L’amour de la vie.

Qui aime la vie prépare sereinement son départ.

Axel Kahn est parti.

J’avais beaucoup aimé sa manière de vivre ses derniers jours, son regard apaisé avant le grand voyage.
Certes, on n’y va pas de gaité de cœur… il savait sa fin très proche et voulait profiter de ses derniers moments pour faire le plein de vie puis s’en aller plein les bagages.

Ce matin, je ne savais pas encore.
Je m’étais levé tôt, très tôt, il était cinq heures, la nuit n’avait pas fini son périple.
J’ai voulu voir les étoiles et tester quelques émotions.
Je pratique depuis mon adolescence, la culture des contrastes et celle-ci s’intensifie à mesure que l’âge avance. Je me sais plus proche de la fin, alors je m’enivre de la beauté des choses.
Tout me semble beau, même un cri. Le cri éraillé et pointu du geai.
Que faisait-il ce matin, alors que la nuit vivait encore ?
A-t-il fait des cauchemars, son sommeil a-t-il été troublé ?
Il criait déjà comme un malade et dans le silence profond qui règne ici, à cette heure encore noire, ça vous glace…
Je me disais que la vie est belle. La moindre chose d’ci bas, la plus insignifiante soit-elle en apparence, a son importance.
Elle est trace de vie, trace d’ici, trace de maintenant que l’on rangera dans un coin de la mémoire.

En ouvrant la porte, je fus attiré par l’horizon. Je suivais le contour des montagnes…
Qu’il est loin l’horizon !
Est-ce là-bas que j’irai ?
Mon envie de penser que je serai au-dessus de ces cimes suffira-t-elle pour que j’y sois ?
Pourtant j’aimerais bien, j’ai visé la meilleure place.
De là-bas, pleins phares sur mon territoire, je continuerai à vivre en Aratasquie. Je regarderai mon monde futur et je converserai avec la lune, avec les étoiles, aussi. Chacune se souviendra de mes sorties nocturnes à regarder vers le ciel, à chercher une raison.
Une raison ? Quelle raison ?
Y-a-t-il quelque raison à venir ici-bas, passer un temps sans en connaître la durée et puis s’en aller, laissant les autres dans la tristesse et l’ignorance d’un pourquoi ?
Le pourquoi métaphysique, le pourquoi inaccessible au commun des mortels.
Un pourquoi devenu croix que l’on traine sur son chemin sans jamais savoir plus loin.
Un pourquoi sans le « savoir » que l’on pense résoudre par le « croire »…

Un pourquoi a-humain, peut-être inhumain, qui m’a conduit à l’agnosticisme.
Que sais ?
Puisque je ne sais rien, je m’en vais par les chemins, je m’en vais avec le temps, l’esprit libre de profiter de la beauté des choses qui m’entourent.

Le jour commençait à poindre, effaçait les étoiles et l’horizon abandonnait son mystère.
Il était temps d’aller au potager, de baisser la tête pour cultiver l’autre jardin…

Je me réjouissais : Je n’ai pas travaillé pour rien, tout va bien.
J’ai souri, je m’étais mis à l’heure humaine, ce temps emprisonné dans une pendule, qui trotte inexorablement vers l’inconnu, vers le trou noir mystérieux, peut-être rempli de couleurs éclatantes ou alors vers le néant.

Ce dernier, je ne sais pas le définir.
J’ai pris l’habitude de me dire « Après on verra » et je pense que je ne verrai rien…

Axel sait maintenant, s’il n’est tombé dans le néant.
Il vivra encore longtemps dans la mémoire des hommes.

Ces ailleurs que j’imagine.
Et la carotte, très dubitative, me regardait sévèrement.

7 commentaires

    1. 🙂
      Je ne pouvais qu’écrire l’amour de la vie, que pouvais-je dire d’autre sur cet homme qui me dépassait infiniment ?

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