La façon de parler…

L’idée du jour est totalement décalée par rapport aux écrits habituels.

Une idée sortie d’un cornet surprise à la faveur d’un souvenir de Turf.

J’avais connu un inspecteur des PTT, un célibataire endurci, un brave gars, très gentil mais qui ne prenait pas de pincettes pour donner son avis.

L’affaire du jour m’avait touché car, il s’agissait d’un ouvrier italien qui ne rêvait que d’une chose, retourner dans ses Pouilles natales pour revoir sa famille. Il rêvait secrètement de gagner une somme suffisamment rondelette pour se payer le voyage.
Juste retraité du bâtiment, il tirait ses jours à déambuler du côté d’un terrain de pétanque sans autre but que celui de rencontrer des copains et passer le temps. Il ne jouait pas aux boules, se contentait de regarder les autres taquiner le cochonnet et d’attendre le résultat des courses.

Avec ses maigres moyens, il grattait quelques misérables tickets en écoutant les autres, il avait l’impression de pouvoir gagner plus facilement en prenant plusieurs avis au gré des commentaires glanés sur la place des jeux de boules.

J’étais dans son secret, il m’avait avoué son rêve d’Italie.
Je le mettais en garde contre les jeux dispersés qui, loin d’augmenter ses chances, ruinaient son petit budget dédié au Quinté. Il avait l’impression de couvrir toutes les possibilités d’arrivée en grappillant des tuyaux percés.

Un jour, il avait entendu parler d’un jeu de couverture pour essayer de reprendre un peu de ses sous perdus, il s’était essayé au couplé, à priori plus facile à trouver et se composer une petite cagnotte.

Ce jour-là, il avait joué deux tickets unitaires en plus, au couplé placé.
Après l’arrivée de la course, je le regardais aller et venir d’un pas preste et nerveux, le regard perdu dans le vague de ses pensées.
J’étais en conversation avec l’ami inspecteur lorsqu’il s’approcha de nous, tendant deux tickets :
– Regardez, je ne suis pas chanceux !
Il nous montrait ses deux tickets (4 et 6) – (4 et 9) en couplé placé. A l’arrivée, les deux premiers étaient 6 et 9, il avait un cheval sur chaque billet mais pas les deux ensemble.

Mon ami turfiste qui jouait avec de gros moyens et la connaissance du turf chevillée à l’âme, le regarda droit dans les yeux :
– Ce n’est pas que tu sois malchanceux, c’est que tu joues mal. On ne joue jamais comme ça, tu aurais dû fermer la boucle et jouer 4, 6 et 9 ensemble, sans les séparer.

Le pauvre homme n’était pas un fin turfiste, loin de ces finesses de jeu, il était bridé par son budget.
Il avait joué deux Euros, en fermant la boucle cela lui aurait coûté un Euro de plus.
C’est pas grand chose mais pour lui, c’était économie.

Il a replongé ses tickets dans la poche de sa veste et s’en est allé tête basse, voir ailleurs s’il trouvait âme plus douce pour reconnaître sa maudite malchance.
Ces gens là se nourrissent de pitié.

Je ne lui aurais pas parlé de la sorte, je lui aurais proposé de revoir sa façon de jouer en y mettant les formes.

Moralité :
On n’accable point un homme qui chancelle, en lui assénant le moindre petit coup derrière la tête pour le faire trébucher.
Mieux vaut lui remonter le menton et le regarder droit dans les yeux pour le soutenir.

Evidemment, l’humaniste, psychologue de surcroît, ne court pas les rues…

Qui se soucie encore de cette délicatesse ?

Dépité, désolé ou déçu ?

5 commentaires

    1. 🙂
      Je ne peux toujours pas actionner, « j’aime ».
      Je n’ai pas été attentif WordPress m’a rempilé pour un an.
      Il va falloir me supporter encore un peu.
      L’année prochaine à la même date, je ferme.

      1. Pour moi, je dis chic ! Encore un an…
        (Aujourd’hui j’ai aussi galéré pour vous mettre ‘mes petits signes amicaux…´ ) 😻

        1. Que font-ils ? Ronronnent ils ? Ils ne se rendent pas compte des galères ?
          C’est le progrès, plus on avance et plus on est aveugle, sourd et muet.

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