Missiaù s’amuse…

Missiaù, grand-père en corse, raconte à ses petites filles l’homme qu’il est, qu’il était. Un homme qui aimait la vie, qui s’est amusé comme un enfant car il n’a jamais su vieillir. Même si son visage affichait le passage des ans, son esprit regardait ailleurs pour rester éternellement dans la beauté des choses. Portez ce regard, souriez à la vie et la vie vous le rendra… à vous aussi, lecteur, si vous êtes resté un enfant.

Bien avant le printemps, j’avais installé le nichoir à l’abri des regards entre le forsythia et l’arrière de la cabane bleue de Leia.

J’avais gardé une caisse de Bordeaux que j’avais divisée en deux parties contiguës séparées par une cloison, dans l’espoir d’obtenir deux nichées. Une côté nord avec une ouverture en forme de cœur pour compenser l’exposition un peu froide et l’autre, côté sud avec une entrée classique circulaire. Juste à côté des entrées, j’avais fixé deux perchoirs en bois afin que la mésange charbonnière inspecte les alentours avant de pénétrer dans sa maison. Pour assurer le standing, j’avais préservé, de manière bien ostentatoire, l’origine prestigieuse de la demeure, en lettres gothiques : Château Fongaban.  

Comme j’aime bien pousser les choses à l’extrême, jusqu’à l’absurde pour certains, j’avais placardé face à l’entrée de la maison, la mienne, une pancarte bien visible : « Nichée 2012, deux appartements à louer. Surface habitable 25 cm2, expositions nord et sud, loyer à débattre ». Vous imaginez facilement que cette annonce était destinée au visiteur de passage bien plus qu’à nos oiseaux qui s’installent sans se soucier des transactions entre propriétaire et locataire.

Les mésanges avaient vite repéré l’endroit et s’affairaient pour faire une visite poussée avant occupation des lieux. J’étais content de voir cet intérêt pour mes locaux mais j’avais oublié de penser oiseau. La mésange n’aime pas les entrées largement ouvertes et ne supporte pas la location de proximité. J’avais oublié qu’à chaque nichée correspondait un espace nourricier et que cet espace vital ne pouvait satisfaire deux familles. Mon habitation n’a pas eu de succès. Après l’inspection nos mésanges sont allées voir ailleurs… on ne s’improvise pas ingénieur architecte à la légère, nos petits volatiles ne s’accommodent pas de nos envies sérieuses ou loufoques, elles veulent un endroit sûr pour leur progéniture. A moins qu’elles n’aient détecté l’odeur du chai ou qu’elles ne fussent rebutées par le titre ronflant de la résidence. Je ne saurai jamais.

J’ai reconduit l’expérience pour la pondaison 2013. Les visiteuses viennent tous les matins inspecter un nichoir qu’elles connaissent déjà. Elles zinzinulent mais j’ai peu d’espoirs qu’elles se décident, cette année, à poser leurs valises derrière la cabane bleue.

Finalement ma pancarte n’a étonné personne. Les gens qui viennent par ici, me connaissent… ils en ont vu d’autres et entendu de belles…

Il va falloir que je réactive mon imagination pour surprendre encore. Je ne suis pas inquiet pour cela, mon cerveau fonctionne à deux cent à l’heure parfois même à la minute. J’ai de la marge sous le chapeau et l’année prochaine, je relogerai mes copines dans un nichoir de fortune, s’il le faut,  comme ceux que vous pouvez voir sur les photos qui suivent.

Même si elles m’ont fait faux bond, elles n’oublient jamais de rendre visite à leur vieux copain. L’hiver surtout, lorsqu’il fait bien froid, elles savent que par ici, il y aura toujours de quoi picorer. Le rouge-gorge l’a bien compris aussi, mais lui ne loge pas dans des cabanes, il préfère se faire discret, son endroit est secret, il ne vient que piocher quelque vermisseau au moment des labours. Merle et merlette sont plus bruyants. Lorsqu’ils jouent à se poursuivre comme des fous, on les voit passer en rase motte et sifflant très fort. Le geai n’est pas en reste, on l’entend cacarder et jaser dans les chênes, on le verra plus tard dans le poirier pour réclamer sa part de dessert…

C’est parti, la vie est revenue par ici. Je ne me casse pas trop la tête, on est toujours à la fête.

La mésange charbonnière, un autre nichoir.
C’était de l’autre côté de la maison, il y avait du monde…

En 2018 c’est la mésange bleue qui a élu domicile.
Le bec chargé de paille.
Elle m’observait depuis son hublot…
Furieuse en voyant que j’insistais avec mon Kodak, elle est venue me sonner les cloches 🙂

7 commentaires

  1. comme d’habitude,j’ai passé un très agréable moment,ce texte est tellement bien ecrit,simplement,un coté enfantin,et je ne me fais pas de souci pour votre cerveau ,j’espére que vous en aurez bien d’autres a nous faire partager.
    en tout cas bravo et bien sur j’aime!!!!!!!!!!!!!!!!!

  2. En ce moment ils reviennent en force, las comme nous de ce hiver trop long, et c’est un plaisir de les entendre et de les regarder s’agiter…la maison que tu as fabriquée est certes jolie mais peut etre trop grande pour eux, trop de travail pour la meubler, juste un hotel de passage pour venir te dire bonjour!

  3. Bonjour,
    Quel plaisir, aussi, de trouver des commentaires au bas d’un texte !
    Merci Hélène et Palme et ceux qui se manifesteront (?) par la suite….

  4. Mesanges, rouge-gorges, merles, geais, coucous, chouettes, tourterelles, chardonnerets et d’autres au nom inconnu. On entend et voit aussi les corbeaux prudemment restés sur la cime des arbres.
    C’est plus chaleureux de les regarder et écouter à plusieurs.
    Merci de nous appeler lorsque vous le faites.
    Ici nous avons eu avant hier un faisan rescapé d’on ne sait quelles tueries automobiles ou cynégétiques.
    Me prêterez vous votre plume pour raconter comment j’ai sauvé un pigeon voici une semaine ? Il s’était fourvoyé dans le poulailler ouvert. « La blanche » avait entrepris de l’occire à coup de griffes et de bec.

  5. Bonjour Gaëtan,
    « Il s’était fourvoyé… à coups de griffes et de bec. » Voilà un bon départ pour le récit de votre histoire intitulée : Dans le quartier des gallinacées. Le reste n’est qu’affaire d’observation et d’imagination. Quelle belle chose que l’écriture.
    Merci à bientôt.

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