi ?
– Figure toi que je sors de chez le médecin.
– Et alors ?
– Ben, alors, il m’a dit on va voir si ça marche, dans trois mois on refait des analyses et on avise.
– Chez qui vas-tu ?
– Chez le Dr Knock !
– Le faux toubib ? Tu es fou !
– Mais non, loin de moi cette idée, je crois qu’il a tous ses diplômes et sa salle d’attente est toujours bondée.
– Ecoute, si j’étais à ta place, j’irai chez Dr Blouse Blanche Immaculée, son diagnostic est sûr, je n’ai jamais entendu personne se plaindre de lui.
– Dans quelle rue son cabinet ?
– Pas loin de chez toi, rue de la Guérison Sûre.
– Curieux, pas étonnant qu’il soigne bien celui-là avec un nom de rue pareil… tu l’as choisi pour le bien nommé endroit, c’est pour ça ?
– Pas que pour ça. Je l’ai choisi de réputation, tu n’imagines pas que je vais chez n’importe qui.
– Ah oui, j’avais oublié que tu connais parfaitement ce domaine et en plus ta santé est parfaite !
– Parfaite, parfaite, je passe un scanner après demain, lui au moins, Dr Scanner, ne connait pas ses patients, il dit ce qu’il voit et après, l’autre se débrouille avec… Et puis bientôt Docteur IA qui n’a pas besoin d’études puisqu’on l’a bourré de savoir, sera totalement opérationnel mais résistera-t-il à la pollution humaine ?

Une digression qui peut paraitre un peu loufoque, c’est pourtant, à quelques malices près, ce que l’on entend des patients.

Bon, pourquoi geindre, on arrive à vivre correctement, croire et savoir font parfois bon ménage, on s’en sort pas trop mal, non ?
Et puis on nait pour ça, pour vivre en Tribulations, le pays du Couci-Couça et chacun a le sien.
Sinon la vie serait trop belle ?
Meuh non, sans hauts et sans bas, ce serait trop triste…
Patientons, patientons, on y file tout droit.

Un patient ça patiente énormément, c’est son métier acquis de naissance, la fin de l’histoire peut attendre un peu.

Les petits plus du jour :

Pensez à soigner vos minuteurs.
Lorsqu’un plutonien entend parler de nos problèmes d’eau, il nous charrie.
L’eau déshydratée facilite grandement le transport…
Hiboux en mode facebookien.
A force de fréquenter Facebook, ils pensent tout savoir et commentent n’importe quoi, n’importe comment.
Les fesses dans la bassine,
C’est la faute à Racine.

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