« U rampanpan« , est une expression locale qui pourrait se traduire par le ramdam, le chahut, le tintamarre.
Cependant, il a une connotation particulière puisqu’il est exclusivement lié aux élections, plus particulièrement à la fête qui célébrait l’élection du maire, une quinzaine de jours ou un mois après le scrutin.
Le cérémonial était invariable, comme une mariée qui va revêtir sa robe de mariage, l’élu entrait en mairie pour recevoir son écharpe d’édile principal.
Une haie d’honneur était postée juste à la sortie de la maison commune, des hommes armés de fusils pointés vers le ciel s’apprêtaient à faire feu dès l’apparition du nouvel élu.
Le nouveau maire, souvent l’ancien, réélu, écharpe ceinte, parcourait la rue principale du village, suivi de ses électeurs, pour saluer tous ses concitoyens. Une fête s’ensuivait avec boissons diverses et alcoolisées, fritteddi et frappes à profusion.
Voilà pour le côté sympathique de l’histoire.
Ce jour de célébration était également l’occasion de railler les vaincus.
Ces derniers ne se cachaient pas, bien au contraire, ostensiblement plantés sur le trottoir ou assis à la terrasse d’un bar adverse montraient qu’ils étaient bien présents, sans sourciller.
C’était un jour particulièrement sensible, tout pouvait arriver.
Le cortège progressait dans la Sorba, rue principale, en plein « Rampanpan e tradiluleru e tradilula, evvia u meri ! » (un chant joyeux quelque peu guerrier, ponctué par « vive le maire »)
La partie adverse, les regardait défiler les accompagnant de sifflets et de hou hou ! Une sorte de rampanpan et de contre-rampanpan comme un « chiama e rispondi ».
Généralement, on en restait là, un petit combat de coqs sans grandes conséquences.
Les jours suivants, la vie reprenait son cours normal.
Cette année là, un farouche partisan du maire réélu avait sorti sa 2CV camionnette avec un capot de vieille voiture accroché au pare-chocs arrière, bien décidé à « rampanper » plus que de raison.
Il venait de faire deux tours du village, klaxon bloqué, l’allure ralentie pour permettre aux suiveurs de tambouriner sur le capot qu’il trainait. C’était un vacarme incroyable que les opposants assis à la terrasse d’un bar prenaient pour offense et ne supportaient plus. En passant devant eux des regards goguenards leur étaient ostensiblement adressés.
Au troisième passage, ne tenant plus devant tant de provocations, un des agressés dressa un barrage de chaises sur la route. La voiture s’immobilisa et l’affaire se poursuivit en palabres et menaces. La situation pouvait tourner au drame à tout moment. C’est à cet instant précis qu’une autre voiture se trouva bloquée derrière la 2CV.
Voyant que les choses tournaient au vinaigre, le conducteur sortit de son véhicule menaçant le chauffeur « rampanpeur » avec son fusil, en l’enjoignant de circuler. Ce dernier, d’ordinaire très colérique, avec un calme olympien qu’on ne lui connaissait pas, se dirigea vers sa maison située à une centaine de mètres de là, et revint avec son calibre 12.
La rue si bruyante jusque-là sombra dans un silence de mort.
Il ne manquait plus que la musique d’un Ennio Morricone pour accompagner ce western spaghetti.
Partisans du maire comme opposants retinrent leur souffle, plus personne n’osait bouger devant ces fusils pointés côté Vichy et côté Pergola.
On se demandait qui allait tirer le premier dans ce face à face, presque un règlement de compte à O.K. Corral en pleine Sorba.
Le maire intervint avec un adjoint pour retirer les chaises, personne ne s’opposa tant la situation semblait tendue et risquait de virer au drame. La voie ouverte, les deux chauffeurs regagnèrent leur véhicule, la circulation reprit son cours, les bavardages s’animèrent calmement, les fusils restèrent muets.
U rampapan e tradiluleru e rampanpan e tradilula… cessa sur le champ, la partie fut remise aux prochaines municipales.
Ce temps est révolu mais d’où vient ce mot rampanpan ?
Peut-être des salves tirées dès que le nouveau maire apparaissait sur le perron de la mairie, les fusils faisaient pan ! pan ! 😉 Vous croyez ?
Je l’ignore, évidemment, mais pourquoi pas !
On en sourit aujourd’hui, un doigt crispé sur la détente ça tient pourtant à peu de choses !

Tout au fond La Pergola, juste à côté du photographe, la fontaine de Vichy, image visible en titre.
Comme d’habitude, anecdote très bien racontée dans ses moindres détails. Les années passent, les souvenirs restent. Merci de m’avoir fait revivre ce petit moment.
Bonsoir Antoine,
J’évoquais O.K. Corral mais toi tu es plus rapide que Lucky Luke !
Déjà sur le coup, à peine le texte sorti.
Merci à toi de suivre mes élucubrations.
Bonne soirée à vous deux 🙂
On se croirait dans le petit monde de Don Camillo, aussi savoureux 🙂
Je me souviens de cette photo n&b/couleur pour illustrer un texte à cheval sur le passé et le présent.
Maman parlait de tradilulera et tradilula merci pour ce souvenir qui avait disparu de ma mémoire