Le temps des cerises.

Chapardage et maraudage ne sont plus les deux mamelles de saison.


Lorsque j’étais adolescent, les jeunes de mon âge connaissaient tous les cerisiers du village, de la précoce burlat au bigarreau Napoléon plus tardif.
Chaque arbre répertorié était sous surveillance dès la fin du mois de mai et le 31, jour du couronnement de la madone, était particulièrement visé. Surveillé par les propriétaires comme par les petits filous friands de cerises.

Le soir du couronnement donnait lieu au jeu du chat et de la souris. Les plus malins envoyaient une estafette à l’église pour vérifier si le propriétaire du cerisier précoce était à l’office du dernier jour du mois de Marie.
C’était un rituel de prudence avant de passer à chaparde.
Une année, les galopins avaient vu de la lumière à la maison, la fenêtre ouverte et le transistor presque à fond. Rompus aux astuces du propriétaire, ils passèrent à l’action après s’être assurés qu’il était bien à la cérémonie religieuse.
Certains de ne pas être dérangés, ils se gavaient de drupes juteuses avant de pénétrer dans le domicile par la fenêtre pour éteindre poste et ampoules.
Le propriétaire faisait ainsi économie d’énergie, maigre compensation.

Le mois de juin fournissait le gros des péchés à avouer à confesse. Le curé le savait, il s’apprêtait à entendre à longueur de repentances « Pardonnez moi mon père parce que j’ai péché… j’ai volé des cerises chez un tel« . La précision du propriétaire n’était pas de trop, elle rendait la peccadille plus crédible. Avec ce péché mignon, pas des plus pendables, nous étions assurés de ne pas débourser trop de prières devant la madone qui attendait juste à côté.
Deux ou trois « Je vous salue » rarement un « Notre père » pour cette maraude devenue marronnier devant le confessionnal, à pareille époque.
Même les innocents, ceux qui n’auraient jamais fait de mal à une griotte, profitaient de l’aubaine saisonnière au confessionnal.
Il arrivait que certains, à court de péchés à déclarer devant la douane religieuse, annoncent leur forfait hors saison, en hiver par exemple, avouant leur oubli en temps voulu. C’était l’effet pervers des confessions obligatoires du temps où les croyants couraient les rues du village.

Qu’avoueraient aujourd’hui nos chers garnements au tribunal de l’église ?
Un dérapage sur Tik Tok, un mot tordu sur Facebook ?
Le divin, lui aussi passé à l’heure de l’IA, se soucierait plus de surveiller les réseaux sociaux que de cerisaies profanées, de guignes, Van, Reverchon ou cœurs de pigeons indûment avalés.
Les visites aux vergers ne sont plus d’actualité, seuls les merles et les geais survolent librement les jardins, se nourrissent de bigarreaux et se chargent de disperser les noyaux afin de perpétuer l’espèce.

Naguère, la chasse aux geais était autorisée à prairial (mai/juin), il suffisait de porter les pattes, ou une tête fraîchement coupée, au service dédié pour obtenir une petite prime d’encouragement.
Cette autorisation, aujourd’hui caduque, évitait l’abandon des jardins et des vergers en soutenant les jardiniers sujets au découragement.
On y voyait beaucoup de clowns au milieu des fruitiers, bras déployés, chemise au vent et chapeau de paille enfoncé jusqu’aux oreilles, d’allure rigolote plutôt que d’épouvante. Les arbres déguisés, en robe de mariée taillée dans le plus fin et ajouré des tulles, n’effrayaient plus passereaux ni corneilles.
Les corvidés d’aujourd’hui sont plus instruits, mieux informés, pleins d’humour, on les verrait bien, perchés sur l’épaule d’un épouvantail, faisant mine de converser avec lui, prenant la pose pour une photo afin d’immortaliser leur copinage.
A force de fréquenter les humains, les volatiles apprennent à passer leur bac 😉

Pâturages et labourages, comme chapardage et maraudage, ne sont plus mamelles d’un pays ou de saison…
Ces vocables d’un autre temps, hors d’actualité, tombés en désuétude, enrichissaient un vocabulaire sans doute ignoré par la nouvelle génération.
Il faut vivre avec son époque même au temps des cerises.
L’église l’a bien compris, ecclésiastique d’aujourd’hui ne met plus la pression sur les confessions.

L’année dernière, deux ou trois jours après murissement des cerises, il n’y avait plus un fruit sur l’arbre, ce fut pareil pour les prunes avant même maturité. Cette année, les fruits ne sont pas pillés par les oiseaux. Quelle explication ? Peut-être y a-t-il abondance dans les parages ?

4 commentaires

    1. Toujours impossible de valider « J’aime », on me demande de m’identifier tout en refusant mon mot de passe.
      Ils vont finir par lasser et j’envisage déjà d’arrêter à l’issue du contrat.

      1. J’ai une lectrice qui a eu beaucoup de problèmes ces derniers temps, en premier WP lui a dit que ça venait de son installation… tout ça pour le lendemain avouer qu’ils avaient eu des bugs…
        Bonne soirée Simon. 😻

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