« Il y a toujours un coin qui me rappelle… » vous connaissez la chanson. En vieillissant, parait-il, on radote et je n’échappe pas à la règle mais je m’en fiche. L’avantage d’un blog est la venue de nouveaux lecteurs qui ne savent pas forcément que c’est du radotage. C’est du neuf pour eux.
En parcourant les ruelles désertes de Carabona, minuscule hameau de l’Alta Rocca totalement hors des routes départementales, je suis tombé sur un cerisier en fruits bien mûrs. Une variété précoce qui a instantanément réveillé quelques vieux souvenirs.
C’était un mois de Marie, « Le mois le plus beau… Chez nous soyez reine… » chantait-on à l’église pour louer la vierge. Les intentions de mes camarades adolescents n’étaient pas toujours bien recommandables. Le jour du couronnement de la madone en fin de mois de mai, les lévianais se rendaient en masse à la célébration tant attendue. Du côté de Vitalbettu, en surplomb du village, il y avait un magnifique cerisier précoce. Les premiers fruits étaient toujours très prisés, après c’était banalité, toutes les variétés, très nombreuses, produisaient abondamment. Des arbres âgés, très hauts, imposants, qu’on ne retrouve plus aujourd’hui dans les quartiers.
La cérémonie religieuse s’accompagnait d’un chapardage inévitable devenu coutumier. Les propriétaires du précoce cerisier savaient très bien qu’ils s’exposaient à la visite gourmande en se rendant à l’église pour la cérémonie nocturne. Cette année-là, j’étais enfant de cœur, l’histoire m’a été racontée par des amis grimpeurs expérimentés.
Un éclaireur s’était rendu à l’église pour vérifier la présence des propriétaires. Après son constat il partit alerter le reste de bande pour donner le feu vert. En arrivant sur les lieux, les chapardeurs avaient repéré une ruse qui fit chou blanc. La fenêtre d’une pièce éclairée était restée ouverte laissant échapper la musique d’un poste dont on avait pris soin de monter le son. Tranquilles, les garnements se servirent largement, arrachant quelques branches en guise de trophées offerts à d’autres camarades moins hardis. Avant de quitter les lieux, ils éteignirent lumière et poste puis se rendirent à l’office religieux, assez long ce soir-là. Totalement innocents prêts pour le bon dieu sans confession.
On appelait cette presque coutume, le rituel du mois de Marie. Si ce n’était pas chez l’un c’était chez l’autre qui avait eu l’idée de chjarasgi prumaticci (cerisiers ou cerises précoces). Certaines années, le vol de cerises était décalé pour œuvrer dans la surprise.
Cette histoire de cerises en avance sur les autres, m’avait donné une idée. Les plus assidus aux messes courantes et dominicales passaient souvent par confesse et parfois, se trouvaient en panne de péchés véniels. Il m’arrivait de m’accuser de vol de cerises même hors de saison en prétextant que j’avais oublié de le dire en temps voulu. Le curé m’envoyait réciter quelques « Je vous salue Marie » devant la sainte pour faire pénitence. J’étais bien embêté lorsque agenouillé devant elle, je m’interrogeais : « Elle doit savoir que ce n’est pas vrai » alors je doublais la mise pour être certain de me faire pardonner. C’est à cette période que nous piochions dans la liste des péchés cités dans le missel, j’ai failli écrire dans le Michelin. Certains tentaient quelques péchés mortels dont celui de luxure en avouant qu’ils avaient eu des goûts de luxe quelques fois mais que c’était fini. Vous imaginez qu’à ce stade, le prêtre n’était plus d’humeur badine. Très sportif, notre curé sortait précipitamment de sa cachette pour une bonne rouste. Même les plus dégourdis, n’avaient aucune chance. En aube blanche, étole et soutane, il les rattrapait avant la fontaine de Vichy située à quelques dizaines de mètre de l’église. Il n’y avait pas meilleur sprinteur que lui sur des courtes distances.
Finalement, nous l’avons bien aimé notre curé. S’il nous regarde d’en haut, il doit penser que nous ne tarderons pas à nous revoir. C’est une boutade, vous l’avez compris, je veux dire que l’on prend de l’âge et c’est bien dommage… Le reste, Eden et Cie, m’échappe totalement.
Voici quelques vues du hameau de Carabona.
Dans l’ordre : Maisonnette qui indique la direction, le côté cossu, le côté sauvage et le clin d’œil « carioca » pour dissuader les merles de s’attaquer aux cerises. Pfff ! Ils n’en font qu’à leur bec !



