Nous étions au lycée pour la semaine. Nous organisions notre petite société comme cela se produit dans les endroits clos. Nous faisions en sorte d’éviter les PS (privé de sortie) qui repoussaient à quinzaine le retour à la maison et nous n’aimions pas trop cela, sauf ceux qui couraient le guilledou. La sortie hebdomadaire était salutaire : une grande bouffée de liberté qui contrastait fortement avec la vie collective très encadrée.
Des clans se formaient et chacun avait ses habitudes, ses rituels pas toujours connus des autres internes. En terminale, le bloc était rodé, déjà en place depuis la seconde Le plus gros de l’activité se produisait à l’étude de 18 h ou très tard le soir lorsqu’on nous accordait la permission de minuit pour réviser le bac. C’était le prétexte pour veiller et nous retrouver seuls sans surveillance.
Le lundi soir était jour de douane. Le matin, presque tous les élèves rentraient du village avec des réserves pour la semaine. Pendant que l’étude battait son plein, certains, les plus dégourdis d’entre nous, sortaient dans le couloir pour inspecter les sacs et prélever un impôt en nature. Un saucisson, un figatellu sec, du chocolat, toute sorte de victuaille pour agrémenter nos menus clandestins de la semaine. Les victimes évitaient de se plaindre de ces prélèvements car la nourriture était interdite… elle était simplement tolérée. Nous complétions notre carte en fonction de nos réserves.
Le soir très tard, durant les révisions, nous nous sustentions en ponctionnant les cuisines du lycée. André qui connaissait parfaitement les lieux était chargé de mission. Notre porte dont la poignée avait été enlevée communiquait directement avec la cuisine. C’était facile avec une règle à section carrée de remplacer le sésame manquant. Cela a duré quelques temps jusqu’au jour où André s’était comporté en petit poucet. Il avait fendu une flûte en deux et l’avait remplie de confiture à la louche. Se déplaçant à tâtons dans l’obscurité pour regagner notre salle, il avait semé des coulées sucrées jusqu’à la porte mitoyenne. L’économe et le surveillant général nous ont démasqués en suivant les plots de confiture qui conduisaient jusqu’à notre salle.
L’épisode de l’extincteur fut le plus étonnant. En regagnant le dortoir vers minuit, André, toujours lui, avait décroché l’extincteur pour le braquer vers moi en disant : « un pas de plus et tu es un homme mort ». Puis, sans réfléchir, il actionna la manette. A cette époque, une fois l’engin dégoupillé, il était impossible de l’arrêter. André, surpris de ne pouvoir stopper la neige carbonique, s’était affolé, jetant l’extincteur du côté des préfabriqués. Une fois la surprise passée, nous sommes retournés pour nettoyer le couloir, la partie basse de la façade d’un préfabriqué et remettre l’appareil à sa place. Le lendemain, tout l’état-major du lycée se trouvait sous l’extincteur qui n’avait pas fini de baver. En séchant, tout était redevenu blanc, même nos chaussures que nous avions pourtant bien rincées. André s’est dénoncé et écopa d’une semaine de mise à pied. Son oncle l’économe s’était juré de me coincer un jour, croyant que j’étais complice… ce fut fait l’année suivante, alors que j’étais pion, j’ai payé une amende électricité pour consommation excessive.
En regagnant tard le dortoir, certains s’arrêtaient pour faire parler ceux qui étaient déjà dans un profond sommeil ou les changer de lit pour qu’ils se réveillent le lendemain dans un autre dortoir. Chez les petits, ils imitaient l’orage en flashant avec une lampe électrique pour les éclairs, projetaient des gouttes d’eau sur le visage après avoir trempé les doigts dans un verre et grondaient pour déclencher le tonnerre. Ils s’amusaient de voir la victime se recroqueviller et se réfugier sous les draps comme un escargot dans sa coquille. Ils parvenaient même à obtenir le code du cadenas à chiffres pour quelques barres de chocolat cachées dans le casier.
Souvent, les cours d’histoire étaient des prétextes pour trouver un amusement. En période hitlérienne, François avait décrété de choper un garçon très assidu auprès des filles. Il avait revêtu cinq à six vestes et une gabardine. Il était plus large que haut et se promenait dans la cour avec quatre acolytes qui l’encadraient : deux devant, deux derrière. Un cartable à la main et chapeauté, il faisait mine de chercher quelqu’un. Les filles venaient d’entrer dans leur salle d’étude. Prenant l’accent allemand, il ordonna d’empoigner le pauvre Dom Juan, le fit conduire jusqu’à la porte de l’étude des filles… la garde rapprochée lui baissa le pantalon et le slip bien emmêlés sur les chevilles, ouvrit la porte de la salle, le poussa à l’intérieur puis referma la porte. De l’extérieur, on entendait rires et cris mêlés provocant un vacarme incroyable. La victime se remit rapidement de cette mésaventure car l’incident avait tourné en sa faveur…
Le samedi midi nous regagnions nos villages, tantôt en taxi, si les parents pouvaient payer… parfois nous rentrions à pied en espérant rencontrer un véhicule sur le passage. Au mois de septembre nous faisions escale dans les vignes du sartenais pour prendre des forces au cas où nous devrions parcourir les trente kilomètres à gambettes. Ce fut plutôt rare.
J’ai toujours refusé de regarder dans le rétro, depuis quelques temps, je ne fais que ça. Il parait qu’en vieillissant on retombe en enfance. Tant pis, je ferai comme les copains puisque l’avenir se fait maigre.
Voici une partie de l’équipe : deux médecins, un prof de maths et un archéologue, les autres je l’ignore.
Dessous, deux médecins et un dentiste… et une demoiselle, notre jeune prof de physique.

Je me souviens du coup de l’extincteur, ça avait fait beaucoup de bruit! ..André S ,faisait pas mal de bétises,puis venait nous les racconter car nous étions un peu copains,.. lui et Lavoisier s’entendaient comme larons en foire..ce dernier avait une moto surnommée « Beltégeuse » qu’il garait dans la cour du lycée. un jour Fed avait demandé à Lavoisier de l’accompagner en voiture pour aller je ne sais ou,car il s’etait pris d’affection pour lui , mais la confiance envers ce « surgé » plus que bizzare n’existait pas , et andré s’est caché dans le coffre de la voiture, puis a surgis comme un diable lorsque celle ci s’est arretée. inutile de t’expliquer la réaction du surveillant qui a passé le reste de l’année à lui pourrir la vie…je me souviens des casses croute, car chez les filles aussi il y aurait beaucoup à racconter, si on rigolait beaucoup on mangeait tres mal dans ce lycée, alors le soir on tendait des serviettes entre le lit du bas et celui du haut, on accrochait une lampe electrique aux ressorts du lit superieur, puis on sortait le « spuntinu » c’est à dire les bananes , le camembert,le saucisson,..et les cigarettes,en faisant attention de pas se faire chopper par la pionne…on « tchatchait » parfois jusqu’a 2 heures du matin, les réveils étaient durs ,mais on étaient jeunes et insouciants. …comme le temps a passé vite ! parfois il me semble que c’etait l’année derniere tout ça ! merci de raviver tout ces souvenirs.
les photos sont belles , peut etre parceque c’est l’age ou on est beau, je reconnais tous les visages mais je n’ai pas tous les noms…encore merci, c’est agréable de revoir tout ces « jeunes ».
Anecdotes croustillantes commes ces traces de pain confiturées laissées par le petit-poucet de l’histoire (!)… Tiens, à l’époque, les salles d’études (ou permanences) n’étaient pas mixtes ! Mais, à bien y réfléchir, je crois qu’à mon époque elles ne l’étaient pas non plus ! (1972-1975, au lycée Clémenceau)
Par contre, une tradition qui a perduré à l’époque que j’ai connue, c’est celle des changements de lit et de dortoir en un temps-record !! …J’en ai jamais été victime (mon sommeil étant trop léger !) mais j’ai en revanche assisté à ce genre de scène…
hilarante, il faut le reconnaitre ! Les lits en portefeuille étaient légion à l’époque…
Tres belles photos. La seconde photo m’a fait faire un grand bon dans le passé.
J’étais tres amie avec Francois Mancini, puis nous nous sommes perdu de vue (la vie quoi !!!!!). j’aimerai bien avoir de ces nouvelles,et reprendre contact avec lui. Francois Nicolai je l’ai revu quelque fois mais il y a déja quelques années, je crois qu’il habite Propriano. Raymond Dominati était médecin à Bastelicaccia mais il est décédé il y a quelques années déja.
Comme Voltaire : « Regrettera qui veut le bon vieux temps… ». J’avoue que le lycée est bien loin et qu’il faut que je cherche bien pour retrouver quelques réminiscences.
Néanmoins, c’est grâce à M. Pastorel que j’ai fait des études de géographie et je regrette de n’avoir pas eu l’occasion de le lui dire. Il aurait en plus, je pense, bien ri en connaissant ma carrière professionnelle.
En français, j’ai gardé le souvenir de M. Battestini, prof d’une grande culture et près de qui nous nous sentions assez dépassés. Notre première dissertation : « Qu’est-ce que la tragédie ? », en avait été une pour l’ensemble de la classe. Mais il nous avait fait connaitre les surréalistes, en particulier René Char dont il était proche, ainsi que des auteurs grecs de l’Antiquité dont nous n’avions jamais entendu parler avant lui. Il mérite un grand merci.
En maths, peu de souvenirs, par contre deux bons profs en physique-chimie, dont l’un débarquant de la fac et nous ayant avoués un jour « avoir des lagunes » (sic).
En philo, certains cours étaient « fumeux », surtout ceux du lundi matin. L’année commençait inévitablement par une interrogation écrite où il fallait donner des définitions de mots qui ensuite nous servaient dans les cours. Je me souviens de : barbare, sauvage, civilisé, ineffable, empirique,…
A la correction, je suppose qu’il devait avoir un sacré bêtisier.
Merci Simon de nous ramener un peu de notre jeunesse. À te lire.