Logiques.

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Savoir pratiquer le chardon par le bon bout.

Depuis quelques jours, je cherche l’inspiration. Elle ne veut rien entendre et me boude. Elle s’en est allée ailleurs sans doute, j’espère qu’elle reviendra. Alors, en attendant son retour, quelques idées froides sont venues à mon secours. Je dis froides car, les émotions n’y sont pas. Tant pis, on s’en contentera, ce sont aussi des choses de la vie. Ce n’est pas plus mal pour la variété des sujets.

Lorsque les idées ne s’imposent plus à vous, rien n’est plus nourrissant qu’un petit tour parmi les brèves de comptoir. C’est une mine. Un véritable trésor, une caverne d’Ali Baba des idées. Des plus folles aux plus sérieuses et toujours l’occasion de remarquer à quel point les logiques sont surprenantes, tout dépend du postulat de départ. Ensuite, ça coule de source, ça va tout seul et personne ne peut plus vous arrêter. Les gens accoudés au zinc deviennent, après quelques canons, de véritables bombes philosophiques multidirectionnelles. Un feu d’artifice de la pensée lâchée en pétard détonant, parfois mouillé mais toujours amusant à entendre éclater. Une fusée sifflante, scintillante et « tourniquante » vous file sous le nez pour exploser au-dessus des ballons vides qui n’attendent que l’injonction joyeuse « chargez les verres ! ». Une nouvelle salve d’étoiles pourra jaillir du fond du gosier animant d’un bouquet final une fête qui tire à sa fin…

Il y en a pour tous les goûts, de la logique implacable à la plus douteuse, du syllogisme au sophisme abusif. Certes les constructions sont plus spontanées, formulées comme ça vient, sans structure particulière pouvant ressembler aux raisonnements logiques cités plus haut mais ils y font penser. En voici quelques touches.

« Le boa digère en trois semaines, ce n’est pas lui qui va boire de la Badoit pour digérer plus vite »

« Un mec qui est en taule, c’est qu’il est con, si en plus il est innocent, c’est qu’il est encore plus con. »

« On n’a pas le droit de pêcher le thon rouge mais c’est après qu’il est coupé en deux qu’on voit qu’il est rouge. »

« C’est dangereux une voiture familiale, on met tous les œufs dans le même panier. »

« Ça passe vite, il y a des bébés qui sont nés en 2000 et qui ont déjà 16 ans aujourd’hui. »

« – Tu crois en Dieu ?    – Ben oui, quand tu meurs, faut bien aller quelque part. »

« Vous êtes musicien ? Je l’ai vu tout de suite, j’ai l’œil musical. »

« C’est tout un processus, quand on a compris ça, on a tout compris » (Brèves de comptoir « Le grand café » J.M. Gourio)

DSC_0005Mais il y a beaucoup plus sérieux. Dans les tribunaux se joue une comédie réalité qui nécessite d’avoir fait des études supérieures pour monter sur les planches. Les plaideurs sont des acteurs haut de gamme qui déroulent une logique implacable pour disculper leur client. C’est la règle du jeu : tout faire pour défendre ou accuser. Tout y est, le verbe, l’effet de manche, le regard qui passe par tous les stades susceptibles de produire une émotion dirigée comme le magicien vous conduit à prendre une carte forcée sans que vous puissiez vous en douter. L’avocaméléon prend la couleur de son client et n’en dévie plus. Au départ c’est une poignée de sucre dont la coloration est celle du client puis l’avocat devient centrifugeuse pour produire une barbe à papa du plus bel effet à offrir à l’auditoire et en priorité aux membres du jury. De la sorte, celui qui a été votre sauveur aurait pu être votre bourreau si la partie adverse avait eu la bonne idée de frapper à sa porte  avant vous. Avec la même force de persuasion, il aurait soutenu exactement le contraire. Son visage aurait exprimé l’effroi inverse et son raisonnement n’aurait rien perdu de sa logique de prétoire. Il aurait produit une barbe à papa d’une autre couleur et tout aussi tentante. Généralement les plaideurs s’évertuent à tordre les phrases et les mots pour en extraire la moindre goutte de doute. Ce doute qui embarrassera le juré à se prononcer pour une peine. Un juré lavé, lessivé qui parfois sait la culpabilité que personne n’a pu prouver. C’est le but du jeu.

Si un jour je devais avoir recours aux services d’un plaideur, je sais qu’il me dira « laisse dire et tais-toi ». Mais je crois que je me défendrai tout seul, je m’en sens capable car je prendrai toutes mes responsabilités et assumerai mes bêtises…

La logique qui révèle la réalité est celle de la vérité que seul l’accusé est capable de dire. Les jurés sont des hommes aussi, sont-ils toujours en mesure de croire à l’aveu de vérité ? C’est pourtant la même histoire qui recommence et une autre logique à chaque fois.

Ainsi se nourrit la vie…

 

 

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