Libérer la parole.

J.L. Borloo vient de retrouver l’usage de la parole en quittant le gouvernement. Tant d’années dans « parler comme je ne pense pas », ça doit être terrible. Une sorte de « je ne parle pas comme je voudrais donc je suis » opposable au « je pense donc je suis » de Descartes à la grande différence près que le philosophe utilisait le verbe être et l’autre le verbe suivre.

Suivre, généralement, a une connotation de dépendance : je le suis, je suis ses conseils, je suis des cours du soir (ou de jour)… C’est être à la traîne, derrière, toujours après quelque chose ou quelqu’un. Subir. Borloo vivait dans le « je suis celui qui suit » et apparemment le vivait mal. Il vient de retrouver sa liberté de parole. La parole tout court serait plus juste car personne ne l’a obligé à rentrer en galère, sauf l’ambition. Lorsqu’on déclare retrouver sa liberté de parole on s’adresse implicitement à celui qui est censé l’avoir coupée pour lui signifier que c’est à son tour de souffrir.

Rama Yade ne s’est pas privée de parler. Elle pratiquait la parole boomerang, cette parole qui tournoyait au-dessus des têtes et revenait vers elle. Visiblement, elle s’en amusait donnant coups de griffes suivis de caresses. Chaque mot avait Sarkozy en filigrane. Filigrane diaphane pour porter un coup, filigrane soutenu pour affirmer l’attachement à son pygmalion. Elle n’a pas cessé de dire une chose en pensant son contraire. C’était visible de loin et elle s’en amusait toujours prête à soutenir son « mentor ». Je mets des guillemets car il n’est que de façade, on s’en apercevra bientôt, à moins qu’elle ne revienne en grâce.

Dominique de Villepin n’a pu, très longtemps, prononcer le nom de Sarkozy comme s’il était tabou ou maudit, puis a fini par se lâcher. Il s’est libéré tout seul, et depuis lors, les coups sont devenus plus précis, plus lourds, plus meurtriers. On sent la rage de l’homme qui a souffert de la réussite de l’autre ? Ça lui sort par tous les pores, il n’en peut plus, s’il pouvait l’embastiller, le jeter aux oubliettes, il le ferait sur le champ. Sans attendre, aucune chance il lui donnerait…

Il y en a d’autres comme ça, on ne les citera pas. Ils vont peser et lourd…

Hier, dans son interview télévisée, Sarkozy n’était pas très en jambes, vous ne trouvez pas ? Beaucoup l’on senti affaibli… et Bayrou avait choisi une grande bibliothèque en toile de fond pour sa réaction à chaud. Il s’y voyait déjà et Marine, aussi, avait sorti son trône. Ça commence à frémir sous les crânes.

Le lendemain, le chef du gouvernement fantôme (Bayrou pour ceux qui ne le sauraient pas) déclare avoir beaucoup réfléchi pour nous avouer qu’il avait trouvé le président bien triste. La nuit porte conseil. L’analyse de toute une nuit pour remarquer que la bête avait mis un genou à terre et qu’avec la meute il sera facile de l’achever. Reste à savoir quel sera la louve ou le loup dominant qui va poser sa patte sur le cadavre.

Seuls, Ségolène et Dany n’ont pas lésiné sur les paroles et pas que des mots doux. Ces deux-là ont la langue bien pendue, vous ne les bâillonnerez jamais… la parole est leur oxygène.

Malgré tout ça, certains pensent que Sarkozy nous la joue en douce, qu’il fait le mort pour ne pas être tué.  

Aurait-il compris que la parole est d’argent et le silence d’or ?

La marche vers le printemps 2012 va être passionnante.

                                                                                                            A suivre

carpe.1290071973.jpgLe silence est d’or.

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