A mon ami.
C’était un vendredi.
On peut raconter ce que l’on veut mais ce fut pour moi, à la fois une découverte et une belle surprise.
Cela faisait un bon moment que l’ami mécanicien s’occupait de ma voiture.
A chaque départ de vacances estivales en Corse, il entreprenait les révisions de base sur notre parking afin que nous partions tranquilles pour le long périple qui nous conduisait dans mon île natale.
Il vérifiait tout, les plaquettes, les tambours, les disques, faisait la vidange, bref tout, j’avais totalement confiance en lui.
Une année, il m’annonça qu’il fallait changer l’embrayage et que ce n’était pas une mince affaire.
Un instant, il s’est gratté la tête puis, assez rapidement me dit :
– Ce soir je viens chercher ta voiture, après le travail. Tiens-toi prêt vers dix-huit heures.
Il ne m’avait rien dit d’autre et je n’avais aucune idée du travail à accomplir.
A dix-huit heures, il débarqua, s’engouffra à la place du chauffeur :
– On y va ! s’écria-t-il.
Je n’ai même pas eu la présence d’esprit de lui demander vers quelle destination nous allions. Nous avons roulé un bon moment à travers la région parisienne, il commençait à faire nuit lorsque nous nous présentâmes devant un grand hangar, battants de porte largement ouverts, au milieu d’un bosquet.
La voiture avança jusqu’à un emplacement précis du local, la grande porte se referma aussitôt derrière nous.
Comme dans un film, digne du « Clan de siciliens », mon ami serra les mains de deux ou trois personnes, ils échangèrent un sourire sonore, quelques mots, je n’ai rien compris, ils parlaient en portugais. Chacun vint me saluer aussi et puis tout ce petit monde s’affaira autour du moteur.
Avec diverses clés, ils se mirent à dévisser avec une rapidité et une précision étonnantes, on aurait dit des chirurgiens penchés sur un malade qu’ils opéraient d’extrême urgence. Cela dura un bon moment dont je ne saurais préciser le temps.
Ils actionnèrent le palan posté très haut dans le hangar et dégagèrent le moteur entier comme s’ils avaient vidé un abdomen de tous ses organes. Je regardais avec inquiétude ce logement vide, étripé, les viscères au bout d’une chaîne.
L’opération terminée, mon ami salua ses copains et nous repartîmes chez nous.
Il me laissa devant mon logement et m’annonça :
– Demain à six heures, je viens te chercher.
J’avoue que je n’étais pas rassuré, je me demandais comment ils allaient retrouver chaque boulon pour tout remettre en place.
Le même personnel était au poste de bon matin, sur le coup de treize heures tout était réglé. Le moteur remonté, les essais rapidement menés, tout ronronnait parfaitement.
Sous les arbres, à côté du hangar, un brasero fumait.
On nous servit un apéro, deux, autour du barbecue, dégustant des sardines grillées à point, juteuses et goûteuses, bien salées.
Ça papotait ferme en portugais, on riait fort, on se tapait sur l’épaule, j’ignorais ce qui se racontait.
Ces gens joyeux, insouciants, et apparemment fort complices, semblaient heureux de leur ouvrage, ils avaient l’habitude de l’entr’aide.
Un jour c’était pour l’un, la fois suivante pour l’autre, c’est ainsi que fonctionnent les diasporas.
Je suis rentré quasiment silencieux, à la fois surpris et admiratif de ce que je venais de vivre sans que j’aie un mot à dire, ni un sou à débourser.
Francisco était mon ami, il venait de le prouver, une fois de plus, sans le crier sur les toits.
Cela fait vingt six ans que je ne l’ai vu.
Il est reparti un mois après moi dans son pays natal, j’ai eu du mal à retenir un sanglot en le quittant, il m’avait dit :
– Que veux-tu que je fasse là, maintenant !
Je pense souvent à lui et à sa petite famille qui a dû s’agrandir depuis, c’étaient des braves gens…
Par ce texte, je leur renouvelle mon amitié !
Salut l’ami Francisco, j’espère que vous allez tous bien !
On peut raconter ce qu’on veut, je n’y ai vu aucune entorse aux bonnes mœurs.
Que voulez-vous que je vous dise !
Ces images de pétanque vont lui plaire.




Belle histoire d’amitié, je vous souhaite à tous deux de vous revoir un jour …
Se revoir, c’est plutôt compromis mais on se contacte, j’ai des nouvelles, tout va bien.
Bonne journée avec le soleil, Al.
Très belle histoire et beaucoup d’émotion.
🙂
Il s’en souvient encore.