Etoiles.

Lorsqu’on sent que l’avenir est derrière soi et que l’on a oublié d’y songer lorsqu’il était encore devant, on se résout à regarder les étoiles.

Ici, elles brillent plus qu’ailleurs. Elles sont vivantes. Elles palpitent et clignotent sans arrêt. Lorsqu’on s’attarde à les regarder, on dirait qu’elles nous parlent : « Viens voir, tu n’as pas tout vu, ici les choses sont plus belles encore ! » On finit par les croire.
Normal, on sent la fin d’une histoire alors on enjolive, on s’arrange pour croire que le beau existe là-bas aussi. Ce n’est pas fini, un autre recommencement se profile, on s’invente un autre vivre en imaginant que ceux qu’on a connus nous attendent.
Ils sont impatients de nous revoir, pense-t-on, et ça nous arrange…
On imagine des retrouvailles.

La nuit est froide et sans nuage. Le ciel d’un bleu sombre respire, criblé de petits diamants qui scintillent par myriades. Des étincelles s’allument et s’éteignent sans crépitement, le silence est total enveloppant mon regard panoramique d’allégories surnaturelles dont j’ignore la signification. On dirait qu’une vie galactique palpite au fin fond de l’Univers. Des mystérieuses lumières infiniment petites, minuscules presque microscopiques m’ouvrent l’imaginaire à l’infiniment grand. Je voyage au cœur de nébuleuses découvrant l’immensité insoupçonnée d’extravagantes galaxies franchissant des ténèbres avant de plonger dans une lumière vive, psychédélique, révélatrice d’une âme perdue incapable de trouver une destination finale.
Parfois une lumière un peu rougie se meut lentement en clignotant. Des aéroplanes traversent le ciel tantôt vers le nord, tantôt vers le sud, toujours incognito.
Ces points lumineux transportent des voyageurs, des gens qui rêvent d’une autre histoire. Ils parcourent le ciel et songent à un coin de terre qu’ils vont retrouver bientôt.
Des « aéro-arches » nagent au firmament. Voyage, voyage, des êtres sillonnent les airs sans viser les étoiles, ils sont encore dans le temps d’ici bas…
Je vogue aussi et j’imagine, je cherche un endroit qui me parle de l’après, dans le temps de là-bas. Il me reste une lueur qui traverse l’autre espace-temps, à ma guise, aux commandes de mon aéronef sidéral.

Mon esprit s’est évadé. Il a fait le tour de l’Univers, j’ai vu des endroits qui ressemblent à nos contrées familières. Des images à peine transfigurées, à peine modifiées, montrent un coin fleuri qui se mire dans l’onde. Le bleu que j’aime est roi, des soleils sont partout. La vision légèrement transformée n’est pas celle de notre champ habituel mais y ressemble beaucoup.

Un peu plus haut, un étrange mouvement impressionne le regard. On entend un bourdonnement sourd. Une touffe de poils sombres, deux yeux bleus, une gorge rouge, une bête mystérieuse dont la gueule est menaçante frôle mon visage et s’enfuit dans le lointain m’ignorant totalement.

En pleine lumière d’une galaxie verte, des vouivres garnies de phosphorescences rouges et jaunes tourbillonnent comme un feu d’artifice, lâchant au passage une gerbe d’étincelles noires. On dirait qu’elles s’amusent à asperger l’endroit de lumière sombre et froide sans risque de brûlures.

L’humain n’est capable d’imaginer qu’à travers son vécu. Il s’invente des mondes transformés qui ressemblent beaucoup à celui qu’il habite. Incapable d’aller au-delà du connu, il ne peut définir le néant. Ce dernier n’a pas de contours, pas de lumière ou trop de lumière aveuglante. Un concept indicible, inimaginable, que l’on nomme pourtant, juste pour dire qu’après la vie, la mort n’est qu’oubli absolu.
Bien après leur disparition, les étoiles brillent encore longtemps*.
Les défunts vivent dans la mémoire de ceux qui les ont connus ou aimés… et puis, un beau jour, s’éteignent dans le souvenir d’une pierre tombale.

*La lumière met un certain temps à parvenir jusqu’à nous (années lumières). Lorsque l’étoile disparaît, sa lumière continue à voyager laissant croire que l’astre brille encore.

Les transformations d’images ont été réalisées, l’une, à partir d’une image de scarabée, l’autre d’un bourdon.

Le petit plus :

Ah bon ? Vous n’écoutiez pas !
Vous me copierez cent fois « Je l’avais sur le bout de la langue et celle-ci a fourché. »

5 commentaires

  1. On en est tous à se poser les mêmes questions mais rares sont ceux qui transforment le doute en si belles images 🙂
    Pour l’oiseau, cette paire d’yeux si bleus me semble de bon augure même si l’oiseau est un peu inquiétant, ça doit être un air qu’il se donne mais il ne doit pas être méchant.
    La différence entre la langue de vipère et celle de la belle-mère? Ben y en a pas, Simonu 😉

    1. La langue de belle mère est une plante aussi et il a donné sa langue au chat 😉
      Quant à l’oiseau regarde plus haut sur la droite, j’y vois une gueule de canidé avec un autre œil.
      Les questions, je ne me les pose plus, je m’amuse à m’inventer d’autres mondes tant que je peux le faire…

  2. Poésie, poésie, tu me ravis. Ce n’est pas l’esprit qui en jouis ; C’est le corps avec son coeur dedans, que la beauté des mots fait vibrer sentiments.

    1. Merci de ce nouveau passage.
      Mes « histoires » sont parfois abracadabrantesques, je varie pour ne point ennuyer.
      Le texte à venir en témoigne « C’est fou ».
      Bonne fin d’après-midi 🙂

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