Il me restait un brocciu frais congelé. C’est une réserve ordinaire pour les pâtisseries ou les farcis inopinés et exclusifs des moments de hasard.
Aujourd’hui c’était jour de hasard. Trois aubergines ont cuit à eau frémissante pendant vingt minutes puis deux artichauts durant trente minutes.
J’ai prélevé les tripes des aubergines et évidé jusqu’à cœur les artichauts.
Deux farces différentes. Avec le brucciu, beaucoup de persil haché et de la ciboulette, plus que de raison, avec un peu d’ail écrasé mélangé aux entrailles des aubergines également broyées à la fourchette. Un fond d’huile d’olive dans le plat, un œuf, de la chapelure, du sel et du poivre. Le tout recouvert de pulpe de tomate avant de passer au four pour un temps au jugé, à 180°C. J’estime à la vue le moment pour arrêter la cuisson. Faut pas rêver…
Beaucoup de menthe du jardin, hachée menu aux ciseaux dans un bol ou un verre, cantal râpé incorporé au brucciu pour varier la farce des artichauts… Je passe sur sel, poivre, huile d’olive et purée de tomates, c’est classique.
Comme la saison du brucciu va s’arrêter fin juin, je prendrai soin de congeler quelques faisselles pour les vacanciers attendus cet été. C’est toujours une bonne surprise pour les gens d’ici partis à hue et dia, les gens de la diaspora.
J’ai bien aimé, et comme disait Achillu u paniteri, le père de Jean Batti le coiffeur : « Tastetti, comè oghji ù n’aghju mai fattu ! » en vendant ses canestri di Pasqua. (Achillu le boulanger : « Goutez, comme aujourd’hui je n’en ai jamais fait ! »)
Ainsi va la vie vers la tombe que parait-il on creuse avec nos dents. J’aime bien être l’artisan de mon destin, ma denture d’origine est de bonne facture !
A la débraille dans l’assiette.
La présentation de l’épicurien se fiche de l’ordre supposé esthétique…
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