Una campazioni. ( Un grand plaisir)

Etre épicurien, hédoniste de surcroît, n’est pas de tout repos. Il faut s’y mettre, que dis-je ? Il faut mettre les bouchées doubles ou triples et se renouveler… Histoire de réveiller tous les sens. Aujourd’hui c’étaient les papilles, en compagnie d’une complicité de bon aloi.

J’avais envie de goûter les saucisses de veau confectionnées par mon ami Jean-Jacques, un amoureux de la vie et de ses plaisirs en tout genre. Ce fut une découverte et un régal à la fois. 

J’ai commencé par faire fondre puis compoter dans de l’huile d’olive, des oignons rouges de chez nous. Des oignons doux dits de minnana, généralement destinés aux salades de tomates et que l’on coupait en rondelles, cerceaux, disions-nous. A petit feu, à « poupoutements » car le temps est le meilleur allié en cuisine. Je ne suis pas un cuistot, mais pratiquant l’art culinaire depuis l’âge de huit ans, il me semble que j’ai droit, sans être pistonné, à un cordon bleu, minimum céruléen pour faire plaisir à mon amie inconnue Marlène. L’art de vivre c’est cela, faire éclater toutes les sensations. Ma fondue d’oignon est prête, j’ajoute les saucisses et les fais cuire à feu modéré en bonne compagnie oignonée. Elles se plaisent apparemment. Elles adorent rissoler, blondir puis croustiller légèrement lorsque j’en viens à saler de quelques pincées légères, colorer d’une giclée de double concentré de tomates, puis baigner dans l’eau de cuisson de haricots Soisson dit « camponu » chez nous. Toujours en poupoutage, la poêlée mijote, car c’est à la poêle que je fais tout ça entre un passage au jardin, à la cave ou une visite à la cabane en bois qui vieillit mal juste à deux pas de la maison. C’est le moment d’incorporer les haricots déjà cuits et de les rouler dans la sauce. Ils rigolent, ils adorent, se frottent le dos dans ce jus pour prendre saveur. Ils se fendent au niveau du hile* comme pour s’imprégner davantage de sauce tomatée qui baigne désormais le cœur des cotylédons farineux et fondants à souhait…

Tout ce monde additionné, devenu synthèse et harmonie, enchante le palais, s’écrase entre langue et voute palatine pour un grand bonheur passager.

La vie c’est cela pour qui sait l’écouter. Un moment vif, un instant goûteux, un éclatement, une explosion à deux, des frissons coquins et malicieux, le temps qui vous tapote l’épaule pour vous dire : « Chi ni penzi ? Hè bedda a vita ! Maghja ! Schiatati ! E doppu si vidara !*

Un rien, un rien du tout qui sait se sublimer devient un monument…

A vita ? Una campazioni !*

*Hile=cicatrice laissée par le fil nourricier qui fait grossir la graine dans la cosse.
*Qu’en penses-tu ? La vie est belle ! Mange ! Eclate-toi ! Après, on verra !
*La vie ? Un immense plaisir !

Trop tard, voilà ce qu’il en reste.

 

 

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