C’était un été.
Pendant que les hommes légifèrent, font et défont les lois cherchant à trouver le point d’équilibre, parfois de déséquilibre d’une société en négligeant les effets pervers engendrés, la nature conjugue nécessité et contingence à l’abri du regard des gens qui passent.
Le cadre est planté, les lois de la nature sont posées, une petite faune joue sa vie dans la flore.
Ce matin, Phébus dardait fort dans les lys, Eole sortait son éventail au souffle léger agitant faiblement toutes ces coroles blanches comme neige au soleil. Les dieux de l’Antiquité s’étaient donné rendez-vous au jardin.
Les étamines aux anthères, gorgées de pollen soufré, affolaient toute une petite faune ailée.
L’œdémère noble brune était la plus assidue, la plus présente avec ses « affleurissages » incessants. Pas une fleur n’était négligée.
Cette année le pollen semble abondant. Le parfum très entêtant des fleurs de Saint Antoine, c’est ainsi qu’on les nomme chez nous, claironnait sa présence dans tout le jardin et sans doute aussi dans les chemins environnants. Une présence visuelle et olfactive très remarquée comme une fête foraine dont on aurait négligé la musique. Peut-être, une fanfare, invisible et inaudible pour l’homme, tambourine à d’autres oreilles…
Les pistils sans cesse frottés par les insectes pollinisateurs semblaient comblés sous les caresses de velours distribuées par les milliers de poils très fins qui recouvrent pattes et abdomens des visiteurs. Bref, la vie foisonnait en silence, interrompu parfois par le vol frisant d’un frelon.

Une abeille charbonnière rôdait dans le bois sec à la recherche d’une tanière et se ravitaillait de temps en temps au bouquet de lys. Sur un pétale, à l’affût d’une proie, une araignée s’était aplatie, ses fils arrimés à plusieurs fleurs comme les cordes d’un alpiniste qui veut s’assurer. De la sorte, je la voyais temporiser dans un coin de la fleur et tantôt se hisser sur celle, plus haut, qui semblait attirer davantage de monde. J’imagine mais je n’en sais rien.
Parfois, elle paraissait se mettre à plat ventre, parfois dressait son abdomen bien en vue montrant le dessin qui lui vaut son nom le plus commun. L’araignée crabe Napoléon affichait son poupard* du haut de sa pyramide.
C’était pour moi l’instant empereur car quelques minutes plus tôt je vérifiais la maturité des premières cerises « bigarreaux Napoléon » dont l’arbre se trouve à deux mètres seulement. Des araignées crabes, il en existe de plusieurs couleurs, des roses, des blanches, des brunes, des jaunes, et presque toutes ressemblent à l’environnement fréquenté. C’est le mimétisme. De la sorte, planquées dans un coin de la fleur, elles guettent leur proie bien souvent beaucoup plus volumineuse qu’elles. L’abeille charbonnière est une victime toute désignée.
Je me suis donc posté en attendant la capture. Une longue attente pour rien car l’araignée qui cherchait à se positionner n’était jamais au bon endroit.
C’est généralement la victime qui va au prédateur, et non l’inverse, qui se produit dans ces cas de chasse à l’affût.


Je venais de récolter quelques bonnes prises photographiques et de quoi coller quelques mots dans mon blog. L’araignée Napoléon n’arrêtait pas de me jouer des sketches prenant des poses originales pour que je fasse le plein d’images et puis déguerpisse pour qu’elle poursuive sa traque en toute tranquillité.
C’est ce que j’ai fait.
(Cliquez sur les photos)*Poupard=chapeau de Napoléon du nom du chapelier.




Ses larves raffolent de pucerons (très utiles au jardin).

A ce stade vous comprendrez qu’il ne s’agit ni d’une abeille, ni d’une guêpe ou frelon.
Le syrphe est une sorte de mouche, on le devine à sa tête et à sa manie de se frotter les pattes.








J’ai du boulot !

Il fallait juste éviter de se trouver dans l’ouverture de la porte pour laisser le passage.
Dans l’affolement, ceux qui ont pu s’échapper ne se sont pas préoccupés de moi mais ne sont pas allés bien loin.
Mais que fait le poupard sur cette page royale, je dirais même royalyste ? 😉
Votre jardin est très fréquenté semble t-il, par des tas de gens que je ne connaissais pas pour la plupart. Mais les photos sont si belles qu’on fait rapidement connaissance 🙂
🙂
Toutes ces images dormaient dans un coin de l’ordi.
J’ai revisité un mois de juin…
Mon Dieu dans le ciel … si le texte nous enivre, simplement les photos nous émerveillent (magnifique). Quelle belle composition, mon cher ami! Félicitations … un gros câlin!
Merci l’ami lointain 🙂
Je crois qu’après la Covid, les gens vont pousser vers l’épicurisme… Tous ces jours perdus dans le confinement auront au moins cet effet joyeux.
Avec mes facéties et et ma bonne humeur en images, j’espère apporter ma contribution 🙂
Amitiés, un petit souffle méditerranéen.