
Au dernier printemps, dès les premiers beaux jours, les graminées allongeaient leurs feuilles par dessus les autres herbacées.
L’air montait de la vallée, encore vif de bon matin, badinait entre les chênes feuillus, les frênes ou les châtaigniers déplumés semblant hésiter à rencontrer le soleil qui poignait à peine derrière la montagne.
Les gouttes de rosée, perles transparentes formées au clair de lune, brillantes comme des petits diamants, jouaient au toboggan sur les limbes lancéolés dont la courbure haute amorçait une chute brusque vers le sol. Les gouttelettes folles glissaient allègrement, on devinait leurs petits cris de joie, aphones.
Incapables de remonter pour faire un autre tour, se succédaient par roulements, se bousculaient sur ces pentes offertes à leurs jeux du petit matin frais. Dès les premiers rayons, toutes avaient fui.
On ignorait encore la canicule.
Sa chape brûlante s’est abattue soudain sur la prairie et les champs environnants chassant la saison du renouveau sans ménagement.
Une chaleur étouffante déshydratait, desséchait, jaunissait le moindre brin d’herbe pour le momifier.
On entendait le crissement des brindilles sous la torture ardente, elles brimbillaient, frissolaient, crissoyaient sur de petits accents pointus, comme si de minuscules grillons tapis dans leurs haillons gémissaient faiblement, en adressant leurs plaintes à l’air devenu suffoquant.
les volets étaient clos, ceux à jalousies, entrouverts, offraient une ouverture à l’air ambiant lorsqu’un souffle à peine supportable daignait s’engouffrer dans la pénombre d’une pièce, pour secouer vaguement la tiédeur qui s’était assoupie.
Les moteurs des clims ronronnaient, ronflaient très fort pour accompagner les roupillons sonores des habitants en quête de repos post prandial.
Dans les prés, les jardins, le maquis et les chaumières, la vie était en souffrance, on se demandait si la planète tournait encore rond et combien de temps cette insupportable chaleur allait perdurer.
Ce fut une année ratée, Satan avait oublié de fermer la porte du four des enfers dont les hauts degrés parvenaient jusqu’à nous.
Le faisait-il exprès pour assurer sa réputation de diable ?
On pourrait le penser mais le diable n’est-il pas l’homme lui même qui sape tous les rouages d’un monde totalement déboussolé.
Dans le pré, on ne dit rien, le silence survole la campagne.
Les ipomées planquées sous terre jusque là, malgré la pluie qui tarde à tomber, font une apparition timide le long des talus. Leurs tiges hésitent à s’aventurer plus avant, elles sont encore naines et promettent de fleurir au ras du sol.
Peut-être la plante attend elle les premières gouttes pour s’élever à la conquête de tuteurs de fortune pour assurer son essor qu’on dit volubile.
« La gloire du matin » brandira bien haut son violet de velours comme une bannière triomphante adressée à un monde qui souffre de cécité en ignorant royalement les tourments de sa planète…


Le croiras tu ?
Les quelques rares et brèves ondées de la première semaine de septembre ont fait sortir de nouvelles fougères du talus où elles prospéraient depuis des années. Pourtant celui ci était couvert de la feuillaison de printemps grillée par la canicule si prématurément que j’avais cru l’espèce détruite à jamais.
Bien à toi
J’ai remarqué le même phénomène au jardin.
Plus arrosé depuis 3 mois, il a souffert mais semble s’être adapté à la sécheresse.
C’est sec sec, mais les courgettes ont repris leur production, les aubergines aussi, seules les tomates sont restées sur leur stock originel et mûrissent à leur rythme sans prendre de volume.
J’en ai tiré une leçon pour l’avenir, j’ai compris qu’il est inutile de se focaliser sur les arrosages.
Merci.