Le rayon de soleil.

Ce matin, Gaëtan publiait cette photo et la commentait.
A peu près, ainsi :

« Chaque année, au printemps et à l’automne, le soleil au coucher projette le soir ces fins rayons dorés quasi horizontaux à travers plusieurs pièces de la maison jusqu’à la cheminée.
L’affaire ne se répète, à chaque fois, que quelques jours à compter sur les doigts d’une main.Cet alignement, fugitif et bref, suppose que nul nuage, ne s’interpose. »

En voyant ce rayon traverser la pièce et se poser sur la cheminée, l’image de ma grand-mère a resurgi de ma mémoire.
Elle était assise devant sa cheminée, nous étions au mois d’avril, elle grillait le café dans le vieux grilloir cylindrique.
Elle tournait la manivelle sur un rythme lent et continu, de temps en temps décrochait le cylindre et le secouait à la verticale. Un geste ancestral destiné à déplacer, mélanger les grains afin qu’ils ne brûlent. Une opération régulière, espacée de manière empirique, un geste appris et intégré de longue date. Elle savait à quel moment procéder à ces secousses cadencées vers le plafond et au-delà, vers le ciel, le geste auguste du grilleur de café.
Pour s’assurer que tout évoluait normalement, elle ouvrait la petite trappe, une fumée de vapeur s’en dégageait emplissant ses narines d’un fumet fortement caféiné. Elle tendait l’accessoire sous le nez de la voisine assise à ses côtés et surveillait son avis. Un acquiescement, d’un mouvement de tête ou une roulette avec son doigt, lui indiquait s’il fallait arrêter ou continuer.
Pour s’assurer, à l’arôme, après avoir regardé les grains en les remuant avec un bout de bois, elle jugeait de l’état de sa torréfaction.
Ainsi procédant, elle stoppait son tournez manège lorsque parfum et visuel se trouvaient en harmonie avec son expérience de grand-mère.
Nous étions en avril, c’était une après-midi, le soleil déjà bien bas, devenu rasant, entrait par la mini fenêtre, à l’horizontale, et venait éclairer le visage de mon aïeule.
J’avais l’impression que Phébus cherchait à saluer ma grand-mère en la mettant, durant une ou deux minutes, en pleine lumière.
Les grains fumants étaient éparpillés sur une feuille de papier d’emballage, après refroidissement entreposés à l’abri d’une boîte métallique.
Quelques jours plus tard, les voisines rassemblées autour de la table, dégustaient le premier café.
Elles donnaient leur avis, ainsi s’enrichissait l’expérience au goût de chacune.

Gaëtan m’a autorisé à prolonger son cliché, dès cet instant, ce souvenir enfoui dans ma mémoire, a fait irruption dans le présent.
Voilà pourquoi le temps, passé, présent ou avenir ne doit plus être l’objet de controverses.
Il se définit par ces trois mouvements pour que plus jamais on ne montre du doigt les prétendus passéistes.

Le temps à travers l’espace sur la toile qui mène de la Corse à la Vendée et inversement, a permis cette conversation.

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