Lorsque je « tombe » sur les statistiques de mon blog, 1655 textes au moment où j’écris celui-ci, je me demande si je ne suis pas tombé sur la tête. Tant d’écriture pour quoi faire et pour quoi raconter ?
Un questionnement qui ne dure pas longtemps car c’est un plaisir pour moi. Un loisir comme d’autres vont jouer au tennis ou à la belote.
La découverte de l’écriture, sans souffrance, en douceur presque en respiration quotidienne, qui survient comme on se met à table pour manger, est à n’en pas douter une belle aventure pour qui a souffert en apprenant à lire et à écrire. Parvenir à la lecture courante toujours douloureuse à un âge très avancé lorsque d’autres ont largement dépassé ce palier de longue date n’est jamais bon signe pour la suite. Comme un pénitent chargé de péchés, je me trainais sur mon chemin de croix chargé de fautes d’orthographe. J’en remplissais les dictées et les rédactions jusqu’à la balance rouge, largement déséquilibrée du 0/20. A ce stade, on ne comptait plus, la coupe était pleine et pouvait déborder tant qu’elle pouvait, on laisse filer. Cela me rappelait le bassin du jardin de mes grands-parents dont le trop plein arrosait le potager. Avec cette image de débord, j’avais l’espoir de devenir, non jardinier, non maraîcher mais cultivateur dans le jardin des autres comme mon père. Cultivateur c’est plus rustique.
J’en ai sorti des mots-cailloux de ma chaussure. J’ai galéré, mais aujourd’hui, je ramasse de beaux galets en m’amusant à en faire bel usage.
Du moins le crois-je et cela suffit à mon bonheur.
Bel usage, mêlant réalité et rêve. J’adore raconter mon passé emmailloté de nuages, illuminé d’étoiles, enjolivé de fleurs sauvages et de feux de bois qui rassurent. Un mot, une idée m’allume et je pars à la conquête d’un univers nouveau. Parfois, je fais du neuf avec du vieux, cela me fait sourire. Rien n’est perdu, tout se transforme. Avec l’aide de l’ancien, le moderne semble de meilleur aloi. Ce transport n’est jamais vain, jamais utopie perdue d’avance puisqu’il me conduit au bout d’un sourire… Un sourire qui s’efface et renaît avec les prochaines images.
Des films, je m’invente des films. J’ai passé une partie de ma jeunesse au cinéma. Ce n’était pas donné à tout le monde surtout dans les villages perdus, à une époque où l’on ne soupçonnait aucune révolution de l’image.
J’ai vu Spartacus, Les canons de Navarone, Le pont de la rivière Kwai, Le plus grand trapéziste du monde, L’amour de la vie… J’étais un privilégié sans le savoir. L’avant film était très attendu avec ses infos vieilles de quinze jours et plus. Laurel et Hardy, « Les Trois Stooges » que j’adorais par-dessus tout, nous mettaient en joie. J’étais le chanceux qui vivait avec une tante responsable d’une salle de projection. Elle assurait l’entretien et sortait les affiches car le projectionniste n’était pas sur place, il avait besoin de cette logistique.
Plus tard, je découvris Akim, Blek le Roc, Capitaine Miki, Sylvain et Sylvette, des bimensuels qui nous tenaient par la barbichette que nous n’avions pas encore. « A suivre », lisait-on au bout de quelques images ou d’un épisode.
Des histoires à suivre que nous suivions dans le grenier de mon ami Alain.
Je lisais à mon rythme dans une atmosphère embaumée du parfum de la pomme Starkinson. La pièce attenante à la chambre mansardée, était remplie de pommes rouges, étalées à même le sol sur une très grande surface. Le moindre courant d’air faisait voyager ces effluves de bois vert, cette odeur de chewing-gum jusque sous nos narines pour réveiller les papilles. Nous finissions nos bandes dessinées en croquant la pomme après l’avoir frottée contre la manche de notre pull pour la faire briller. On regardait un instant cette peau lustrée qui semblait recouverte d’une couche de vernis puis nous croquions à pleines dents faisant exploser la joue pulpeuse dont le jus dégoulinait par les commissures des lèvres avant de couler sur le menton. Absorbé par la lecture, je n’essuyais que tardivement ces débordements qui filaient vers la salière de la clavicule. Il m’en reste encore tous les arômes entre palais et fosses nasales. Ce parfum associé à ces lectures faisait remonter le goût de l’aventure échappée de nos bandes dessinées.
Je n’ai cessé de remplir et remplir encore ma vie de choses qui m’enchantent. Forcément un jour ça déborde et pour que cela ne se perde en chemin, je nourris un blog glouton, très vorace qui engloutit avec une facilité déconcertante. On « épicure » ensemble comme deux compères…
Faut-il psychologiser l’affaire ? Fouiller l’inconscient pour connaître l’origine de cette boulimie ? La belle affaire ! Je m’en fiche, je ne vais tout même pas trifouiller mes plaisirs, les disséquer pour en produire une déception, une tristesse, une désillusion. Il me semble être en parfait équilibre avec moi-même pour m’épargner une introspection hasardeuse.
Et si d’aventure on ne trouvait que faux équilibre, équilibre précaire ou bancal, en analysant ?
Il ne manquerait plus que ça !
Sont-ce des mots perdus ? Des mots qui ne disent rien aux autres ? Je l’ignore, ce n’est plus mon affaire. Je ne suis pas marchand de bonbons, je les distribue et ne tire que le bénéfice du plaisir d’écrire…
Voyez, ces mots balancés là, juste pour passer le temps, pour dire des choses qui n’intéressent personne, sont de la plus haute importance pour moi. Je suis un artisan du bavardage, de l’écrit vain, de l’écrit perdu sur une toile qui nourrit les instants de quelques épeires qui savent où trouver mes mots jetés au vent.

Je termine ma journée, heureux, prêt à dormir comme un bébé qui a fini son biberon et sourit aux anges pour s’envoler vers le pays des rêves enchantés.
Demain j’aurai oublié ce que je viens de semer sur cette page, pour m’en souvenir je devrai me relire. Déjà, c’est du passé mais il revient sans cesse. Un mot, un geste, une info ou un message, un rien sans doute, me conduira à jongler avec d’autres idées, d’autres mots, une vieille trace aussi…
J’ai ma dose quotidienne, l’écriture est une belle affaire, mes neurones sont en joie…
Vous avez l’habitude désormais, lecteur assidu.
Je me suis amusé, c’est un exercice pour ne pas perdre la main, J’en veux encore.
Je suis adossé à un arbre, un brin d’herbe entre les dents, je regarde le ciel, mon sourire est coquin et l’œil malicieux.
Si vous venez avec moi ne me prenez pas trop au sérieux.
C’est du vent, du vent que je souffle aux quatre vents…
Mon temps n’est jamais perdu, il voyage au gré des alizés, de la bise ou de la tramontane…
En plus de vous apporter un bonheur quotidien, tous ces articles ne sont pas vains et intéressent qui veut bien prendre le temps de les lire.
Je les lis au moment du coucher, c’est une lecture apaisante.
Toutes ces histoires hors du temps sont un plaisir à suivre tel un bon roman.
Bonne soirée
Avec un tel commentaire vous me faites plaisir aussi.
J’ai l’impression que mes mots envoyés au hasard ne se sont pas perdus.
Et si la lecture est apaisante, j’en suis ravi.
Je vous remercie pour le suivi et vous souhaite également une bonne fin de soirée.