Deux hérissons s’aimaient d’amour tendre…
Le regard que l’on porte sur notre environnement peut devenir source de vie si l’on sait trouver une âme à ces choses inanimées, comme dit le poète.
J’ai toujours l’œil alerte rempli de malice pour agiter le figé. J’adore imaginer des histoires, là où rien ne frémit. C’est facile, je vous l’assure.
Ce jour-là, je me suis pris pour un Geppetto.
J’accompagnais un tronçonneur. Il s’attaquait à un chêne qui menaçait de rompre au vent prochain. L’homme visait le ciel pour juger de la hauteur de l’arbre puis, tête basse, il actionna sa machine pour amorcer l’entame directionnelle. Une entame qui définit le sens de la chute en laissant une bouche béante dans le tronc après avoir enlevé ce qui ressemble à une grosse part de pastèque.
D’un geste machinal, il jeta la pièce de bois juste à mes pieds.
Aussitôt, sous l’effet d’une vision inattendue, un hérisson me regardait tristement. Il m’implorait de lui donner vie.
Dès l’instant, il m’importait peu de voir le chêne choir, le petit animal qui venait de sortir de ses entrailles, de son liber encore gorgé de sève, allait prolonger sa vie dans une sorte de métempsycose que je venais d’inventer. Un arbre allait accoucher d’un petit animal.
J’avais déjà ma petite idée.
De retour chez moi, l’insectivore inanimé me réclamait âme. L’œil vide m’implorait de lui donner vue et tout son être cherchait souffle. Il m’a suffi de quelques minutes pour que je lui rende vie avec une simple tête d’épingle. Je n’ai touché à rien d’autre.
Dès lors, je le remis sur pattes. Il commença à flairer les alentours, ses narines frémissaient, un sourire poignait au bout de son petit museau.
Cherchait-il vermisseau déjà ?
Non, il cherchait compagne.
Alors, sans plus attendre, je lui inventai une rencontre.
Il était dans la neige.
En cette période, les hérissons hibernent pourtant, cachés sous des amas de feuilles. Qu’importe, nous étions dans l’imaginaire, le rêve éveillé voyage à sa guise.
Quelques pas menus, trottinant au hasard, je le vis sourire, renifler, humer l’air lorsqu’il tomba nez à nez avec une jolie hérissonne.
Pamoison réciproque instantanée, ce fut le coup de foudre.

En catimini, sans faire trop de bruit, je me suis éloigné sur la pointe des pieds.
La neige se mit à tomber abondamment avec une lenteur et une douceur infinies.
Les flocons s’embrochaient sur les piquants.
Une couche neigeuse gonflait et gonflait encore pour les envelopper d’un igloo protecteur.
Nos deux amoureux, s’imaginaient au plus profond de la Laponie, invisibles dans leur abri, bien isolés, bien au chaud, deux inuits se saluaient.
On ne devinait plus que quelques petits tremblements hésitants, presque imperceptibles sous la couche poudreuse, quelques instants seulement, puis plus rien…
Chut, nos deux tourtereaux, l’un né du tronc d’un chêne, l’autre sorti du hasard, s’étaient endormis !
C’est ainsi qu’on imagine des contes jolis pour que naissent les amours hérissonnes, les amours polissonnes.
C’est de la banalité que surgissent les histoires étonnantes…