Le profilec. (profil lecteur)

Un chroniqueur du monde.fr (il se reconnaitra) m’a suggéré de publier mes chroniques dans le blog. Je ne le faisais pas de manière systématique. L’idée me semble bonne de reprendre les portraits d’enfants en difficulté face à l’apprentissage de la lecture et qui m’ont permis de trouver des constantes pour établir le profilec. Pour ne pas trop ennuyer les lecteurs ces portraits prendront une allure amusante une fois l’austérité du profilec digérée. 

L’apprentissage de la lecture donne beaucoup de fil à retordre aux enseignants comme aux apprentis lecteurs. La grande question a toujours été celle de « la méthode ». Y a-t-il une méthode ? Et si oui, pourquoi y en a-t-il plusieurs ?

L’expérience et donc l’approche empirique nous enseigne que les enfants qui accèdent à la lecture y parviennent avec n’importe quelle méthode et qu’ils ne vont jamais au bout de la méthode mise en œuvre. L’apprentissage ne se fait ni de manière linéaire ni par une quelconque transmutation, mais par sorte d’intégration du système qui, une fois survenue, place directement l’enfant sur les rails du savoir lire, du savoir décoder. Le temps d’apprentissage diffère entre les individus par des éclosions plus ou moins rapides. Certains enfants savent lire dès décembre, d’autres en mars ou en juin de l’année du CP. Pour eux, la majorité, l’apprentissage n’est que plaisir et découverte.

                       

Et puis, les réfractaires, les lecteurs tardifs, le sont pour des raisons multiples et très personnelles. Pour eux, on a beaucoup pensé, beaucoup écrit, beaucoup cherché le point faible sans jamais être certain que la découverte de la faille soit la vraie raison de l’échec.

La lecture n’existe pas, seul le lecteur vit. À partir de là, je me suis toujours attaché à comprendre le fonctionnement de l’apprenti lecteur en échec. Le regarder, l’écouter dans le but de découvrir les raisons de ses résistances. C’est ainsi que m’est venue l’idée du Profilec.

En accompagnant des enfants qui ont eu beaucoup de mal dans leur apprentissage, j’ai pu décrire un certain nombre de Profils Lecteurs (Profilec), m’apercevant, après coup, qu’il serait intéressant d’anticiper à partir de leur profil pour choisir la meilleure approche possible. Celui qui tirerait bénéficie d’une approche analytique, synthétique, mixte, gestuelle, voire globale, contrairement à ceux qui en pensent beaucoup de mal.

Voici les différents profils, les grandes lignes avec des interpénétrations possibles entre les cas :

Les indisponibles

Ils traînent derrière eux des problèmes, généralement familiaux qui en font des préoccupés perpétuels. Ils sont soucieux, tristes, désabusés et relèguent au deuxième plan tout ce qui ne concerne pas leur état psychoaffectif. Les apprentissages deviennent accessoires, secondaires. Leur attitude n’est pas forcément un refus, mais une indisponibilité inhérente à leur condition du moment. Ils sont normalement intelligents et d’une grande maturité forgée au contact de leurs problèmes familiaux. Souvent classés parmi les rêveurs, tête en l’air, ils parviennent malgré leur difficulté à lire, à la faveur d’éclaircies dans leur univers psychologique. Ils gardent parfois des séquelles dans la lecture orale : hésitations, inversions, interversions… La compréhension demeure satisfaisante. Les plus marqués à l’imagination fertile, toujours ailleurs, peuvent se montrer hermétiques au point de rester, longtemps, réfractaires à l’apprentissage.

Les immatures

Ils représentent une autre forme d’indisponibilité. Ils adoptent une attitude « bébé », sucent le pouce ou prennent des postures régressives, égocentriques généralement dépassées à leur âge. Contrairement aux précédents, ils sont joueurs, sourient facilement et portent peu d’intérêt aux choses scolaires. . Lorsqu’ils accèdent à la lecture, des séquelles peuvent persister dans la compréhension fine.

Les tardifs

Ils passent généralement inaperçus, car ils présentent les caractères des enfants sans problème. Les prédictions d’apprentissage sont favorables, mais le temps d’apprentissage déborde des prévisions initiales. Éclosent en juin…

Les volontaires, mais…

Ils sont « actifs », toujours partants, souriants, décidés, avec un moral à toute épreuve. En réalité c’est une façade. En éveil continuel, leur attention porte davantage sur la recherche d’un piège que sur l’acte de lire. Souvent égocentriques, ils traquent le mot et s’empêtrent dans le déchiffrage laborieux. Peu sûrs d’eux, ils cherchent à compenser par une suractivité déplacée, une inquiétude masquée. Conscients de leur acharnement et de leur volonté de réussir, ils avouent : « pourtant j’essaie et je n’y arrive pas ». Ils peuvent basculer dans l’excès inverse, l’abandon. Ils doivent être soutenus pour éviter ce piège. C’est dans cette catégorie que l’on trouve le plus de virtuoses de l’inversion et la substitution. À suivre.

Les trop lents et les trop rapides

Les uns ont le raisonnement lourd, s’évertuent à démontrer des évidences et font des découvertes perpétuelles : « Ah, oui, je sais… » Ils s’embourbent dans les mots auxquels ils restent collés. Leur activité se cantonne au décodage dont ils sortent en mauvais état au détriment de la compréhension. Lorsqu’ils parviennent au stade du décodage automatique, ils ont encore du mal à trouver « la musique » de la phrase qui donne accès à l’aisance, à la compréhension fine et sûre.

Les autres vont plus vite que la musique, qu’ils ne peuvent. Le mécanisme de lecture est intégré, mais leur balayage visuel est mal maîtrisé entrainant des fautes de lecture. Ralentir le rythme leur donne une impression de médiocrité, gêne leur compréhension puisqu’ils ne retrouvent plus « la chanson ». Cependant ils peuvent être de bons lecteurs silencieux, ce qui est l’essentiel.

Les retardataires ou les retardés

Ce sont des enfants aux possibilités normales, qui n’ont pas été stimulés et se trouvent de ce fait retardés dans leur évolution. Retard au niveau de l’exploration de l’espace, du temps, du rythme, du langage qui constitue un frein à l’apprentissage de la lecture. Contrairement aux immatures affectifs, ils sont en retard sur l’acquisition des prérequis. Carence affective pour les uns, cognitive pour les autres. Un travail plus en profondeur est nécessaire avant la lecture ou en accompagnement.

Les incernables

Ils ne présentent aucune carence apparente dans quelque domaine que ce soit. Alors que les tardifs semblent montrer des progrès lents et constants, les incernables ne donnent pas l’impression de suivre un itinéraire précis. Il est difficile de savoir où ils en sont et pour quelle raison. Ils peuvent donner l’impression de progresser et faire la démonstration du contraire un peu plus tard. Cependant, leur progression à sauts et à gambades ne leur interdit pas l’accès à la lecture. Tout pronostic s’avère impossible ou doit être révisé sans arrêt. Il n’est pas rare de constater qu’après ce parcours en pointillés, ces enfants rentrent dans le rang pour ne plus poser de problèmes majeurs.

Les réfractaires et les hostiles

Les uns font de la résistance et contrairement aux volontaires qui déclarent « essayer et ne pas y arriver », ils affichent clairement leur manque de motivation. Les autres n’hésitent pas à signifier leur refus et leur désintérêt pour la chose scolaire en général. À la différence des indisponibles, ils verbalisent leur opposition puisqu’ils en sont conscients (ils croisent les bras en signe de verrouillage). Leur progression est en dents de scie, car leurs moments de collaboration permettent des avancées suivies de moments de blocage… Le travail de mise en confiance est très important pour sortir de l’impasse.

Le dyslexique

Parler du dyslexique c’est d’abord s’entendre sur la définition. Trop souvent on ne parle de dyslexie qu’à l’occasion de difficultés ou erreurs de lecture telles qu’inversions, confusions de sons, isolées ou associées. (Ex. confondre F/V, entre consonnes voisées, le V, qui fait vibrer les cordes vocales et non voisées, le F, qui ne les fait pas vibrer. Toute une catégorie de confusions phonétiques correspond à ce principe. Il suffit de toucher son cou pendant la prononciation pour s’en apercevoir et rectifier. P/B, C/G, T/D, F/V… et autres catégories M/N, C/T B/D qui répondent à d’autres logiques).

Le vrai dyslexique est un enfant qui ne parvient pas à la lecture normale courante et reste massivement handicapé avec des difficultés durables malgré une scolarité normale (sans absences longues), aucune déficience visuelle, auditive ni défaut majeur de langage. A priori, rien ne s’oppose à un apprentissage normal. Cette résistance à l’apprentissage qui se perpétue et marque une vie n’a pas trouvé tout son éclairage, faisant encore l’objet de théories… La catégorie des dyslexiques comporte donc, à tort, plus d’enfants ayant des difficultés de lectures que de dyslexiques vrais.

Et tous les autres…

Ces profils rapides, ces descriptions sommaires et superficielles (sans entrer dans le fond et les explications psychologiques) donnent des tendances, mais ne constituent aucune certitude. Ces vagues silhouettes permettent d’imaginer la complexité et la variété des cas faisant ressortir que l’apprentissage de la lecture est loin d’être un long fleuve tranquille pour tous.

Si la grande majorité des enfants est capable de parvenir à lire par n’importe quelle méthode, certains autres ont besoin de passer par des approches plus personnalisées souvent détournées.

La vraie pratique pédagogique passe par la connaissance des cas et des différentes méthodes d’approche de la lecture… La pédagogie n’est empreinte que de cette philosophie. Et, avec tout ça, il nous restera encore beaucoup d’incertitudes, d’échecs et d’interrogations.

L’essentiel est bien d’être là pour accompagner, en cherchant toujours à grignoter sur l’échec.

 

Un commentaire

  1. je ne regarde que très peu les chroniques car beaucoup m’énervent ; ce sont souvent des réactions à chud sans véritables fondements. cv’est pourquoi j’apprcie beaucoup votre démarche que je vais suivre plus attentivement. Merci

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