Je m’attardais sur des images prises sur Mars, non pour m’émerveiller mais pour cogiter.
J’imaginais le commun des mortels pris au piège des commentaires largement entachés d’anthropomorphisme.
Un bloc pierreux constitué de globules était comparé à un amas d’œufs d’araignées.
Y aurait-il des araignées sur Mars ?
L’esprit s’emballe et voilà que l’on imagine déjà ces « couvains », embarqués par inadvertance, atterrir chez nous.
C’est déjà l’effroi, des monstres arachnéens hauts sur pattes pourraient bien semer la panique sur la planète bleue.
Il n’y a qu’un pas pour en arriver là, fallait-il commenter ainsi la découverte, même en revenant à plus sérieux ensuite ?
Cette vision humaine des choses, nous conduit inévitablement à de fausses pistes, de fausses idées, de vraies croyances.
Sur un autre cliché, une pierre, un caillou, un minéral en forme de casque.
Le commentaire dérive aussitôt.
Pourquoi ce casque martien abandonné au milieu d’un désert ?
Il n’y a pas de casque mais une forme qui y ressemble et fait l’objet de divagations idéelles.
Pourtant, juste à côté, il y avait une multitude d’autres formes, informes, qui ne ressemblent à rien de connu chez nous.
Personne ne dit rien, normal, il n’y a pas matière à divaguer.
la paréidolie est un effet pervers de l’esprit humain, un effet qui empêche de voir les choses de manière détachée, un sens induit, éloigné du réel.
On peut s’en amuser, certes, mais sans être dupe.
Il est difficile de raisonner ces visions, cet imaginaire, ces croyances.
Puisque l’objet ressemble à s’y méprendre à un truc qu’on connait, ça doit bien être lui.
Allez donc raisonner ! Vous passeriez pour un fou, un ignorant des fabrications de l’esprit humain.
Gaston Bachelard définissait ainsi l’esprit scientifique, c’est sans doute la vingtième fois que j’y reviens…
« L’esprit scientifique doit se former contre ce qui est en nous et hors de nous l’impulsion et l’instruction de la nature. »
Comment comprendre cette assertion ?
L’esprit scientifique n’est pas donné à tous et n’est pas inné.
Il doit s’acquérir au prix d’une lutte sur deux fronts.
Contre l’impulsion de la nature, nos sentiments, nos visions anthropomorphiques, nos croyances et nos approximations.
Contre l’instruction de la nature, ce qu’elle nous montre.
Un clou qui rouille, une bougie qui brûle, un corps qui respire, sont trois données visuelles différentes et pourtant répondent à la même loi de l’oxydation. Oxydation lente pour la rouille, plus rapide pour les autres.
Il n’y a, dit-il aussi : « de science que du caché« .
Il faut toujours garder cette citation à l’esprit, cela nous évite de fabriquer des idées fausses, de fausses pistes et des dérives. Des déclarations erronées qui ont la vie dure.
Songez-y un instant avant de conclure hâtivement.
Ce recul fait voyager utilement.


Un lézard né de l’imagination simonienne.