D’abord posté sur Facebook, ce texte a toute sa place dans le blog, à l’intention et à l’attention de villageois qui ne sont pas sur le réseau social.
Joseph de Lanfranchi dit « di Z’Angèla », installé à l’Isoritu presque en face de la pharmacie Casanova, vendait des journaux et toutes sortes de magazines, quotidiens, revues hebdomadaires et mensuelles.
C’est chez lui que nous achetions Akim, Blek le Roc, Capitaine Miki, Sylvain et Sylvette…
On y trouvait un peu de tout, de l’essence à la pompe, du pétrole pour les quinquets, des bérets pour cœurs vaillants et âmes vaillantes, des cigarettes, des pelotes de laine du matériel scolaire et un peu d’épicerie me semble-t-il.
Joseph était très méfiant et surveillait le passage des enfants.
Un gamin du quartier, d’une dizaine d’années, avait remarqué qu’il ne fallait pas le déranger lorsqu’il recevait les journaux . Peu sûr de lui, il comptait et recomptait.
Il attendait dehors et lorsque Joseph avait compté une bonne partie des journaux, il bondissait dans le magasin créant un effet de surprise et demandait le Nice Matin Corse.
– Ouille, ouille, ouille ! Avali ùn sogu piu ! disait-il.
Le marchand lâchait tout et recommençait. (scène plusieurs fois renouvelée)
Un jour notre facétieux de service, lui fit le coup encore une fois, se tourna vers les magazines et riait les yeux fermés. Ses épaules trahissaient son fou rire, Joseph s’en aperçut, pris son élan et lui botta les fesses, expédiant le trublion dans les présentoirs. Avec l’effet dominos, une bonne partie de la presse se retrouva au sol.
Le marchand, souvent souffreteux, maugréait en remettant tout en place pendant que l’autre s’en était allé rire ailleurs…
Ces photos , envoyées par son neveu Jean Paul pour l’expo « RITRATTI PAISANI » de l’été dernier, sont arrivées trop tard, je les partage ici.
Jean Paul m’avait fait remarquer, en agrandissant la photo ci-dessous, la petite enseigne sur la gauche « La perle », une marque de cycles dont on trouve traces dès 1935 et dont le champion cycliste Francis Pélissier dit « le grand » devint directeur après la deuxième guerre mondiale.
Pour la petite histoire Hugo Koblet gagne le tour de France en 1951 avec un vélo de cette marque.
La plaque était fixée à l’entrée de l’atelier de Valère qui à l’époque réparait les vélos.

Année 1953/54 et celle en titre daterait de 1960.
A propos de Valère, voici un extrait du texte « Valère et le transistor », qui figure dans ce blog :
« Je l’ai très peu connu lorsqu’il tenait son bazar à l’Insoritu. J’habitais trop loin et ne passais devant son atelier que les fois où j’allais chez Joseph le marchand de journaux qui se trouvait à quelques mètres de sa boutique. Certains enfants étaient presque des familiers puisqu’ils s’y rendaient régulièrement avec leurs bicyclettes. Je n’en ai jamais eu.
Il m’est resté l’odeur du caoutchouc et de la seccotine qu’il utilisait au quotidien pour réparer les chambres à air des vélos. La forte imprégnation de l’atmosphère de son laboratoire, probablement due au siccatif très volatile pour assurer la prise immédiate des rustines, vous saisissait aux narines en franchissant le seuil.
Je me souviens de ses mains graisseuses habituées à fluidifier les engrenages, à vérifier le fonctionnement de la chaîne sur les pignons, tester plateaux et dérailleurs. Valère tenait clinique pour vélos et sa caverne d’Ali Baba regorgeait de toutes sortes d’objets utiles au bricolage. Avec le temps son bazar prenait de l’ampleur, on y trouvait de tout, du moindre boulon à la pince la plus improbable…
Son magasin était devenu une légende.
Il y a quelques années, lorsque Noël Cesari travaillait encore, m’accompagnant dans ma cave, il s’écria « Mi ! Mi pari d’essa in de Valèru ! » (Il me semble être chez Valère !)
Dans mon bric-à-brac, il trouva deux gros boulons pour son bulldozer, il n’en avait trouvé nulle part et c’étaient les deux seuls que j’avais, sans savoir d’où ils venaient et qui ne m’auraient jamais servi.
Chez Valère c’était ainsi, on y trouvait la perle rare comme pour faire un clin d’œil à la pancarte qui trônait au-dessus de son entrée..
Son échoppe était devenue trop petite avec les vélos pendus à des chaînes au milieu de la pièce, à hauteur d’homme pour faciliter les réparations.
Il s’est établi un peu plus loin dans un magasin tout neuf, beaucoup plus spacieux et surmonté d’un étage d’habitation. Là, son commerce s’est étoffé et a prospéré.
On y trouvait, désormais, de l’électroménager, des postes, des ustensiles de cuisine… Bien plus qu’un vrai bazar quoi ! »

Merci Simon de nous faire revivre le Levie d’antan avec tous ces personnages hauts en couleur inoubliables qui ont bercé notre jeunesse.
Belle journée à vous deux.
Merci Antoine de continuer à suivre ce blog.
J’ai eu les deux enfants de Valère Stromboni comme élèves au Collège; j’ai oublié leurs prénoms. Le garçon ressemblait à son père, la fille à sa mère; je crois me souvenir d’une petite soeur qui était encore à l’école primaire. Et le décès du garçon (François?) après que j’aie quitté Levie qui m’avait terriblement attristé. Valère, je crois, est mort de chagrin.
Une fille se prénomme Marie-Jeanne.
Oui Valère est mort de chagrin.
Bonne soirée Joseph.
Souvent comme ici la coïncidence entre ce tu rapportes des gens et de leurs activités à Lévie avec ceux de ma bourgade d’enfance me touche et même m’émeut.
Merci Simon.
Te connaissant un peu, cela ne me surprend pas.
Deux personnages de mon quartier si vivant à l’epoque
Merci Simon de nous remémorer ces moments de notre jeunesse.
Une précision: le quartier est la ribba russa et non l’insuritu, il va de la marangona jusqu’au petit col après la maison de jean Paul maestrati.
Nous qui vivions loin du quartier, pensions que tout ce qui bordait la route principale après le virage de la Marangona était Insoritu et que Ribba Russa se situait au-dessus … 😉
Merci à toi d’être présent sur ce blog.