Se shooter en toute sécurité.

La bataille fait rage entre pros et antis « salles de shoot » à Paris. Les uns pensent que le match se terminera par un pénalty salvateur, les autres qu’il s’achèvera par un carton rouge.

Chaque camp avance des arguments convaincants à condition de ne pas entendre ceux du camp adverse. Avantages et inconvénients semblent s’équilibrer rendant l’arbitrage difficile avant même le coup d’envoi.

La province, une fois de plus laissée pour compte, n’aura pas son Parc des Princes… les grands matches des ascèses se joueront dans la capitale.

Faut-il oui ou non créer ces nouvelles « aires de jeu » protégées, bien encadrées ? La grogne ne va-t-elle pas tarder à monter dans le camp des autres addictions orphelines ?

Les accros de la nicotine songent à des salles fumoirs dotées de fume-cigarettes au filtre interchangeable et de hottes à aspiration surveillée. Les alcooliques réclament des salles à comptoir zingué ainsi que la fermeture des centres de discussions anonymes. Les boulimiques souhaitent des cantines avec couverts et vaisselle assurés pour ne plus se nourrir dans des barquettes. Les nymphomanes demandent des salles de disponibilité masculine et les satyriasis l’inverse. Les compulsifs du porte-monnaie et des achats manifestent pour la création de magasins à tout coin de rue. Les prisonniers du boulot revendiquent des rêves pleins de travail pour ne pas perdre la main pendant la nuit. Les fous du grattage militent pour des grattoirs métalliques afin de ne plus s’abimer les ongles pour des prunes. Seuls les accros du portable et d’internet semblent satisfaits de leur sort : ils peuvent jouer du clavier à toute heure du jour et la nuit.

Le sujet est-il trop sérieux pour qu’on laisse un accro du délire produire ses élucubrations ? Je crains le carton rouge.

Créer des « salles de shoot » pourquoi pas. Encore faut-il que ces shoots soient productifs et aboutissent à une fin de match comme pour toute rencontre de foot. Il est à craindre que comme sur les pelouses, on soit obligé de passer par la pose de caméras, de vidéo pour surveiller les « shooteurs », l’emploi de stadiers pour contenir les débordements, d’arbitres pour un bon respect des règles, de soigneurs prêts à intervenir … de psychologues pour déculpabiliser l’encadrement au cas où les pompes funèbres seraient appelées à l’issue d’un shoot malheureux, mal cadré et fatal.

Toutes les belles choses, les belles idées ont des faces cachées. Mieux vaut chercher à les envisager que d’être surpris et déçu par des bonnes intentions à double tranchant.  Penser, faire et assumer. 

 Les salles de shoot vont lancer un nouveau championnat hivernal dont l’issue est incertaine. La trêve estivale va-t-elle vider les salles de paradis artificiel pour un paradis plus bucolique ? Les arbitres siffleront-ils un jour la fin du championnat ? Assisterons-nous à des prolongations perpétuelles ? Pourvu que la bonne conscience soit sauve car le bon geste, la bonne attitude à adopter sont incertains.

 Dès que le cerveau est touché on ne sait vraiment plus où donner de la tête. Bon courage !

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