Nostalgie et croyance.

Passer par la place de l’église est pour moi un passage obligé. Je dois la traverser ou la contourner chaque fois que je « monte » au village. Et, même si vous voulez l’ignorer, le clocher qui domine toutes les maisons vous indique la direction.

Le temps a passé trop vite. J’étais un enfant de cœur assidu au point de servir toutes les messes matinales juste avant d’aller en classe, c’était souvent in extrémis que j’évitais d’arriver en retard à l’école. Cela m’a beaucoup servi, j’étais devenu un coureur de fond inépuisable grâce à cet entrainement presque quotidien.

L’église, je la connaissais par cœur et disais parfaitement la messe en latin. Ma tante, sacristaine, avec qui je vivais, rêvait de faire de moi un curé. Elle m’écoutait, devant la cheminée qui me servait d’autel, récitant quelques paroles latines fraîchement apprises. Elle avait envisagé, un Noël, de m’offrir une robe de bure, première étape avant le séminaire.

Je ne pense pas avoir eu quelque croyance profonde mais m’être prêté, par conformisme, pour faire plaisir, au souhait de tous.

Tante Marie, très proche du chanoine, m’obligeait chaque samedi à passer par confesse pour purger mes péchés. Elle était une inconditionnelle du confessionnal et je crois bien qu’aucun de ses péchés ne parvenait à passer à travers les mailles du filet. J’invitais « Mon Père » à me pardonner parce que j’avais péché. La formule était toute prête, on ne se demandait même plus si nous avions fauté durant la semaine. Lorsque j’étais à court de mauvaises actions ou de mauvaises pensées, je piochais dans une liste secrète pour m’accuser à tort d’avoir offensé. Je dénonçais des peccadilles inventées qui me valaient toujours quelque « Je vous salue » pour des prunes. Le « Notre Père » soulageait les fautes plus graves, lorsque parfois je tentais un péché mortel déniché dans le missel. Ce qui me paraissait bizarre c’était la crédulité du confesseur lorsque je m’accusais de chapardage de cerises hors de saison. Ne comprenant pas trop son manque de réaction, je me persuadais qu’il devait croire à quelque péché déjà ancien que j’avais oublié de dénoncer. Allez savoir !

En pénitence, devant un saint qu’il m’avait désigné pour me faire pardonner, je m’interrogeais sur son peu de perspicacité devant mes impostures et cela commençait à semer le doute dans mon esprit. Pourquoi m’envoyer devant les saints plutôt que Dieu lui-même ? Etaient-ils de service jour-là ? Oui, c’est c’là, Dieu n’a pas que ça à faire, perdre son temps à laver mes bêtises. Et puis avec tout ce monde qui doit être dans mon cas, imaginez ses occupations, il n’aurait rien d’autre à faire. Plus beaucoup de temps pour penser au bien.

Ces moments de repentance, sont des moments de forte réflexion pour qui n’a sombré dans la béatitude. Toutes ces idées fourmillaient dans ma tête.

Mes parents se plaignaient toujours de n’avoir jamais de fleur après une procession alors que je n’en loupais pas une. Vous savez, à la fin de chaque procession, les fidèles rapportent toujours quelque relique végétale histoire de prolonger un peu leur communion pédestre. Ce jour de la Saint Antoine, j’étais bien décidé à rentrer chez moi avec une fleur de lys dont le piédestal était noyé. Je n’ai pas quitté la statue d’une semelle durant le trajet et me tenais tout près au retour à l’église. A peine, le prêtre eut-il donné son dernier coup de goupillon d’eau bénite, je m’emparais du trophée qui devait tant faire plaisir à mes parents. Le curé était juste derrière moi et d’une claque magistrale sur la nuque me fit lâcher prise. Je crois que ce jour-là, il a mis de l’ordre dans ma tête. Réveillé par le choc entre l’envie de faire plaisir à mes parents et la réaction de l’ecclésiastique, mes neurones n’ont fait qu’un tour pour rétablir les synapses.

Depuis ce jour-là,  je n’ai plus remis les pieds à l’église. De croyant pratiquant assidu, je suis devenu agnostique. Oh, ce ne fut pas instantané, mais la démarche était engagée et, relativisant le « savoir » des hommes en la matière, je me disais, « si Dieu existe c’est bien son affaire ». Ses voies impénétrables ne m’étaient pas plus accessibles qu’à un curé, un évêque ou un pape. S’il existait un domaine dans lequel nous étions tous à égalité parfaite, l’ignorance totale, c’était bien sur l’existence de Dieu.

De longues années sont passées, mon doute n’a pas évolué dans un domaine où l’on s’épanche le plus, sans que quiconque sache vraiment de quoi il parle.

Je souhaite pourtant, mais n’y crois guère, parce que je ne sais pas. Cela me dépasse et ce qui me dépasse, je n’y touche pas.

S’il devait être le « Tout Puissant » que l’on dit, longtemps, très longtemps avant, il savait déjà ce que je pense aujourd’hui et penserai demain. Cette absurdité de vouloir placer dans le temps ce qui est éternel, me conforte dans mon idée et me permet de dormir sur mes deux oreilles.

Il m’a compris, il me sourit parce qu’il m’ignore et qu’il est partout où je ne suis pas.

Le bout approche, et comme j’aime à le dire : « J’ai bien vécu, j’ai été heureux… dommage j’aurais voulu faire encore un petit bout de chemin, mais la fin arrive toujours… et ce jour-là, je saurai, aussi. »

 

 La vie et la mort se font toujours face.

 

Un commentaire

  1. mdrrr… parfait Simon mais qu’est-ce que j’ai rit… à en pleurer.!!
    Il est vrai que « certains » prêtres avaient la « main leste » : un de mes frères, a réagit de la même manière que toi et a refusé de faire sa 1ère communion. (ça s’est passé à Ajaccio)
    j’ai assisté un jour, à Levie d’ailleurs, à une séance de « scapizzonis » donnés par le prêtre à un futur communiant ( lors d’une leçon de cathéchisme précisémment) au point que ce garçon s’étant violemment cogné contre la balustrade qui sépare l’ autel du coeur de l’église, s’en est sorti avec quelques points de suture au front. C’était en 1952.

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