Mon ami.

Un aperçu des vitraux de l’église de Lévie.

Aujourd’hui, on me parlait de Pâques. Comme une idée associée, j’ai instantanément pensé à mon ami Antoine.

Nous faisions doublette devant l’autel de l’église Saint Nicolas de Lévie. Inséparables, nous étions de toutes les messes matinales comme vespérales. Largement mécanisés aux rites, nous passions tout naturellement des burettes au carillon et au claquoir, un roulement en toute simplicité. Dans la sacristie, les chutes d’hosties parvenues en plaquettes déjà délimitées par l’emporte-pièce, nous donnaient un avant-goût du corps du Christ. Preti Lungharetti, nous réservait cette primeur en délogeant les disques sacrés destinés au ciboire avant la distribution dominicale. L’église était pleine, la chorale accompagnée à l’harmonium emplissait l’office de chants qui allaient droit au cœur des moins assidus, des endimanchés occasionnels comme des fidèles quotidiens. Des chœurs d’humains adressés à d’autres humains, c’est ainsi que je comprenais les frissons engendrés dans mon être lorsque ces voix s’élevaient du perchoir derrière moi, juste au-dessus de l’entrée de l’église.

Je me souviens de l’odeur de la cire chaude dont le relief veinait les cierges en dégoulinant durant la messe, de l’encens lorsque nous nous tenions à proximité de l’encensoir que le prêtre balançait et faisait tinter contre la chaîne. Une fumée hésitante, presque paresseuse flottait autour de nous. Toutes variétés de résines ou d’extraits dansaient sous les narines de sorte que, tant d’années plus tard, ce parfum si particulier me flatte encore le sens olfactif. C’est sans doute la raison qui explique pourquoi je me parfume toujours de mélanges  subtils d’ambre, de bois de santal et de benjoin, parfois soutenus d’une légère pointe, très discrète nuance de camphre. Une imprégnation si puissante, largement associée à ces souvenirs d’enfance, qu’elle suggère fortement la présence de mon ami.

Durant la semaine réservée à la bénédiction des maisons après Pâques, nous étions encore en doublette tantôt au bénitier, tantôt au sac à soufflet destiné à recevoir les offrandes. Nous étions des larrons inlassables sur la voie de dieu.

Lorsque j’ai viré de chemin devenant agnostique, Antoine était désolé. Nous passions de longs moments sur la route de Cirana à parler de l’idée de Dieu. Il aurait tant aimé que je redevienne le catholique que j’étais.

Hélas, il est parti alors qu’il franchissait ses vingt ans. Je pense encore à lui de temps en temps, m’imaginant à ses côtés à la sortie du village, parfois sous la voûte céleste contemplant la voie lactée,  comme lorsque nous nous étendions sur la chaussée vers minuit  pour compter les étoiles filantes.

Jamais, je n’aurais osé le contrarier, il serait toujours mon ami et j’aurais toujours autant de plaisir à le côtoyer. Notre amitié aurait traversé le temps. Une confiance mutuelle entre deux hommes complices et sincères, sans qu’aucun de nous deux ne cherche à prendre le pas sur l’autre.

Le respect simplement… et dire que l’on débat sans fin sur la laïcité. L’amitié, l’amour des hommes, la tolérance comme une trinité humaine pour le vivre en paix. Probablement, le simple bon sens, aussi, n’est-il plus la chose au monde la mieux partagée …

La voie semble simple mais toujours compliquée par la folie des hommes.

Une amitié qui perdure malgré la longue absence de l’autre… tout un symbole.

Aperçu et détail du chemin de croix dans la même église Saint Nicolas. (Cliquer sur les images)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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