La pipe.

C’est en retrouvant une ancienne interview réalisée aux infos de midi que l’idée de la pipe m’est revenue.
La journaliste questionnait un navigateur solitaire perdu au large d’un océan, la communication difficile, questionnait :
– Vous avez eu peur ?
– Du beurre, non j’ai de l’huile !
S’il avait répondu « Je fais de l’huile », c’eut été parfait.

Magritte avait surpris le monde de l’art avec son tableau sibyllin intitulé « Ceci n’est pas une pipe » alors qu’il représentait parfaitement l’objet.

Le mot « pipe » est sans doute un vocable parfait pour glisser sur le quiproquo lorsqu’il s’adresse à un esprit farceur voire coquin.

Une autre journaliste s’était avisée d’interviewer un maître pipier et dès la première seconde s’est rendue compte de la difficulté qui l’attendait.
Très vite elle réalisa qu’elle s’était mise dans un sacré pétrin, avec un mal de diable pour contenir un fou rire irrépressible, dès la première question.

Voici grosso modo le déroulé de l’interview, vaguement détourné pour en sublimer toute sa saveur.


– Vous êtes maître pipier installé à Saint Claude. En quoi consiste votre métier ?
– Comme mon nom l’indique, je fais des pipes.
– Des pipes de toutes sortes ?
– Oui, du brûle-gueule à la pipe longue, fine et droite.
– Quelle pipe vous donne le plus de travail ?
– La plus courte, le brûle gueule très proche des lèvres avec une bonne tenue à trois doigts, le pouce, l’index et le majeur. Les longues et droites peuvent être empoignées par toute la main, une fois posée sur la paume.
– Et la plus belle pipe ?
– C’est très variable, cela va de la plus sophistiquée à la plus simple. S’il faut fignoler, chantourner, peaufiner et tarabiscoter, il va de soi, que plus elle sera travaillée et plus elle sera belle.
– Combien de temps faut-il pour faire une pipe ?
– C’est très variable aussi, tout dépend de ce que l’on attend. Cela peut aller de quelques heures à plusieurs jours. Si la souche est de bruyère, plus dure à travailler, on peut réaliser une œuvre parfaite qui satisfera le client. Ce sera de l’art pour les connaisseurs.
– Avez vous des retours et sont ils toujours positifs ?
– Si c’est une commande, oui, généralement les pipeurs sont satisfaits de mon travail. Le tout venant qui s’offre une pipe ordinaire, s’en contente et ne dira rien, c’est normal c’est juste pour la détente, l’esthétique, il s’en fiche.
– Le client est il toujours satisfait dès la première mise en bouche ?
– Il ne faut pas oublier de la culotter avant de piper la première fois. Du vieil Armagnac est idéal, certains préfèrent la culotter au Rhum ou au Cognac, rarement au Calva.

Je vous remercie pour toutes vos infos, je ne savais pas qu’une pipe bonne ou ordinaire risquait de me faire mourir étouffée tant j’ai contenu mon fou rire…

Dans le secret de ses pensées, la journaliste s’est juré que jamais elle n’inviterait un TORCEDOR ou une TORCEDORA, confectionneurs de cigares.
Avec pipes et cigares, on s’égare facilement…
Entre les lèvres, on peut tout faire, pour le plaisir.

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