Cette exclamation qui trahit la répulsion que certains affichent en tombant nez à nez avec une punaise, montre également la complexité que l’on a à définir tout ce monde de l’entomologie si l’on était condamné à l’extrême précision. Entre ordre, sous-ordre, super ordre, classe, sous classe, infra classe, règnes et embranchements, basta ! Il faut se lever de bon matin pour chauffer le cerveau et ouvrir de nombreux tiroirs pour ranger sous les méninges toute cette encyclopédie. Une vraie torture pour qui n’en fait pas un métier ou ne s’intéresse vivement aux bébêtes des champs et des prés.
J’ai pris le parti de vous les présenter sommairement sans trop entrer dans les détails ni sortir les noms savants. La dénomination vernaculaire, locale, suffira largement pour ne point vous ennuyer.
Les livres et les sites dédiés sur le net n’attendent que votre visite pour vous en dire bien plus et bien mieux que moi. Bref !
Je les ai découvertes par hasard, leur livrée étonnante m’engageait à leur tirer le portrait.
Disons grosso-modo, qu’à la différence des coléoptères comme la coccinelle, le hanneton et Cie qui possèdent des élytres (des ailes protectrices, cornées, dures et colorées), les punaises dites hémiptères possèdent des ailes membraneuses dont les antérieures, celles du dessus, sont un peu cornées à la base mais pas totalement comme les élytres. Il existe nettement moins de sortes de punaises que de coléoptères.
Ce sont des insectes suceurs qui possèdent un rostre pour piquer avant de siphonner. Certaines punaises sont phytophages (se nourrissent de plantes dont elles prélèvent les sucs avec leur rostre) d’autres attaquent des petits insectes en injectant un suc digestif qui liquéfie les organes internes et les prédigère. On ne sait pas très bien si les punaises sont des insectes nuisibles ou utiles. En revanche, chacun connait le côté répulsif, la mauvaise odeur secrétée par une glande pour éloigner l’ennemi que la vilaine vaporise sous votre nez. Pour se reproduire la punaise pond ses œufs au dos des feuilles donnant naissance à des petits sans métamorphose mais qui font plusieurs mues avant d’atteindre la forme adulte.
L’image qui ouvre ce chapitre montre deux punaises qui déambulent sur la vigne vierge en plein automne. Les gendarmes sont des punaises aussi. Leurs petits ont besoin de muer plusieurs fois pour devenir coriaces.

Le pentatome rayé ou punaise arlequin fréquente surtout les ombellifères. Il doit son nom à ses antennes articulées composées de cinq segments (penta=cinq) contrairement aux autres punaises. Son dos est strié et la partie ventrale est couverte de nombreux points.
Pentatome, me rappelle une première anecdote. Une maman s’inquiétait en voyant son enfant marqué de taches brunes à la suite d’une chute. Le médecin, l’ausculta puis d’une voix détachée annonça à la maman :
– Ce sont des hématomes.
– Des quoi ? O Madona !
– Ne vous inquiétez pas, ce n’est rien de grave, ce sont des bleus si vous préférez.
– Hou ! Vous m’avez fait peur !
Il y a des mots comme ça qui font plus peur que les maux. C’est pour ça que je préfère punaise arlequin, c’est plus facile à retenir quoique « pentatome » ça passe, ce n’est pas le plus compliqué de tous…
Quant à la punaise des lits, que je n’ai jamais rencontrée est suceuse de sang, jusqu’à sept fois son poids. Evidemment, elle ne court pas les draps pour vous bercer mais pour vous empêcher de dormir. Un véritable cauchemar.
Voici une deuxième petite anecdote, sans doute un truc inventé…
Dans un hôtel, un client s’était plaint d’avoir été importuné par des punaises de lit. On le rassure, dans la journée le nécessaire sera fait. Le lendemain au petit déjeuner :
– Alors cette nuit ? C’était calme ?
– Pas tout à fait.
– Comment ça, on les a toutes tuées et changé les draps !
– Celles de la veille étaient peut-être mortes mais à l’enterrement, il y avait du monde…
Que dieu les bénisse !
Punaise arlequin, vue ventrale.

Gendarme et les petits dont on devine le corps mou qui a besoin de mues pour se renforcer.





Je me sers de punaises pour accrocher des penses-bêtes éphémères au mur. Elles piquent comme celles de tes clichés et comme les tiennes, ont parfois de jolies couleurs sur le dos mais leurs pattes et leur ventre ressemblent à de l’or, parfois à de l’argent ! Il arrive que mal lunée, l’une te pique le doigt, ou si tu poses malencontreusement le pied dessus, elles ne t’envoie pas son jet parfumé à l’amande amère pour se défendre, mais elle te mord sauvagement, parfois même elle ne se décroche pas et t’oblige à faire deux ou trois pas d’une danse acrobatique que tu ne connaissais pas… La punaise quelle qu’elle soit, vivante ou ferrugineuse, n’est pas sans un moindre danger pour l’homme, selon qu’elle aime ou pas être manipulée hors des heures de travail.
Sur ce, bonsoir !
Jolie prise de balle au bond 🙂
Bonne soirée 🙂