Journée de digression, que m’est-il passé par la tête aujourd’hui ? Allez savoir !
Voilà une question que je ne me pose jamais pour comprendre un fait. Mon questionnement favori est le comment ?
Chercher à répondre au pourquoi, c’est donner une intention aux évènements extérieurs. Qu’une tornade emporte votre toit, qu’une guêpe vous pique s’expliquent par le comment : la conjonction d’éléments qui convergent vers un fait qui vous touche. Des éléments qui n’avaient aucune intention de vous nuire et vous nuisent, pourtant.
Le « pourquoi » est au bout du compte, une question métaphysique qui interpelle le divin, et lui, on lui prête toutes les intentions. Il n’est pas envisageable qu’il produise les effets gratuitement. Alors on culpabilise, on s’interroge, on s’implique dans des faits qui n’ont strictement rien à voir avec nous. Evidemment, le croyant dira exactement le contraire mais est-ce raisonnable ? Oui, puisque ça arrange, ça donne un éclairage à l’inexplicable plus qu’à l’inexpliqué, à l’incompréhensible plus qu’à l’incompris.
Le comment, lui, est accessible. La tornade ? Une dépression qui passait par là, provoquée par une météo particulière, la résultante d’un phénomène météorologique qui nous ignore et voyage par ici. Là où les résultantes physiques, parfaitement explicables et descriptibles, la conduise sans aucune intention déraisonnable, sans intention de destruction, même si elle détruit, en effet.
Pour une fois je vais me poser cette question du pourquoi, mais dans l’intention ultime de m’intéresser au comment. Une sorte de raisonnement par l’absurde, par élimination, en réalité par le bon sens.
Pourquoi les fantômes apparaissent-ils plus souvent, presque exclusivement la nuit ou dans l’obscurité ? Pourquoi se manifestent-ils de préférence dans des châteaux ? Pourquoi restent-ils mystérieux, énigmatiques alors qu’ils cherchent à se faire entendre et connaître ? Pourquoi les esprits répondent-ils à des médiums et non à la personne concernée ? Pourquoi n’apparaissent-ils pas clairement et simplement dans leur appareil de fantôme ? Pourquoi sont-ils affublés d’un drap blanc avec des yeux ? Des yeux pour voir mais pas de jambes pour marcher ? Pourquoi le jour pendant le travail au bureau, ou je ne sais où, restent-ils absents ? Pourquoi les voix d’outre-tombe ne se dévoilent jamais au grand jour ? Pourquoi chercher à communiquer et y parvenir si mal ? Pourquoi rien n’est clair, net et précis ? Pourquoi le voyant n’obtient jamais une information complète, claire ? Pourquoi l’esprit ne parvient-il pas à se faire comprendre dans la plus grande simplicité ?
Pourquoi aucun esprit ne se manifeste à moi, même la nuit lorsque je suis seul ?
Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?
Remplacez tous ces « pourquoi » par des « comment » et vous aurez aussitôt les pieds sur terre. Vous tenteriez de comprendre le phénomène : « comment se produit-il ? au lieu de pourquoi moi, pourquoi suis-je interpellé ?
Alors pourquoi ?
Parce que ce qui se conçoit mal s’explique difficilement. Parce que le pourquoi engendre et entretient mystère et mythe pour nourrir la croyance. Le pourquoi ignore le comment comme le vampire fuit l’ail et le crucifix car il démystifie et démythifie.
Le pourquoi nait dans l’égocentrisme des gens qui rêvent que les esprits vont à eux alors que c’est leur esprit qui va aux esprits. Le comment se nourrit banalement des faits et ne peut satisfaire un esprit torturé.
Le pourquoi est une lampe qui éclaire les nuages, le comment, une lampe qui cherche le chemin.

Dans ce texte est évoquée la Médiumnité : je ne crois pas qu’il s’agisse d’un don mais plutôt d’un état de l’Esprit qui nous rend communicatif (ou réceptif) à des phénomènes qui nous dépassent et, donc, sur lesquels nous n’avons aucune prise. Cet état de l’esprit (chamanique ?) suppose-t’il une grande solitude ?
Fichtre me voilà plongé dans des abîmes de réflexion après vous avoir lu ici ce soir.
Je m’en vais essayer de remplacer le pourquoi de nombre de mes reflexions et de mes papiers de ces dernières années sur les motivations des actes des uns et des autres par le comment.
Merci d’avoir poussé du pied la fourmillière endormie.