Philosopher avec la cerise…

C’était une fin d’été.

Le raisin philosophe aussi.

Il y a de quoi méditer, discourir, raisonner sur toute chose de la vie.
Il suffit d’avoir l’esprit fécond, d’être friand de constructions idéelles pour passer le temps.
On n’épluche pas un fruit sans penser, monder est source de réflexion.
On s’interroge sur le fruit : Pourquoi est-il si beau ? Contient-il des pesticides ?
Comment a-t-il échappé aux geais ?
Bref, plein de questions traversent l’esprit.

Par exemple ce matin de fin d’été, j’avais ramassé quelques grappes de raisin au jardin, je ne savais pas trop quoi en faire. Il me restait quelques bananes trop mûres, une pêche et une pomme, tout de suite j’ai pensé à compote.
Un mélange inédit de fruits sans savoir si le mariage serait de goût ou de raison.

Ma grappe composée de grains mûrs et d’autres moisis, j’ai songé à trier les meilleurs pour en faire jus dans ma compote.
Je choisissais les plus beaux grains, je les tranchais en deux et en extrayais les pépins. L’opération est fastidieuse mais en imaginant le résultat après cuisson, elle en valait la grappe.
(Jadis, on ôtait les pépins avec une plume d’oie, taillée en biseau façon plume pour écrire)

Durant mon labeur, un peu toc-toc, je l’avoue, le souvenir de la cerise philosophe fit irruption dans mon esprit.
Souvenez vous. je commençais par croquer les plus rouges, les plus mûres c’est à dire les plus sucrées.
Tri faisant, j’avalais les plus écarlates, celles qui restaient me semblaient écarlates aussi en l’absence de plus écarlates. Ainsi de suite, j’avais l’impression qu’il y avait toujours un fruit plus rouge que les autres surtout lorsque le jaune commençait à dominer.
Je redécouvrais la théorie de la relativité, tout prend sens en présence d’une référence.
Le rouge pâle semble vif lorsqu’il n’y a que jaune ou vert autour.
La cerise philosophait sans le savoir.
Elle ne dit rien, mais son silence instruit.
Vous verrez au temps prochain des cerises, en piochant dans le panier, vous revisiterez la théorie de la relativité devenue réalité.

Ce matin-là, j’eus le même sentiment. Je cherchais les grains mûrs, il y en avait toujours un plus mûr que les autres dans le tas. Tant et si bien qu’il ne resta plus que la rafle pour aller au compost ou pour danser comme le montre l’image en titre.

Les fruits de saison, lorsqu’ils sont au sommet de leur maturité sont bourrés de vitamines et donc d’idées.
Il n’y a pas plus bavard qu’une cerise, une fraise ou un grain de raisin qui, pourtant, ne connaissent point la parole.
Tout est dans le silence et le silence est d’or. Il est d’or mais ne dort pas, il interpelle sans interroger.
Là, je commence à m’égarer, on va me prendre pour un fou.
Attendons le retour des fruits pour mieux comprendre.

Parvenu au bout de ma vie, j’aurai exprimé tout le jus que j’avais en moi.
A défaut de substantifique moelle ou de pierre philosophale à proposer, j’aurai au moins suscité quelques interrogations sur mon chemin de vie.
Un désert au bout du compte, puisque je ne sais rien de mon passage ici bas :
Que fais-je ici ? Qui suis-je ? Pourquoi cette traversée ?
Et curieux personnage, de surcroît !

Suis- je une énigme, un élucubrateur oisif ?
Ben non ! Ce fut un choix, un plaisir, un art de vivre !
Et quel bonheur d’être passé sur cette planète sans savoir pourquoi !

Pâlotte, certes, mais belle et bonne compote !
Si Paris valait bien une messe, je méritais marmelade, elle était très sucrée, je me demande pourquoi on ajoute saccharose puisqu’il y a déjà fructose…

Image en titre : Avec une rafle de raisin, des Confucius en folie.

Le petit plus du jour :

Merci les amis ! 😉

4 commentaires

    1. Généralement ce genre d’article rebute les lecteurs, peu nombreux sont ceux qui le lisent.
      Merci Gibu pour ce coup de fouet ou de pêche ! 🙂
      C’est sympa, bon vote 😉

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