Le carré de l’hypoténuse …

DSC_0008La mante religieuse.
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… est égal à la somme des carrés des côtés de l’angle droit. Vous avez sans doute reconnu le triangle rectangle et son fameux théorème de Pythagore.

Il ne viendrait à l’esprit de personne de vouloir le simplifier ou le modifier parce que de nombreux élèves galèrent pour l’apprendre et surtout pour l’appliquer dans leur vie lorsque l’occasion se présente à eux. Pour ceux-là, il s’agit plus d’une chanson que d’une réalité, ils ne sont jamais rentrés dans la course alors on laisse courir. Carré de l’hypoténuse et somme des carrés des côtés de l’angle droit continuent leur égalité sans se soucier des réfractaires de la géométrie.

L’orthographe qui fonctionne aussi sur une certaine logique, la grammaire, la construction de mots à partir de l’étymologie, est vivante, c’est-à-dire qu’elle peut évoluer, changer au fil du temps. Cette évolution, plutôt ce changement, s’effectue non pour affiner ou améliorer une structure mais pour faciliter la tâche de ceux qui butent sur un chapeau chinois comme si la chose était d’une extrême difficulté ou d’une extrême importance. C’est plus simple de supprimer les difficultés que d’apprendre à les surmonter, le gain de temps est considérable puisqu’on peut passer à autre chose….

De quoi je me mêle ? De mes affaires. J’ai été durant des années le champion de la faute d’orthographe. Sans en faire une maladie, sans me prendre la tête et sans passer mon temps à rêver de mots correctement écrits, j’ai fini par comprendre beaucoup de choses et certainement pas toutes. Je n’ai pas trop souffert non plus… juste des mises au point qui me paraissent simples aujourd’hui. Il me reste bien quelques séquelles et quelques lacunes comme tout le monde, je me suis habitué à vérifier en sortant le dictionnaire ou en visitant la toile.

Je me souviens du temps où je cherchais un truc pour faciliter la tâche de ces enfants qui mettaient des années à comprendre la règle du S entre deux voyelles. J’avais inventé une petite machine avec deux roulettes qui donnait la réponse à tous les cas de figure, quel que soit l’environnement à gauche et à droite du S, voyelle/consonne, consonne/voyelle ou voyelle/voyelle… Les enfants l’avaient à disposition sur leur table et au bout d’une semaine d’usage, ils pouvaient s’en séparer, ils avaient compris le fonctionnement, capables de dégager la règle à leur manière. Ceux qui se montraient encore résistants comprenaient plus tard ou alors jamais. Le but était d’aider le plus grand nombre. J’avais proposé ce stratagème simple à une maison d’édition. Le truc avait plu, ils avaient trouvé une faiblesse : les mots stress et mess. Des mots empruntés à l’anglais qui ne répondaient pas à la règle française et qu’il suffisait de noter quelque part sur la machine, bien en vue comme étant des exceptions. La chose n’était pas suffisamment rentable, on m’a proposé de trouver une panoplie de dix machines correspondant à dix difficultés orthographiques. Mon champ d’investigation était vaste. J’ai réussi à en fabriquer sept, sur sept difficultés récurrentes que je rencontrais avec des enfants en apprentissage de la lecture et de l’écrit personnel. A ce stade, sans doute parce que je peinais à trouver d’autres machines, j’ai eu un déclic. Ma sincérité avait été mise à mal. Je cherchais à aider, c’était mon boulot, et on m’embarquait dans une aventure mercantile. J’avais fait appel à l’édition pour une proposition plus propre, simple à réaliser pour le plus grand nombre, visiblement nous n’avions pas les mêmes intérêts. Il leur fallait une panoplie pour présenter un ensemble plus facile à commercialiser… Face à cette prise de conscience, j’ai stoppé net ma course folle à la trouvaille. L’intention était dévoyée, je ne pouvais me prêter à ce jeu.

Depuis lors, j’ai cherché à comprendre les difficultés de ceux qui se présentaient à moi, je les aidais mais n’en faisais plus toute une affaire. J’ai poursuivi mon bricolage au cas par cas sans perdre de vue que cela pouvait servir à d’autres, même à titre préventif mais cela restait très limité… J’avais trouvé mes limites aussi. Sans chambouler le monde qui s’offrait à nous, je me disais qu’il suffisait de se montrer plus tolérant face à la difficulté de chacun.

En attendant, je reste persuadé que la réforme doit s’effectuer à ce niveau et non en bricolant les mots. C’est dans la relation entre les personnes, adultes et enfants apprenants, qu’il est possible de réaliser une belle réforme. Dans le cas contraire on trouvera toujours matière à retordre car on n’est pas dysorthographique simplement d’accents circonflexes ou de traits d’union. On retouche un accent aujourd’hui, peut-être la marque du pluriel plus tard jusqu’à inventer l’écriture automatique ou intuitive pour chacun, il n’y aura plus grand-chose à dire… les temps auront bien changé et tout chamboulé. Les générations futures décideront, nous n’aurons plus rien à dire. C’est dans la logique des choses… et Pythagore pour l’éternité.

DSC_0005Capitu ? (Compris ?)

 

 

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