A la brunante.

Comme un monde à l’envers…

J’aime les québécois. J’adore leurs expressions imagées qui font vivre la langue française sans jamais arrêter de la façonner.

A la brunante signifie à la tombée de la nuit, le crépuscule, c’est joli. S’il vous arrive de perdre le nord, de paniquer, ils vous le font savoir tu capotes ! Si vous avez oublié quelque chose au super marché régional, il ne vous reste plus qu’à filer chez le dépanneur du coin, à l’épicerie. A la casse ton citron ! Votre voiture est pourrie. Et si ça goûte, c’est que c’est bon, si vous êtes plat ou plate, vous êtes ennuyant. Et que dire dune agace qui fait monter la pression pour rien ? Femme vous êtes une allumeuse. Le week-end devient tout simplement fin de semaine pour magasiner au lieu de faire du shoping.

Je me suis aperçu que je faisais des « québécoiseries » sans le savoir comme monsieur jourdain faisait de la prose. Il m’arrive très souvent, un peu souvent plutôt, de me laisser tenter par des mots intuitifs. Des mots qui sortent tout seuls parce qu’ils parlent d’eux-mêmes. J’adore le mot parlant, le mot bavard qui va vous dire des choses sans chercher dans le dico. D’ailleurs vous ne le trouverez pas car c’est un néologisme, les vilains disent un barbarisme. Je pencherais plutôt « un aveneur ou un avenu »*. Un « avenu » est un « survenu » qui contient sa définition à la seule lecture, il est tout neuf, tout frais sorti d’une gamberge.
C’est mon vocabulaire occasionnel, souvent éphémère, car hors du contexte qui a permis son éclosion spontanée, je ne m’en souviens plus. Des mots éphémères qui naissent parce que le terrain s’y prête, le terreau est fertile et puis disparaissent dans un autre contexte. Ils reviendront peut-être à la faveur d’une même idée mais toujours à l’improviste, sans recherche et sans calcul… 
Sauvages toujours, inattendus aussi. Des mots follets comme les feux, qui lâchent leur flamme soudaine puis s’évanouissent en laissant une impression mystérieuse. On a envie de les voir à nouveau, mais capricieux, ils sont comme le soufre qui s’enflamme, lèche un instant et s’enfuit dans une soufflette bleue.

Je me souviens de l’un d’eux. Celui-là, je l’aime bien.
Je le garde car il m’accompagne dans la vie, souvent.
C’est le verbe, comme un dieu pour moi, se requincler.
Voyez comme il parle tout seul, comme il dit tout sans ouvrir la bouche.
Vous les entendez ces clochettes au bout du mot ?
Qui tintent, qui glingottent et parfois guinglettent pour guinglinter ou glinglinter tout le bonheur qu’il a à vous requinquer ?
Se requincler c’est se requinquer avec une musiquette au bout du mot, comme un surcroît de plaisir.

Vous voyez comme c’est bon de cabrioler en toute liberté, à sa guise. Se faire claquer par tous les vents, s’inonder par la pluie, par la mouille comme disent nos chers québécois.

Il y a quelques années, j’avais envie de dire aux enfants, inventez vos mots, nous allons les comprendre. Une manière de s’enrichir aussi et d’approcher un état d’esprit que tous ne garderont pas définitivement, certes, mais c’est une bonne expérience pour l’esprit inventif. Une occasion de prendre malice et gourmandise, d’approfondir sa pensée, de créer, de se libérer, de sortir d’un enclos.
Je me souviens de ces exercices scolaires qui consistaient à faire la chasse au verbe faire. J’avais envie d’aller plus loin. Je n’ai pas osé de crainte d’être rappelé à l’ordre. Je n’étais pas très osant, jeune écolier, mais j’imprimais les choses apprises.
Et que pensais-je déjà ? Faire le fou, foufouter, faire froid, froidir, faire joli, jolifier, jolier ou jolir, à chacun ses envies. Faire pipi, faire caca pourquoi pas pipisser ou cacasser dans le pot ?

Voyez jusqu’où peut conduire la brunante. Jusqu’aux étoiles qui clignotent quand vient l’obscurante d’un ciel sans nuage, totalement débarbouillé… ou regarder la lune croisant les nuages affolés… suggérant des mots presque insensés en apparence, toujours chargés de sens pour vous envoler.

Les québécois ont mis le monde à l’envers, ils animent la langue française, emplissant son champ lexical de jolis coquelicots pendant que nous nous gargarisons d’anglicismes, cherchant à la faire taire en l’étouffant.
Elle suffoque.

Gare, faites gaffe ! Elle va filer… le français s’appellera alors, le québécois.

*avenant eut été mieux qu’aveneur mais il existe déjà dans le domaine judiciaire et des contrats.

Puisque la terre est blonde…

6 commentaires

  1. Les québecois ont souvent gardé le vocabulaire du vieux français du XVIIème siècle en fait, époque où le langage était plus imagé, par contre vous, vous inventez avec humour et poésie, c’est un régal 😉
    Belles images de notre terre (qui tout compte fait semble bel et bien ronde contrairement à ce que certains prétendent aujourd’hui 😉 )

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