Chronique d’une canicule.

Une chronique menée tambour battant, à la gambade comme un furet qui est passé par là et repassera par ici…

Phébus dormait encore.
Les pissenlits épanouis dès l’aube finissante étaient légion comme des petits soleils dardant à pleins rayons. La vipérine profitait des lumières de ce parc doré pour parader dans un contraste bleu saisissant.
J’avais la nette impression que ces corolles jaunes clignotaient pour attirer mon attention.

J’allais rendre visite au potager à la fraîche matinale. C’est le bon moment pour engager plus facilement dialogue avec chaque légume. La tomate souffreteuse, accablée par la nécrose apicale, tourmentée par les misères de la canicule, est plus diserte avant le lever du soleil.
On dirait que les doléances légumières sont plus faciles de bon matin. Lorsque l’astre surplombe la montagne, il est déjà trop tard, il bastonne à coup de badines chauffées à blanc, accable le potager.

Les nuages ont déserté l’endroit, ils se sont évaporés après un passage au four micro-ondes responsable de la canicule.
Je ne converse pas avec le potager, je fais mine d’interroger.
J’imagine la douleur et la souffrance de la courgette qui gonfle en vitesse en forme de bouteille au long col m’invitant à la mettre à l’abri d’une cuisine tempérée pour échapper au souffle étouffant.
Elle me fait signe, la pauvre !
Elle ignore qu’elle passera à la poêle ou à l’autre four, bien rebondie de farce savoureuse. Les aubergines, toutes en jalousie, l’accompagneront.
Voilà à quoi on s’expose lorsqu’on est pressé de rentrer au frais de la maison voisine.

J’ai d’abord obéi au message des fleurs en attrapant mon Kodak pour vous offrir ces images que je vous laisse apprécier.

Les vipérines à la fête.

Après avoir réuni quelques légumes dans mon panier, je vous livre la recette du jour (C’est toujours à l’impro, à l’inspiration du moment, jamais la même musique même si je conserve les fondamentaux, les bases).

Je blanchis courgettes et aubergines environ une vingtaine de minutes, démarrage à eau bouillante.
Il me restait trois chipolatas.
J’ai retiré les tripes de l’aubergine, égouttées, embrouillées à la fourchette dans de la croûte de pain sec écrasée au mortier avec un pilon.
J’ai vidé les chipos, pilé beaucoup d’ail avec du basilic, incorporé du parmesan râpé et un œuf entier. Sel et poivre. La courgette également évidée, attendait les restes de farce. J’ai ajouté pas mal de comté à l’intérieur du légume libéré de son humidité, encore de l’ail et de la chapelure maison, je joue facilement du pilon.
Passage au four, tantôt à 200°, tantôt à 180.
Je pianote jusqu’à obtenir un beau croustillant.
Le temps ? Je n’en sais rien, je ne le lui fais plus confiance, je veille à l’ouvrage…
J’adore mes farcis froids comme la soupe épaisse au pistou.
C’est plus agréable par ces chaleurs.

Pommes de terre, courgettes, oignons, ail, tomates, haricots verts, sel,
Cuite à petit feu, cette soupe attend le passage du mixeur et le filet d’huile d’olive, herbes diverses… Chacun rectifie l’assaisonnement à son goût.
Voilà l’aspect final, il faut qu’elle soit épaisse pour être dégustée froide.
C’est à ce moment que l’on rectifie, filet d’huile d’olive et râpé local beaucoup plus fort que le Parmesan.

Dans un coin de la cour, les tomates cerises craquelées d’avoir trop mûri semblaient montrer leurs dents. Les pépins apparents,  devenus incisives animaient un rictus, un presque sourire. Elles suffoquaient et me suppliaient d’intervenir, de les transférer au frais. Là, jaillit illico une idée gourmande pour accompagner mes farcis : une sauce froide.

Dans un doseur à col élevé, j’ai réuni tomates cerises, un demi concombre épépiné, la peau du concombre bien nettoyée et coupée en morceaux, un poivron rouge, une gousse d’ail, du basilic, un filet d’huile d’olive, une pression de citron dans la paume de la main, du sel, du poivre… et j’ai plongé le mixeur dans ce fouillis pour en faire une belle marmelade, suffisamment, afin d’accompagner des œufs durs, des sardines ou une viande grillée, le lendemain.
J’ai goûté, hum ! C’est prometteur pour ce midi !

Le soleil est déjà bien haut dans le ciel.
Il cogne et passe le maquis à tabac.
Tout file vite, on soufflera ce soir à la Zinella, c’est Eole le gentil, à la caresse douce et tempérée, qui me l’a dit…
Mes amies les étoiles et la lune seront au rendez-vous d’un plaisir post vespéral.

Voyez comme il fait bon vivre au fil des mots…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *