On le sait ou on le dit, aujourd’hui les notes à l’école font beaucoup de mal aux élèves en difficulté. Il ne faut pas qu’ils sachent où ils en sont ; il ne faut surtout pas les blesser. Plutôt leur bander les yeux et les faire tourner sur place comme les chevaux récalcitrants, refusant de rentrer dans les stalles de départ, pour les déboussoler.
Dans les cours de récréation, comme au paradis, les derniers sont les premiers. Les handicapés de la note et du verbe se retrouvent tout en haut du palmarès des poings fermés. En supprimant la note à la dictée, ils n’auront plus à se justifier en confondant point et poing. Cela présage d’un préau paradisiaque où les caresses succéderont aux gnons et autres croque-en-jambe. Les maîtresses transformées de sorcières en fées se verront entourées d’anges.
L’école devenue sanctuaire ne secrétera plus que du miel pour la société. Une société douce-heureuse bien éloignée des contingences d’ici-bas, assoupie dans le rêve d’un paradis terrestre qui ne tardera pas à se transformer en cauchemar.
Paradis endroit de rêve pour l’au-delà, endroit dont on ne sait rien et que l’on s’invente en creux lorsqu’on craint d’échouer en enfer.
Faudra-t-il songer à supprimer les palmarès de tout poil, les classements en sport ou tout esprit de compétition avant l’âge adulte ? Les gamins disent non, il suffit de les voir évoluer car le propre d’un enfant c’est de devenir adulte. Cachez cette note que je ne saurais voir mais alors cachez aussi cet adulte qui sert de modèle. Un enfant ça ne joue pas pour de faux comme pensent les grands, ça joue pour se mesurer à la réalité.
Dieu, s’il existe, s’est bien gardé de créer un monde égalitaire laissant ce rêve fou à la bonne conscience des hommes. Une vie de contrastes où la souffrance d’aujourd’hui peut être un bien pour demain.
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