Je réédite ce texte déjà paru sous le titre « Bonaventure », à l’intention des villageois qui l’ont connu et apprécié.
Il s’est envolé ce matin au paradis des facétieux, très loin de son village natal. Je sais que Lévie lui manquait beaucoup mais la vie décide autrement. Il aurait tant aimé revenir sur sa terre natale…
On l’appelait Bona. Bonaventure a fait les beaux jours des fêtes patronales de toute l’Alta Rocca dans les années soixante, soixante-dix. Comme on dit par ici, il était mondialement connu en Alta Rocca. Un humour bien de chez nous.
Il travaillait à Paris et retournait dans son village natal tous les étés au mois d’août. Pour rien au monde, il n’aurait manqué la St Laurent qui faisait la renommée de Lévie dans tout le sud de la Corse.
A cette époque, on festoyait pendant cinq jours pleins. Les rues du village connaissaient une affluence record avec ses nombreux stands dont Gugus tant prisé par ma grand-mère. Outre les nombreux jeux traditionnels pour enfants, le mât de cocagne bien savonné, attraction très attendue, n’était accessible qu’aux plus dégourdis. Ces derniers se comptaient sur les doigts d’une demi-main et mon frère Sylvain faisait partie de ceux-là. Tous les autres ne voyaient leur chance de parvenir au cerceau garni, que lorsqu’ils étaient soutenus par des balais, une fois que les « caïds » avaient fait leur récolte… Ils grimpaient par poussées successives marquées de temps d’arrêt pour souffler un peu. Ce n’était pas gagné d’avance, nombreux étaient ceux qui s’effondraient alors que le cadeau semblait à portée de main.
Puis les courses cyclistes avec ses vedettes locales, Fanfan Bartoli, Cisarucciu, Marchetti et Giovannangelli qui arrivait toujours dernier avec son maillot rouge. Il traversait la foule traînant son vélo à son flanc, les lèvres blanchies d’écume, se plaignant de ne pas avoir de chance. Tous les jeunes et moins jeunes le suivaient pour écouter le récit de son parcours et cette notoriété de Poulidor toujours dernier plutôt que second, en faisait un personnage. C’était à se demander s’il ne courait pas pour ce plaisir seulement. Souvent une prime surprise récoltée parmi les spectateurs, était attribuée au dernier à traverser le village. Peut-être en était-il l’inspirateur involontaire, tant il était populaire ?
Ce qui importait le plus pour Bona, c’était le Bal : il devenait le roi de la nuit. Cinq nuits de folie sur la Piazzona et sa piste carrée en bois (plus tard ronde et en béton), montée pour la circonstance. Avec ses facéties, en piste ou sur l’estrade pour faire un discours, imitant De Gaulle ou un chef Comanche, le show de Bona était très attendu. On adorait son imitation parfaite du chef indien lorsqu’il accompagnait d’un large geste : « ô ià ! i to vachi so’n’ ortù ! » (phonétiquement » Ô Jacques ! tes vaches sont dans le jardin ! « )
Je me souviens des Los Machucambos, un orchestre réputé à l’époque, et notre mascotte se mêlant à eux pour chanter et danser un « Pipoio piribiribi… » endiablé, un « Pepito » ou le « Cha cha cha, le chat de Serra di Scopamena». Tout le monde d’ici et d’ailleurs était derrière lui. Sa bonne humeur légendaire était communicative faisant le bonheur de toute une région. C’était un intouchable qui vivait la nuit et se ressourçait au lit toute la journée. Lorsqu’arrivait la fin du mois d’août et que le brouillard montait le soir de la vallée… ça sentait le départ. La tristesse d’un village qui allait se vider commençait à poindre sur les visages.
Le jour de son retour à Paris, une bonne dizaine, peut-être plus, de voitures garées entre « Vescu » et « Vichy » s’apprêtait à l’accompagner jusqu’à la fontaine de Tallano. Là, le cortège s’arrêtait. Posté sur une haute marche, notre ami faisait son discours d’adieu puis une longue queue s’établissait pour l’embrasser. Un moment d’émotion réelle masquée par toute une mise en scène. C’était une fausse mascarade pour la manifestation d’une amitié vraie. La vie festive du village s’achevait mais l’esprit de Bona flottait encore dans les bars et les chaumières : « Tu te souviens ? Tu te souviens ? … »
Cela a duré plus deux décennies puis Bona est revenu vivre dans son village. Un jour, le coup de théâtre : il est reparti vivre sur le continent.
Je suis son cousin germain, je peux témoigner de ce départ à contre cœur… Les jours qui précédaient sa délocalisation, je lui ai écrit une chanson en Corse sur l’air de la Mama de Charles Aznavour qui commençait ainsi : « Vintura voli venda a Lada / Ma a nimu u la voli da. / Vintura s’ha vindutu tuttu,/ U n’ha mancu piu un pezzu di prisutu / Da manghia a a a… Ave Maria, Ave Maria… (sa mère) etc.
Puis, je lui ai remis un poème qui s’achevait ainsi : Vintura è partitu, si n’hè andatu … Ma un ghiornu, a Piazzona sara pièna. E u mondu dicera : ma chi sara andatu a fa cula ?
Par le hasard de la vie, Bonaventure vivait à Boulogne sur Mer, à l’autre extrémité de la France, il ne pouvait pas faire meilleur pied de nez. Lévie-Boulogne sur Mer, lieux de vie antipodiques, qui l’aurait pensé ? Il n’est plus revenu entre Vichy et Vescu, jouer au cow-boy de « Règlement de compte à Ok Corral » avec son déhanché de circonstance.
Je crois bien que son âme se promène au-dessus de la Piazzona pour assister à quelques parties de pétanque… il aimait tant le bruit des boules qui s’entrechoquent.
La veille de son départ pour le continent, je chantais avec lui : « In’a Piazzona, i bocci un’hanna più da sciuchitta… Vintura si n’i va ! »
Je lui avais dit au dernier moment : « Allez-va ! Et bonne aventure Bona ! »
La vie s’est arrêtée pour lui, ce matin. Ses cendres seront de retour au mois d’avril.
Jour de fête. (bouteille à la main)
Re-jour de fête. (Accroupi à gauche)


bel hommage a BONA que de souvenirs lorsqu’il est revenu de Paris puis son depart a contre coeur la vente de sa voiture les tournée de pastis avec Zézé chez Caracas re pose en paix Bona
…Je suis très triste d’apprendre cette ultime nouvelle. Repose en paix, Bona, tu étais une partie de la mémoire de notre village. Condoléances émues à sa famille.
Un personnage fort attachant et sympathique nous a quitté.
Combien de fêtes, j’ai pu faire avec mon ami Bona ?!!!
Celle que je n’oublierai jamais, c’est celle de Tirolo.
Lors d’une tirade culte, en imitant le Général de Gaulle, il avait fait une promesse aux habitants.
« Tiroliens , Tiroliennes,
Je vous ai compris, vous aurez des passages cloutés, individuels et portatifs. Bravo.
Repose en paix, Je ne t’oublierai jamais.
Jojo Bartoli
Bona ,un personnage!!!les personnages ne meurent pas!! je te presente mes condoleances.
Merci à toi Simon pour ce que tu as écrit sur notre cousin Bona. C’était un gentil garçon et sa Corse lui manquait beaucoup. il souhaitait revenir sur Biarritz pour retrouver le soleil qui lui manquait à Boulogne sur Mer. Ce changement aurait du avoir lieu cette année mais voila, la maladie ne lui a pas permis de réaliser son désir.Il est parti trop tôt. Je ne serai pas à Lévie pour la messe à son intention mercredi mais mes pensées et celles de ma famille seront en communion avec vous tous dans le recueillement et la prière. Françoise.
Je vous remercie pour vos marques de sympathie. Laissons lui le mot de la fin : « Je vais leur mettre une ambiance…! »
Il trouvera bien une place sur la scène de l’au-delà.
La notion de temps vous disai-je… A prestu Bona ! (à bientôt)
Bona nous a quitte encore un des notres qui nous abandonne que dire de lui ? nous ne pouvons oublier les bons moments passés avec lui une page se tourne je ne peut oubliér son depart du village je le revois pleuré et me dire a bientot Bona n ai plus revenu dans son village qu il aimait tant je serais pres de vous pour sa messe repose en paix Bona je ne t oublirais jamais