La porcherie, un système organisé.

Un retour au Moyen Âge pas si lointain.

La porcherie familiale, mine de rien, constituait un véritable écosystème.
Aucun calcul préalable pour cela, tout allait de soi.

De manière empirique l’habitation des porcins, nommée boiton* en Suisse, était construite en légère pente. Les auges creusées dans un tronc d’arbre se situaient dans la partie basse. Les cochons vivaient dans cet enclos qui ne comportait qu’un quart de sa surface surmontée d’un toit de tôle. C’était la chambre des porcins.
J’ai compris sur le tard que cette inclinaison n’était pas une erreur de construction mais une commodité pour nettoyer l’endroit. Il était très facile avec un balai brosse de pousser les excréments vers le bas pour les bouter hors de l’enclos à travers un espace entre les planches, laissé à cet effet.
L’opération s’effectuait une fois par semaine pour garder l’endroit convenablement nettoyé.
Un amas de déjections s’accumulait au fil des semaines juste devant la partie basse à l’extérieur.

Notre porcherie était située à l’écart du village, éloignée d’environ cinq cents mètres de notre habitation. Elle était située sous un grand chêne censé devenir distributeur automatique de glands à la bonne saison. Les porcs en raffolaient et croquaient avidement ces friandises tombées du ciel.

Insectes, cloportes et invertébrés entraient en action dans le tas d’excréments, la nature œuvrait utilement pour offrir fumier de cochon, très riche au jardin.

Lorsque nous allions à la pêche à la truite, il suffisait de fouiller dans l’amas pour cueillir de nombreux lombrics. Je prélevais les plus pâles, plus durs que les autres, avec une artériole rouge bien visible qui parcourait l’ensemble du lombricien.
C’étaient les appâts les plus efficaces, je l’ai appris par expérience. Ils tenaient bien à l’hameçon et gigotaient par saccades brusques, se comportaient comme de vifs élastiques.
Au mois de novembre lorsque la pêche était fermée, ils étaient les plus prisés par les truites qui n’étaient plus taquinées depuis la fermeture. Une infraction mineure dans nos contrées, c’était le plat de gala les dimanches, que grand mère saluait en grande friture de salmonidés farinés, cuits dans une huile bien chaude qu’elle assaisonnait en fin de cuisson de vinaigre salé, bien poivré et aillé à souhait.
Parfois lorsque le froid nous obligeait à allumer la cheminée, les truites étaient grillées dans l’âtre garnies d’un morceau de lard glissé dans le ventre. Il oignait la grillade, beaucoup moins sèche avec ce mode de cuisson.
Oh ! nous n’étions pas des pilleurs de rivières au point de mériter amende sévère, c’était une pêche utile pour les habitants des chaumières. Des gens modestes qui vivaient en harmonie avec la nature et prélevaient le juste nécessaire.
Jamais rien, ni personne ne se trouvait en péril avec ce mode de vie, les humains en harmonie avec la nature.

Au printemps, le tas d’excréments mis à l’écart était bien mûr, bien composté, devenait un champ de plantules bien vigoureuses. Aubergines, courgettes et tomates ingurgitées durant l’année par les suidés reprenaient vie. Le retour des beaux jours œuvrait pour la renaissance de la nature.
Une pépinière naturelle prospérait.
Point besoin d’engrais ni de coup de fouet, il suffisait d’extraire bon plant, de le repiquer au jardin accompagné de fumier prélevé au même endroit. Avec ce substrat idéal, le potager festoyait, nourrissait toute la maisonnée les mois d’été et même jusqu’à l’automne.

Le cochon tué au mois de décembre ou janvier assurait le besoin charcutier toute l’année.

Deux autres petits cochons étaient introduits dans le boiton et le cycle reprenait son cours le plus naturellement du monde. Aucun calcul, aucune leçon, pas même une mise en garde écologique, tout allait bien dans le meilleur des mondes possible.

Le bon sens était roi, l’empirisme était empereur.
On ignorait que smartphones, internet et IA fourbissaient leurs armes en secret, pour déranger ce monde tranquille… aujourd’hui, font les cornes, ou les gros yeux, à ceux qui préfèrent encore le temps d’avant.

Qui accepterait de trimballer des seaux, deux fois par jour ou plus, pour nourrir des porcs parqués si loin de la maison, et de faire le ménage au boiton ?
On ne converse même plus avec son voisin, il faut être fou pour aller visiter le cochon puis fouiller dans les entrailles de la nature…
Que j’ai aimé cette vie, j’en rêve encore.

*Le boiton est une loge isolée dans une étable pour abriter les cochons. (Suisse)

Rien à envier aux porcs engraissés !

Les hiboux subissent la canicule :

Un pince sans rire ?
Dommage, les religieuses vont au paradis.
Quel que soit l’auteur, les deux disent vrai…

2 commentaires

    1. Les hiboux étaient impatients, je les ai retenus un jour de plus, ce qui est rare, j’attends un clin d’œil de Gibu qui a pu respirer une journée de plus 🙂
      Bonne journée Chat.

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