Ouf ! On arrive au bout. Il était temps ! Nous sommes rassasiés de ce pâté de campagne. Demain soir, ils ne seront plus que deux, espérons qu’ils ne tambourinent comme dix.
Revenons un instant sur les postures prises par nos chers candidats durant ce long meeting.
Nicolas Sarkozy, même si on le dit mûri, a fait dans le Sarko, sans grande surprise. Le naturel revient au galop. Rien de bien nouveau qui ne se sache déjà. L’énigme est de savoir ce qu’il va devenir. Va-t-il s’accommoder d’une nouvelle vie ? Va-t-il pouvoir se passer des joutes franco-européennes et disparaître du paysage politique ? Va-t-il tomber dans l’oubli ? Nombreux sont ceux qui le souhaitent mais l’entendra-t-il de cette oreille ? Il a juré que si… qui vivra verra.
Hollande a réussi à mettre tout son monde au pas. Plus rien ne bouge. Même Martine qui le traitait de mou et de couille molle ne s’y aventure plus. Tout est nickel. Le guide a pris de l’assurance au point de mimer les airs Mitterrandiens. Voyez-le accoudé au pupitre, la tête de trois quarts comme son François de naguère et de la force tranquille. Il reprend même ses phrases croyant que tout le monde les a oubliées. Le peuple de France est-il si stupide qu’il faille toujours se référer au passé ou ressembler, rappeler, une figure emblématique du parti ?
Marine Le Pen est restée fidèle à elle-même sauf lorsqu’elle apparait sur scène sous les traits de son père. Elle ne parvient pas à refreiner le geste Lepéniste, les bras en croix déployés de manière brusque. Est-ce pour garder l’estampille familiale ? Sans doute. Avec son franc- parler, donnez-lui une olive, elle en fera de l’huile en la mâchouillant et s’il faut recracher le noyau, elle n’hésitera pas, même s’il doit atterrir sur votre front.
Jean Luc Mélenchon malgré ses attitudes gaulliennes, le tremolo de Malraux pour enchanter le peuple, a plus des allures d’Aristide Bruant. Sa ressemblance est frappante avec cet autre ennemi du capitalisme, affublez-le d’un chapeau à large bord et vous verrez. Des lendemains qui chantent sont promis à François Hollande si la fibre révolutionnaire est vraiment dans sa peau.
Eva Joly est une erreur de casting pour EELV. Elle a été le procureur de Sarkozy plus que le porte-parole de l’écologie. Elle sortira de cette campagne avec un nouveau look à faire pâlir Antoine Atoll les Opticiens et Johnny Optic 2000 qui peuvent se rhabiller. Si son lunettier lançait une ligne Eva, le nez de Joly serait chaussé gratis jusqu‘à la fin de ses jours.
Bayrou voit tout avant les autres et le dit tellement gravement, donnant l’impression qu’il n’y plus rien à gratter, que ses soutiens se barrent pour voir ailleurs si la gratte les reprend. Avec lui, on a envie de créer un nouveau dicton : la vérité sort de la bouche de Bayrou qui est resté un enfant, tellement il est touchant.
Poutou au visage lunaire, à la fois étonné et effarouché malgré le sourire permanent, donne plus envie d’aller boire un coup pour faire la bringue que de faire la révolution. On ne peut pas dire que Besancenot ait déteint sur lui.
À l’ombre d’Arlette, Nathalie Arthaud donne l’impression de vouloir mordre mais n’est pas crédible, trahie par son sourire sous-jacent. C’est bien dommage car à force de se contorsionner pour faire peur, elle s’abime le visage. On a presque envie de la prendre dans ses bras pour la consoler et lui dire « non, Nathalie, ne te mets pas dans cet état ! » Doit-on lui rappeler les menaces d’Arlette ? Tout a tremblé et rien n’a bougé depuis son entrée en scène en 1974.
Cheminade se promène tout seul. On se demande bien ce qui le fait courir avec ses espoirs de suffrages estimés. Il a pourtant l’air heureux et pépère, mais en France on préfère le dur et la souffrance, pas la sous-France que les intentions de vote lui promettent.
Dupont-Aignan est un mystère. C’est un combattant comme il n’en existe plus. Il croit en lui et préfère se noyer dans l’oubli plutôt que vendre son âme aux siens. Un paradoxe puisqu’il pouvait défendre ses idées dans son camp.
Voilà, la parade s’achève dimanche. Les masques vont tomber en attendant le prochain carnaval des législatives. Plus que quinze jours à souffrir… pour plonger dans l’autre souffrance qui nous attend de pied ferme. Et celle-là, on l’a peut-être trop passée sous silence.
Les voix qui montent des urnes nous préparent des lendemains qui chantent.
Evolution à EELV : passage des lunettes rouge nucléaire aux lunettes vert écologiste.
