Aujourd’hui, Daniele, une lectrice assidue de ce blog, m’écrivait comme un cri du cœur : « Mais qui donc nous a confisqué le printemps ? » En pérégrinations sur notre île, cette belge joviale et toujours enjouée, semblait désolée de ne pouvoir poursuivre son périple par monts et par vaux comme elle aime humer l’air de nos montagnes avec son compagnon Luis. C’est pour un jour, peut-être deux mais je suis certain qu’elle saura habiter ses jours autrement.
Chère Daniele à votre question j’ai réagi instantanément. Mon esprit toujours en alerte a vite fait de cueillir un titre pour un texte nouveau. « Rêver » me vint à l’esprit quasiment illico.
Rêver la vie. La vie est un rêve magnifique que je cultive particulièrement. Je m’accommode du temps, j’adore la pluie, le froid comme ses contrastes, le soleil et le chaud. Sans recherche particulière, tout naturellement, il me semble que je suis heureux de triturer la vie à pleines poignées, à malaxages continus. Je la serre entre mes mains, je l’étreins, je l’adore. Alors, je la célèbre à la moindre occasion, un rien m’enchante parce que j’y vois des étoiles en plein jour. Des étincelles dans chaque moment de mon parcours. Oh ! Je ne suis pas dupe, je sais aussi que ce rêve peut se transformer, un de ces quatre matins, en cauchemar mais je n’y pense pas trop. On verra bien et s’il faut passer par là, j’irai comme d’autres y sont allés avant moi. Ce sera un temps, un autre temps et puisqu’il ne fait que filer, fuir, qu’il s’en fiche, je m’en fiche aussi.
En attendant, j’existe et je suis parce que je suis le moment qui passe, à tout instant. La vie est belle, j’adore la vie. Parfois, un peu égoïste, je me dis « Je suis bien, là ! S’il pouvait m’oublier, oublier de me noter sur son grand catalogue nécrologique, je ne dérange personne et ne prends pas beaucoup de place… » Cela m’amuse, vous vous en doutez, je n’y crois pas une seconde. En grand facétieux, je fais semblant de croire « que si cette horloge existe c’est qu’il y a un horloger » (Voltaire disait plus exactement « Je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger ») Je m’en fiche de toutes ces suppositions mais je me laisse bercer parfois, je fais ce caprice d’agnostique qui doute perpétuellement. Je vais et viens comme un balancier qui ne sait où il va en allant et venant dans son ignorance du mouvement vital, se dirige inexorablement vers le mot fin. Un oscillement qui nous promène vers le bout d’une histoire parmi des milliards d’histoires pour faire dérisoire.
Alors, alors, je m’amuse. Je regarde, je souris, je dis et tant pis si ce sont des bêtises. Je découvre et je m’émerveille d’un rien, d’une petite chose qui passe. Je ne cherche plus à comprendre le « pourquoi » métaphysique depuis belle lurette, m’attacher au « comment » physique me suffit amplement.
Pourquoi le clairon des abeilles existe-t-il ? Cela m’importe peu et n’a pas de réponse. Comment vit-il, cela m’intéresse. J’apprends des choses cachées, qui ne sautent pas aux yeux instantanément. Il n’y a de science (et de savoir) que du caché, disait Gaston Bachelard mon philosophe préféré et ce caché, je peux le débusquer.

Je regardais ce clairon des abeilles sur une fleur de ciste et je me suis mis à rêver. Rêver de quoi ? En rentrant chez moi, j’ai laissé mon imagination en liberté, elle sait où aller. Je l’ai suivie, elle m’a dit « Si on faisait des boucles d’oreilles ou des tresses vivement colorées à nos chefs indiens jumeaux avec ce clairon qui sonne en rouge et noir ? »
Voilà comment sont nés mes deux grands sachems comanches, peut-être des sioux ou des cheyennes, je n’en sais rien… J’ai pris l’habitude de nommer cette transformation aléatoire, totalement imprévisible, une glissssssade. Le nombre de « s » correspond au nombre d’interventions effectuées lors de la glissade.
Je poursuis le chemin de mes rêves enchantés, cela me porte vers l’agréable, bien souvent…
Partir du réel et glisser d’une idée à une autre, au gré des chemins et des fenêtres … Bien onirique cette fleur de ciste ..au coeur double ..
A reblogué ceci sur Les choses de la vieet a ajouté:
C’était un texte adressé à une amie belge de communication, que je ne connais pas et qui suit mon blog depuis belle lurette.