Ce texte paru en chronique lemonde.fr figure ici avec la photo.
Occupé à des travaux terre à terre, je suis très éloigné de l’actualité nationale et internationale. L’actualité locale, celle de mon potager, n’est pas loin de récapituler, rappeler à petite échelle ( ? ) la vie de nos contrées. (Les photos figurent dans le blog)
Depuis quelques jours Merlette me suivait partout au jardin. Elle est même entrée à la maison : je l’ai vue piquer quelques miettes, pourtant les environs regorgent d’insectes, larves et chenilles. Complètement folle lorsque j’arrose. Elle me provoque jusqu’à me fixer du regard à moins d’un mètre. Elle pioche et repioche dans la terre ramollie puis repart le bec plein de vers tel un martin pêcheur avec son butin de travers.
Impertinente. Même le rouge-gorge qui m’accompagne l’hiver comme s’il était mon ami n’a pas cette arrogance. Elle file entre les plants de tomates et n’hésite pas à gratter jusqu’à déterrer les racines, à faire souffrir les cœurs de bœuf encore cœurs de pigeon. Parfois elle m’agace en griffant mes semis. Pourquoi tant d’impatience ?
Je l’ai suivie du regard, elle s’enfonce dans la haie toute proche et réapparaît le bec vide et encore avide. Je sais que rien ne compte plus que ses petits. J’irai les voir et vous les présenterai.
Quelle imbécile ! A un mètre de hauteur elle a élu domicile pour ses merleaux. Ignore-t-elle encore les dangers qui guettent ses oisillons ? N’a-t-elle pas de mémoire ? A-t-elle la même confiance en tout comme en moi ? Je crains pour sa tête de linotte comme pour ceux qu’elle dorlote. J’irai les voir, je vous l’ai dit mais je n’ai pas mon appareil… j’irai.
Elle a insisté pour que je visite. Mille fois elle est revenue vers moi. J’y suis allé et voyez ce que j’ai vu. Deux dodus ensommeillés qui n’ont même pas ouvert leur bec lorsque j’ai écarté le feuillage. Repus et rompus de farniente.
Ce matin je suis passé leur rendre visite pour une photo plus remplumée. Personne ! Ils n’ont pas eu le temps de fourbir leurs tectrices et encore moins leur pennes rémiges et rectrices. Mistigri les savait là et n’a fait qu’une bouchée duvet compris.
Merlette court encore comme une folle mais je ne sais ce qu’elle cherche. Croyez-vous qu’elle aura compris ? Fofolle comme elle est, j’en doute. Et Mistigri, même bien nourri par son maître, a derrière sa tête un instinct tout bête. L’instinct, une sorte de « chassez le naturel, il revient au galop ». On n’apprivoise pas le chat, indépendant, libre, il fait ce qu’il lui plait.
Pourquoi ? Merlette l’insouciante au bec si preste, va-t-elle piquer ses chatons ?
Une merlette qui prend soin de ses petits