Chacun imagine aisément que la vie en milieu clos est riche de toutes les manies, toutes les habitudes, frustrations ou jubilations qui s’expriment de manière plus ou moins attendue. Avec la pratique, cette vie en voisinage imposé tisse ses accointances, ses répulsions, ses tolérances ou ses accommodations. Et toutes ces complicités ou ces animosités se jouent sous la surveillance de l’encadrement administratif qui ne peut être passé sous silence.
Le proviseur, tout en haut de l’échelle, donne le ton à l’ensemble de l’équipe. Nous avons connu le fouineur qui se mêlait de tout, venant nous surprendre dans la salle d’étude vers dix-huit heures pour vérifier si chacun était bien à l’ouvrage. Il nous interrogeait pour contrôler nos connaissances. Sa présence à cette heure était redoutée pour ne pas dire plus. Pendant les récrés, il se promenait le long du mur avec son chapeau et son sourire narquois à l’affût d’une faute. Comme si la justice immanente existait, un jour, alors qu’il traversait la cour par la bande, il reçut un shoot malencontreux en plein visage. C’était comme si le ballon le cherchait. Il a été très surpris, son chapeau a volé à quelques mètres. Evidemment, il n’était pas homme à subir un tel affront sans réagir sous l’hilarité générale. Que cela se produise sur lui, avait décuplé la force comique de ce petit évènement totalement fortuit. Le ballon a été confisqué et la pratique du foot à la récré proscrite pour un bon bout de temps.
Le proviseur qui lui succéda était plus discret voire invisible. On se demandait bien pourquoi. Il était petit et gros, le sosie parfait de Francis Blanche. Il n’était pas dérangeant et ne doit sa « survivance » dans notre mémoire qu’à son effacement monumental.
Le surveillant général qui a opéré sous plusieurs directions a parfaitement tenu son rôle. Il était craint mais apprécié car il aimait ses internes, nous le percevions très fort. Il nous connaissait tous, sachant de quoi chacun était capable. De la sorte, il se trompait rarement de cible et ses décisions étaient acceptées sans rechigner.
Il était interdit de fumer dans les couloirs, nous le savions et c’est pourquoi certains n’en tenaient pas compte. Notre ami François fumait beaucoup. Adossé au mur du couloir, il tirait très fort sur sa cigarette qu’il masquait avec la main en abat-jour. Lorsqu’il vit fondre le surgé sur lui, il lâcha la cigarette dans la poche du caban en tapotant l’extérieur pour tenter de l’éteindre. Il avait les poumons remplis de fumée, le surveillant général lui demanda : « Tu fumes ? » puis lui pinça le nombril très fort… François le regardait droit dans les yeux et lui expédia le nuage de fumée en plein visage en disant : « non, je ne fume pas ». Un moment de comique irrésistible. Il fut privé de sortie pour le week-end suivant et se retrouva avec un trou dans la poche du caban.
Voici deux autres gags amusants qui concernent notre sympathique surveillant. Le prof de gym nous interdisait de shooter dans le ballon de hand. Evidemment, chaque fois qu’il tournait le dos, celui qui avait la balle en profitait pour la faire voler très haut d’un coup de pied magistral. Ce jour-là, le surgé sortait tranquillement de sa salle lorsque le ballon qui tombait du ciel rebondit sur le sommet de son crâne. Situation cocasse… le prof avait compris mais ne savait pas qui était à l’origine du gag. Une autre fois, nous étions dans la salle d’études et la lumière ne cessait de s’éteindre. A chaque panne, c’était le chahut organisé. A la énième coupure de courant, les élèves couraient à l’aveugle, dansaient, criaient… Lorsque la lumière revint, l’un d’eux était en train de danser avec le surveillant général qu’il avait attrapé au passage dans l’obscurité. Il le tenait par la main…Ce fut un moment inoubliable.
Un autre sous-surgé, fumeur de pipe et terrorisé par les souris avait repéré le nom de notre ami Titi. Nous étions dans le rang en direction du réfectoire pour le petit déjeuné. « Soldat Guerra, sortez des rangs ! » s’exclama le surveillant. Titi s’avança vers lui, qui sortant la pipe de sa bouche lui adressa : « Dis-moi, tu es venu là pour faire la guerre ou pour faire la paix ? » Titi était timide et très fragile, il se mit à sangloter lui répondant, en le tutoyant, qu’il aura des problèmes avec son père lorsque celui-ci apprendra qu’il se moquait de son nom. Monsieur F. eut beaucoup de mal à le raisonner et n’avait pas imaginé la portée de cette plaisanterie. Il était coutumier de ce genre de boutades et de bourdes aussi.
La salle des repas était parfois l’endroit des règlements de comptes avec les pions. Ces surveillants qui bien souvent « raflaient » les filles convoitées profitant de leur position dominante. Ils ne se savaient pas dans le collimateur de certains qui n’attendaient que la panne de courant pour passer à l’action. Leur arme, une grosse tranche de pain ou une pomme toujours à portée de la main. En cas de fuite de la lumière, le pain rapidement trempé dans une sauce partait en direction de la cible avec une violence que vous n’imaginez pas. Parfois c’était toute une volée de projectiles comestibles qui s’abattait sur la victime lorsque les copains étaient complices pour gagner en efficacité.
Au réfectoire, nous devions rester debout devant la table en attendant l’ordre de nous assoir qui n’intervenait qu’après un silence complet. A notre table, nous narguions le pion détesté en faisant mine d’assister à un discours. L’un d’entre nous sortait une feuille blanche de sa poche et mimait un discours en remuant les lèvres. Nous écoutions, hochions la tête puis simulions des applaudissements sans faire de bruit. Ce manège rendait fou notre cerbère qui ne pouvait sanctionner car nous ne faisions aucun bruit…Il attendait la fin du sketch pour donner son feu vert. Il nous avait à l’œil le restant de la semaine.
Comme les enfants rêvent de devenir pompiers, certains rêvaient d’être pions une année, juste pour connaître cette position enviable auprès des filles. Maigre consolation.
A suivre : La vie entre nous.
Dans la cour du lycée, les classes de terminale littéraire. Pastourel un prof d’histoire/géo hors du commun. Je me souviens d’un sujet : » Décrivez l’économie des régions traversées par le transibérien et le transaralien », il fallait donc connaître le trajet des trains pour traiter le sujet… Il a beaucoup contribué à former notre esprit critique.
cela me rappelle mes annees à l’internat du lycee Letitia de beaux souvenirs mais si c’etait à refaire je serais un peu plus studieuse
je ne reconnais personne sur la photo à part pastorel qu’on appelait « pasto » entre nous,..il avait le crane rasé d’habitude…la photo est floue , en septembre 67 je suis partie au maroc chez une soeur à ma mere et j’ai passé mon bac la bas …il y a telement de souvenirs dans ce lycée,que je ne saurais moi meme par ou commencer, il ya deux ans on s’est retrouvé au bar à coté de chez ma soeur avec J de la marengonna, qui nous a racconté maintes anecdotes dans le dortoir des garçons, entre autre le manque d’hygienne de certains, les rats qui cohabitaient avec vous, un garçon qui s’étaient réveillé en hurlant avec un rat accroché entre les deux yeux , tu vois ,je crois que je n’ai jamais autant rit, surtout que J est un exellent conteur…alors , c’est avec plaisir que je retrouve avec ton blog un peu de ce temps la!
L’histoire de Jean semble être un mélange de souvenirs. Cette mésaventure, c’est à moi qu’elle est arrivée lorsque j’étais pion et non élève. La petite chambre occupée les jours de repos était fréquentée par les souris et non les rats. Le surveillant en second, après le surgé, (Il était déjà âgé) m’appelait à la rescousse lorsqu’il voyait une de ces bestioles. Il se perchait sur une chaise en attendant que je « flitoxe » l’animal caché derrière le radiateur. Il sortait de sa cachette dans les vaps, je pouvais le capturer. Un jour, M. Féd. avait essayé de repousser la souris avec sa canne, il n’avait pas prévu qu’elle pouvait remonter le long de celle-ci jusqu’à lui : ce fut un sketch mémorable.
Une nuit, je sentais des pincements entre les yeux et je croyais que c’étaient les collègues qui me faisaient une farce. Je faisais semblant de dormir pour les surprendre… ce n’est que lorsque la morsure se fit plus insistante que j’ai pu repousser la souris avant de la traquer puis l’attraper. J’étais rompu à cet exercice.
Voilà pour rétablir les fait dont tu parles.
je ne savais pas que c’était toi qui t’étais fait « attaquer » par une souris, peu importe ,c’est une histoire tres drole!..je ne savais pas non plus que tu avais été « pion »..je devais etre déja partie à a ce moment la. tu as raison il y a de quoi écrire un livre!
Ah comme il ressemble aux miens vos condisciples. Parlant d’eux et de leur frasques vous me parlez des miens. Ceux ci étaient à Soissons, loin vers le nord. Mais ils étaient mus par les mêmes ressorts de fierté, tendresse maladroite, rébellion . Quand au filles de cette photo, comme elles ressemblent à celles à qui nous avons dû alors, comme vous, nos premiers espoirs et même parfois encouragements. Pourtant notre surveillant général veillait aussi au grain mais sa bienveillance foncière et chafouine semble avoir été du même type que celle du votre.
Merci Simon de cette tranche d’émotion.
Merci Simon
Etant sur la photo, je te précise qu’il s’agit non pas des classes de première mais de la classe de Philo 66-67, Alain sera à même de te le confirmer. Nous étions plus de 30 dans cette classe et personne ne se plaignait !!!!
Pour Palme, je pourrai faire parvenir le nom de tous les élèves lors d’un prochain séjour en Corse, ma mémoire me faisant défaut pour quelques uns.