Il est très courant de rencontrer dans les rues du village, des gens au pas presque cadencé, le regard rivé sur le portable ou la montre connectée.
L’allure est régulière, le trajet souvent le même, on sait qu’en allant de là à là, on aura fait trois mille pas.
La promenade est devenue parcours obligé, parcours de santé, non plus de flânerie. On ne rêve plus, on n’admire plus, on souffle, on cadence, on compte les calories, les pulsations, on se prépare pour un bon moment de télé, déculpabilisé.
Je me souviens de naguère, les couples, bras dessus, bras dessous et les groupes de bavardages se donnaient rendez-vous en fin d’après midi ou le soir venu, en plein été.
Les amoureux couraient le guilledou à la belle étoile prenant le large à la sortie du village, les autres refaisaient le monde tous les jours.
Les arrêts fréquents, l’œil baladeur tout en conversant, de temps en temps, un regard vers les étoiles, un arrêt devant un paysage aux couleurs d’automne, les promeneurs devenus lambins s’interrogeaient sur la nature.
Trottage et bavardage, trottade et bavardade si vous préférez, étaient les deux roues de la promenade.
Désormais, régie par le médical, accaparée par les statistiques, obnubilée par les variables à tourner en constantes, la promenade n’est plus ce qu’elle était.
Elle est parcours de santé, randonnée de compète, affaire cardiaque bien plus que rêverie.
Il était courant d’entendre, à l’occasion d’une rencontre inopinée : » Ci tiremmu dui passa ! » (littéralement « on se tire deux pas ! » )
« Se tirer deux pas », signifiait, vous l’avez compris, passer un moment agréable en promenade, à converser à sa guise, sans se soucier de l’utilité du bavardage.
On n’avait jamais le sentiment d’une perte de temps ni d’un gaspillage d’idées, c’était pure détente.
Le bon sens, sans aucune injonction, joignait l’utile à l’agréable de manière naturelle, jamais forcée ni induite par une quelconque recommandation.
Et puis sans aller jusque là, le travail aux champs, aux jardins, les déplacements à pied et les activités diverses faisaient de la promenade un moment de loisir tranquille.
Parce qu’on ne bouge plus, on nous invite à compter les pas… à promener ses pas.
Dès que le confinement n’en sera plus, je penserai à me tirer deux pas avec qui m’accompagnera.
Bien entendu, je n’oublierai pas mon compact de poche.
Il y a toujours un coin qui m’interpelle…
Le petit quelque chose qui a à voir…

Ha bon, c’est comme ça aussi au village! Quelle tristesse…
Ils ne savent pas ce qu’ils perdent, la photo superbe en témoigne!
Je fais partie des attardés qui se promènent pour voir des gens, le paysage et je constate la même chose. J’ai même une voisine qui à l’occasion du confinement s’est acheté un superbe jogging et qui fait le tour du pâté de maison en courant alors que d’ordinaire elle ne sort pratiquement pas.
Tirons deux pas ensemble par blog interposé, Simonu, ces gens m’ennuient et s’ennuient eux-mêmes 😉
Pour le zhiboux c’est pas gagné, à mon avis il irait mieux s’il se contentait de flâner, comme la voisine 🙂
Je ne fais pas partie de ces gens qui comptent leurs pas. Je préfère prendre le temps d’admirer ce qui m’entoure.
Bonne soirée 🙂
Que la providence vous préserve Gyslaine 😉
Je vous souhaite bien des pas tranquilles et les idées fécondes 🙂
Bonne soirée.