…Et toute une vie fondée essentiellement sur les contrastes. Le chaud et le froid, la douleur et le plaisir, le calme et la tempête … puis le contraste suprême, naître et mourir.
Voici quelques condensés qui m’ont traversé l’esprit en cheminant dans la vie :
· Mourir est la seule raison de vivre. A quoi servirait-il d’être immortel si l’on est privé des émotions et des sentiments qui sous-tendent la vie ?
· On peut s’agiter dans tous les sens pour se donner l’illusion de gagner du temps sur la mort… elle est toujours devant et donc sur le chemin de notre fuite.
· La mort est un puissant aimant qui attire irrésistiblement la vie.
· Mortel, l’homme s’accroche à la vie car la mort le guette. Immortel, il n’aurait aucun goût pour la vie.
· La maladie, la peur, l’angoisse… nous renvoient à la mort. Supprimant les sens et les sentiments, l’immortalité nous renvoie à l’absurde, pis à l’absence de vie.
· Le mortel est tout entier dans le temps et l’éternel en dehors de tout repère spatial et temporel.
· Si Dieu éternel existe, donc sans origine et sans fin, il est normal que l’homme ne puisse jamais le rencontrer.
· Penser quotidiennement à la mort n’est pas une faiblesse. Faute de pouvoir l’apprivoiser, l’homme est conduit à mieux apprécier la vie.
· Dire « J’ai bien vécu, je meurs sans regrets » est un aveu de vide : il est temps de partir.
· Dire « J’ai bien vécu, je ne regrette rien mais quel dommage je suis encore plein d’envies » c’est assumer son passé et lui souhaiter un peu de futur.
· Peut-on mourir heureux ?
· L’homme sait qu’il va mourir mais il ne le croit pas. Il s’invente une croyance pour donner un sens à sa vie et l’illusion d’une survivance.
S’extasier sur la longévité d’une vie qui vient de s’éteindre est un non-sens dès lors que cette personne a quitté la vie. Quelle différence entre celui qui est parti à vingt ans et l’autre à cent ans ? Ils sont partis, la longue vie de l’un n’a plus aucun avantage sur la courte vie de l’autre. L’ici et maintenant prime sur tout, l’avant est fini et le futur n’existe pas.
Intégrer la notion de temps c’est comprendre la fragilité de la vie. On peut se garder à droite, à gauche, en haut, en bas… la mort s’occupe de la faille. Le carpe diem devient, alors, un pied de nez à la mort… on n’y pense plus parce qu’on sait qu’elle nous guette.
J’arrive, j’arrive… patience !
Le mot fin se trouve toujours à quelques pas juste devant nous. On y marche, on y court… et puis un jour, le pied… Parfois même, avec bon pied, bon oeil.
Certains mots sont de ceux qu’on héiste à aborder tôt le matin, avant le lever du jour, de crainte d’assombrir la journée. Il en est ainsi du verbe mourir.
Aussi ais-je commencé à vous lire par l’évocation de la farce que votre grand mère cuisait sous la cendre avant d’aborder « naitre ou mourir ».
Alors, très vite l’ombre bienveillante de mon père est venue à mes côtés. Lui, parisien, s’était pris d’une affection pour la Corse, ses habitants et nombre des choses qu’il aimait y rencontrer lors de ses séjours sur place. Bon enfant, il en adoptait parfois spontanément des intonations de prononciation comme on roule longtemps sur la langue une liqueur que l’on aime. Il me semble l’entendre insister avec plaisir et une pointe d’excès parfois sur des accents toniques …
Ce fut donc un heureux détour avant d’aborder l’inquiétant « Naître ou mourir ».
Mais pour vous avoir pas mal côtoyé via vos textes j’aurais dû pressentir que qu’après le titre, les lignes ne seraient ni sombres ni pour autant candides.
Merci pour cette ouverture de journée.
A vous relire