L’appel du retour…

Plus le temps passait, plus il m’était pénible, chaque fin de vacances d’été, de retourner dans la région parisienne.

Une fois revenu, les habitudes reprenaient mais les coins de mon enfance resurgissaient dans les moments de spleen. J’étais transporté dans la vallée d’Archigna à refaire les parcours de pêche et à rêver de poules, de cochons et de jardin.

Mon plus grand désir était de revenir à la terre. Je revoyais mon père bêchant, ma grand-mère penchée dans les plants de tomates, ramassant des figues, des châtaignes ou des champignons… des têtes de nègre dont elle connaissait les coins.

Je n’imaginais pas ne pas finir mes jours là où je les avais commencés… une sorte d’appel de la forêt. Partir puis revenir, fermer la boucle pour une vie apaisée.

Le jour où j’ai décidé de remplir ma demande de mutation, je me suis trouvé devant la rubrique « motivation » (expliquer le pourquoi de votre demande). Généralement, c’est à cet endroit du formulaire que l’on retrouve le plus de langue de bois. C’est là que l’on raconte n’importe quoi : que votre mère est malade, qu’elle a besoin de vous à ses côtés, que vous êtes allergique à l’atmosphère de Versailles, qu’un cataclysme s’est abattu sur la famille et que votre présence est nécessaire… Bref toute sorte de motivations abracadabrantesques qui, parait-il, fonctionnent.

Je n’avais aucune intention d’entrer dans ce contingent d’absurdités et ma motivation, la seule qui me soit venue naturellement à l’esprit : « Comme Ulysse, plein d’usage et raison, je souhaite rejoindre mon département d’origine pour apporter ma contribution durant le dernier tiers de ma carrière ». Je suis parti j’ai appris et donné, je veux servir ma région natale.

Quoi de plus naturel ? Et simple ? Cela m’a valu, après les étonnements, les plus beaux sarcasmes et la promesse d’un échec de ma demande. C’était compter sans mon barème…

Cette demande, la première et la seule, fut exaucée, apparemment sans difficulté.

La surprise, pour moi, fut de ne pas retrouver ma qualification. Une sorte de déclassement douloureux : on me demandait de faire ce que je n’avais jamais fait, travailler dans une classe.

Cette surprise ne fut pas la seule : j’ai été nommé dans mon village natal, alors que je l’avais noté dans les exclusions… et la plus étonnante de toutes fut celle de retrouver Catherine qui me tenait dans ses bras, à l’école maternelle que vous pouvez voir sur la photo.

Un parcours chaotique fait d’oublis, volontaires ou accidentels ou les deux à la fois, l’avait conduite à perpétuer son activité afin d’atteindre le nombre requis d’annuités pour gagner une retraite bien méritée.

Nous avons passé de bons moments dans la cour de récréation. Des récréations d’anecdotes, de souvenirs et de beaucoup de sourires à notre passé.

Nous sommes partis à la retraite quasiment en même temps.

Voyez comme la vie est facétieuse !

 

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