L’affaire avait pris de l’importance et s’étalait un peu partout dans le quartier.
Les passants papotaient, s’interrogeaient, l’inquiétude gagnait le voisinage.
On sentait bien que la nouvelle n’allait pas tarder à se répandre orbi et urbi.
Autour du poteau qui faisait face à l’école, les mamans, mamies et papis s’étaient agglutinés.
Sur leurs visages, l’inquiétude grandissait à mesure que les commentaires allaient bon train. On chuchotait, on se regardait, presque, on se jaugeait.
La méfiance était de mise : Et si le responsable de cette disparition, puisque les supputations allaient bon train, était parmi les commentateurs qui se pressaient devant l’affiche ?
Certains élèves de CM, c’était la rentrée du matin à l’école, s’informaient devant l’annonce placardée et s’inquiétaient également de cette fugue possible ou probable.
Personne n’envisageait encore que cela fut plus grave, un enlèvement.
Les visages s’assombrirent lorsqu’une grand-mère, sans doute plus émotive que les autres, ne parvint contenir un sanglot.
Submergée par l’émotion, l’idée que cela puisse arriver à l’une de ses petites filles, la fit frémir puis craquer.
Quelques mères, touchées par cette fragilité, l’entouraient pour la soutenir comme si la mésaventure la concernait directement.
C’était terrible, affreux, personne ne s’attendait à pareille nouvelle en accompagnant son enfant à l’école. D’autant plus terrible que c’était un vendredi et que chaque famille s’apprêtait à passer un bon week-end. Comment vouliez vous qu’ils fussent en humeur de se souhaiter bonne fin de semaine ?
Un grand-père, très bien présenté, chapeauté, plaça sa main sur les yeux de son petit fils qui lisait péniblement à haute voix cette insupportable annonce. L’enfant était jeune, encore en apprentissage de la lecture et ses hésitations comme sa lecture saccadée, détachant chaque syllabe, rendait la nouvelle encore plus insupportable.
Le vieil homme éloigna son petit garçon afin de lui épargner une trop grande émotion. Cela pouvait engendrer quelques dérangements dans son esprit juvénile.

Bref, l’attroupement était devenu si important, qu’une bonne partie des gens stationnait sur la route.
Le directeur de l’école, inquiet d’un possible accident, siffla la fin de la partie en invitant les enfants à gagner la cour de l’établissement.
En quelques minutes la place se vida et les accompagnateurs repartirent chez eux, la tête basse.
J’ai quitté les lieux, aussi, en prenant un raccourci inhabituel.
Dans une ruelle en contrebas, un camion de pompiers venait de se garer. J’étais sur place et j’ai compris que la chaussette recherchée se prenait pour un gant.
Avec douceur et beaucoup de métier, les soldats du feu et des esprits dérangés, n’ont eu aucun mal pour embarquer la dépareillée, la conduisant tout en « pin-pon ! pin-pon ! » vers l’hôpital psychiatrique le plus proche.
La pauvre chaussette cherchait à monter en grade et s’était prise pour un gant.

L’affiche qui finalement n’annonçait qu’une perte et non un enlèvement resta longtemps placardée et ne fut progressivement détruite que par la pluie battante et le vent malin colporteur de fausses nouvelles…
Moralité :
Mieux vaut fake news pour en rire que mauvaise nouvelle à en pleurer.

Image en titre : Les papillons se nomment « soucis », pas de quoi se faire du mouron !
😀 Les Aventuriers de la chaussette perdue !!! personne n’a pensé à explorer le lave linge ? Bonne journée Simonu
Bonne journée Gibulène ! 🙂
Sacrée Chaussette, un recit digne d’hitchcock!
Merci pour cette aventure Simonu.
Basgi
Insoutenable! 😉
Oui le zhibou « il » a encore tous ses esprits et son humour 🙂
(J’adore la première photo)
J’ai tourné un bon moment pour trouver une image neutre, plus que pour écrire 😉