
Pour vous, cette orchidée sauvage cueillie un matin de printemps dans mon village par le capteur de mon appareil photo…
Cette lettre transférée de l’ancien blog dans le nouveau avait subi outrage. Une écriture défigurée, devenue trop grosse pour une agréable lecture et les images avaient disparu.
Je la réhabilite ici.
C’est en la relisant que je me suis décidé à envisager une publication du recueil de portraits d’enfants que j’ai suivis en rééducation de la lecture, le plus souvent. Ce que Monique en disait m’a convaincu de franchir ce pas de l’édition que j’ai toujours refusé pour des raisons extravagantes qui résument bien ma personnalité.
Il s’intitulera « Escapades ». C’était ma première idée, ces enfants semblaient faire l’école buissonnière en fuyant dans la forêt, je tentais de les remettre sur le chemin de la salle de classe.
En publiant ces conversations avec Monique, je prends le risque de laisser sous-entendre un étalage narcissique. Ce serait dommage de comprendre ainsi.
Monique m’avait découvert sur la toile avant de solliciter mon amitié facebookienne. Elle était fortement impliquée dans la recherche pédagogique au Canada. Sur le web sans frontières, elle a découvert mes idées, mes impressions, mes tentatives, mes espoirs et mes doutes en la matière avant d’engager une conversation à distance dont je vous livre, ici, le contenu. Elle avait, dans un premier temps, souhaité ma collaboration avec leur groupe de recherche. J’étais réticent. Il était difficile pour moi de me replonger dans un projet, à distance de surcroît, alors que je sirotais paisiblement mes premiers pas de jeune retraité. Des pas, ça ne se sirote pas, aussi extravagant que cela vous paraisse, moi je sirote n’importe quoi pourvu qu’il soit source de plaisir… J’ai fini par accepter de tenter une collaboration amicale et relax, juste avancer quelques idées.
Les textes qu’elle me proposait étaient en anglais et je n’ai jamais appris cette langue. Impossible de se lancer sérieusement dans l’aventure. Ma première langue d’étudiant était l’italien… Elle a ri en en m’adressant les mots suivants :
« Quelle belle langue, l’italien ! Qu’à cela ne tienne nous converserons en français au coup par coup.»
Nous avons donc entamé un dialogue à distance nourri a partir de questionnements sur l’approche pédagogique à travers certaines réactions et productions des enfants. Je lui faisais part de ma conviction que seul l’enfant pouvait être le noyau de la recherche et non les méthodes a priori. Ce vecteur, avec ses carences et ses insuffisances, nous montre le chemin. Parler de lecteur et non de lecture, c’est le seul moyen d’approcher le but. Cette conversation semblait l’intéresser pour sa propre gouverne, j’étais hors circuit actif et partageais mon expérience passée.
En écrivant cette lettre, j’ai volontairement occulté mes interventions dans cet échange épistolaire qui a duré plusieurs mois. C’est à travers ses répliques que l’on comprend sa puissante personnalité pleine de joie de vivre et d’envie de communiquer. Je n’ai rien changé à ses propos, c’est du copier/coller intégral, j’ai juste souligné en caractères gras les mots qui la caractérisaient. Son écriture était riche, dense, claire et remplie d’humanité. J’aime cette verve canadienne qui nous donne des leçons de français. C’est ainsi que je l’ai « connue », je vous laisse quelques instants avec ses remarques.
Ce fut pour moi, une rencontre lumineuse.
Vous vivez à quel endroit ?

Je peux repérer sur la carte où se trouve la Corse et j’ai déjà vu quelques rares reportages la concernant.
Merci de m’autoriser à entrer ainsi dans votre monde intérieur qui semble si riche. L’orthographe m’importe peu pourvu qu’il y ait de la substance. Je vous donnerai de la rétroaction avec grand plaisir au gré de mes parcours intuitifs.
Merci pour vos confidences qui me touchent beaucoup. Je me sens encore plus admirative envers vous. Votre histoire est loin d’être banale. Il y a un grand mérite a s’auto-construire.
Bonjour Simon, un rien vous allume et votre esprit s’envole. Je constate votre extrême vivacité intellectuelle qui vous amène à transcender le niveau premier des images auxquelles vous avez accès. Vos partages de commentaires sont extrêmement généreux et nourrissent joyeusement mon esprit tant ils sont effervescents. Ils témoignent également d’inférences interprétatives de haute voltige. Oui, a bien y réfléchir, la symbolique fantasmatique que vous évoquez peut fort bien se rattacher aux expériences existentielles vécues fréquemment sous forme de clivage dualiste. J’avoue n’être restée qu’au plan de la signifiance puisque la pataphysique* (que vous décriez ailleurs avec une finesse jouissive) agit au plan de la provocation et de l’absurde en privilégiant l’exagération.
Vous êtes à mes yeux un très grand pédagogue et ce constat m’émeut beaucoup. Il est tellement difficile de vivre une pédagogie différenciée respectueuse des rythmes et styles d’apprentissage si variés des enfants. Les exemples que vous me donnez témoignent également d’une relation privilégiée, exceptionnelle et intuitive avec chacun de vos élèves. Vous avez su développer leur autonomie mais également leur procurer un sentiment de pouvoir sur leur vie en les outillant à bon escient. J’aime le mot anglais « empowerment* » presqu’intraduisible pour connoter ce que je perçois.
Vous avez bien raison et c’est la première fois que je ressens l’impact pédagogique si positif de ce travail pour dépasser ses peurs, puisque les peurs sont effectivement paralysantes. Je repense au livre de serge Boimare intitulé « l’enfant et la peur d’apprendre » qui me permet d’établir quelques liens additionnels.
J’aime vraiment beaucoup les noms de vos rubriques invitantes. Je comprends que vous ayez marqué durablement vos élèves en agissant ainsi. Vous me semblez avoir horizontalisé le rapport maitre-éleves par ce grand respect manifeste à l’égard de ces êtres en devenir.
Je n’ai pas encore terminé la lecture de vos nouvelles souvent impressionnistes sur votre blog, mais même si vous avez déjà évoqué indirectement les propos que vous venez de me communiquer, il me semble que le texte ci-haut pourrait fort bien figurer sur votre blog dans un texte empreint d’une nostalgie justifiée.
La photo de groupe s’est sans doute avérée être un superbe déclencheur pour raviver de précieux moments inoubliables et les ancrer dans une réalité fort inspirante à notre époque empreinte de grande frilosité. Merci d’avoir pris le temps de me partager ces fragments de vie scolaire, puisque je me sens extrêmement privilégiée.
Nous sommes à une époque ou l’on valorise davantage les personnes qui ont beaucoup été enseignées plutôt que celles qui ont beaucoup appris. C’est bien dommage je trouve. Je suis admirative car vous invalidez la théorie de l’habitus de Bourdieu, puisque rien ne vous prédestinait a être ce que vous êtes. Vous avez eu une détermination sans faille, vous vous êtes donné des défis très grands que vous avez eu le courage de relever sans aide aucune. Merci pour ces confidences qui me permettent d‘intuitionner votre parcours tellement hors norme. Vos souffrances scolaires semblent avoir ouvert chez vous la porte d’une empathie accrue, d’une hypersensibilité manifeste à l’égard des humains de tous âges
J’adore votre écriture si riche, si particulière, fluide a souhaits et d’une profondeur ancrée dans les égratignures du cœur.
Vous avez appris à déjouer l’enseignement traditionnel et à vous démarquer malgré les nombreuses embuches en demeurant en contact avec votre créativité et en faisant preuve de jugement. Votre témoignage est extrêmement important en cette période ou l’école est fortement handicapée et sclérosée.
J’ai extrêmement hâte de vous lire. Je suis déjà certaine que vos propos me rejoindront profondément. J’aime beaucoup votre idée de « pédagogie de l’accompagnement par le regard », cela m’émeut comme perspective de synthèse. Merci encore d’oser ce partage percutant en cette ère de morosité pédagogique où la sensibilité est trop souvent mise à l’écart. À bientôt, Simon.
Merci à vous. Je vous souhaite également une journée éclatante. Je vous remercie, Simon, pour le précieux soutien que vous m’avez exprimé à deux reprises au cours des derniers jours. Vous m’avez vraiment touchée.
Et puis, Monique s’en est allée.
Ce furent ses derniers mots et j’ignorais tout de la proximité de son départ. Elle se disait tranquille après notre dernier échange et promettait de me retrouver deux ou trois jours plus tard.
Votre enthousiasme, Monique, m’avait touché. J’avais écrit pour vous le texte « Le diable et le bon dieu » dans ce même blog comme si j’avais senti le besoin d’une trace parmi mes lignes débridées. J’ai apprécié cette rencontre du hasard entre le Canada et la Corse. Une immensité territoriale, qui m’a toujours fait rêver m’inspirant le conte de Noël écrit pour mes petites filles, conversait avec ma minuscule Corse natale.
Le dialogue fut riche à travers l’espace sans jamais connaitre la rencontre physique.
Désormais vous êtes dans les Etoiles, là-bas au bout de l’univers et je sais que ces astres continuent à briller longtemps après leur disparition. Votre visage devenu évanescent s’est imprimé dans le coton des nuages et voyage désormais en filigrane au gré du vent. Tantôt dans la ouate de l’altocumulus d’un ciel moutonneux, tantôt dans le brouillard d’un stratus ou dans la trame effilochée d’un cirrus.
Je l’imagine dans le ciel changeant. Il se devine, tout sourire, dans l’azur d’un matin de printemps…
Si je parviens à publier mon recueil, j’aurais une pensée pour vous qui m’avez convaincu de le faire.
Je vous salue, Monique.
*La pataphysique (Larousse) = Terme créé en 1894 par Alfred Jarry pour désigner une « science du particulier » qui apporte des solutions imaginaires aux problèmes généraux.
*Empowerment = Autonomisation, en quelque sorte s’affranchir d’une dépendance (sociale, morale, intellectuelle)
zeva
19 Juin 2015 à 13 h 08 min Modifier
Belle reconnaissance réciproque… comme des « reflets » l’une de l’autre…
…une orchidée sauvage
…un visage qui se devine tout sourire dans l’azur d’un matin de printemps
« vous avez eu une détermination sans faille, vous vous êtes donné des défis très grands que vous avez eu le courage de relever sans aide aucune. »
Merci Simon d’avoir partagé ces superbes confidences, en hommage à Monique…
19 Juin 2015 à 16 h 45 min
Bonjour Claude.
Votre formule « reconnaissance réciproque » me convient très bien. Je vous remercie de passer si souvent dans le fouillis des « choses de la vie ».
Le texte qui suit, « Chronique du temps » s’est imposé comme une évidence à la suite de notre dernière conversation, ailleurs.
Bonne soirée à vous.
Claude était une femme professeur de biologie à l’Université lyonnaise.
Nous communiquions beaucoup tous les deux.
Je lui ai également consacré un texte, intitulé « Claude », qui a été lu, par sa fille, lors de ses funérailles.
Nous ne nous étions jamais rencontrés, non plus.
dE BIEN BELLES RENCONTRES §