C’était une première pour moi. Notre professeur de français et entraîneur de foot, François de Lanfranchi archéologue renommé, venait de me bombarder capitaine de l’équipe USEP de Lévie. Il s’investissait beaucoup pour nous sensibiliser au jeu collectif, se montrait très assidu pour nous faire aimer le ballon rond.
Il n’était pas facile de constituer un bloc sérieux pour la compétition. Les plus doués d’entre nous, savaient juste faire quelques feintes avec une balle en caoutchouc de fortune, sans jamais lever la tête tellement nous étions centrés sur notre personne. Cela nous faisait drôle de taper dans un ballon en cuir, nous le trouvions beaucoup trop lourd. Je me gardais bien de donner un coup de tête car la première fois, je suis resté sonné un bon moment. Sans doute avais-je tapé trop mollement sans tendre les muscles du cou. Depuis ce jour « di ciarbeddu suntunatu » (de cerveau ébranlé), je faisais semblant de rater mon coup en baissant la tête au dernier moment ce qui, parfois, paraissait feinte si cela tournait à mon avantage.
La plupart des joueurs pressentis pour cette compétition n’avaient jamais entendu parler de foot. Je me souviens d’un collégien venu d’un hameau voisin, facilement tourné en bourrique par les nouveaux dribbleurs que nous étions. Il était capable de se faire des petits ponts tout seul en tricotant une maille à l’envers. Quelqu’un lui avait conseillé de prendre la balle avec les mains et cela donna lieu à une situation cocasse car lorsqu’on lui demanda d’effectuer une touche, il refusa de prendre le cuir avec ses mains. Quelques minutes plus tôt l’entraîneur l’avait sermonné. Il était échaudé, criait : « Je ne le touche plus ! ». Il eut du mal à comprendre que la remise jeu se faisait avec les mains. Cela peut paraitre surprenant aujourd’hui, cet enfant n’avait aucun passé dans la pratique du foot, c’était son jour de découverte.
Bref, nous tenions notre équipe aux couleurs locales, équipe naissante de bras cassés, en plein apprentissage des règles du football.
Nous savions que notre premier match se déroulerait contre Porto-Vecchio dont la réputation n’était pas encore parvenue à nos oreilles. C’est donc le cœur vaillant en chantant « Les enfants sans soucis sèmu di Livia et nous voici ! » que nous partîmes l’âme au clair pour notre première rencontre officielle.
Dans l’équipe adverse, si mes souvenirs sont bons, il y avait l’aîné des frères Sauli, peut-être Jean Marc Michel, le gardien Michel Stéfani, de Cortes et surtout Claude Papi. De lui, je m’en souviens très bien car il nous donna le tournis durant toute la partie. Je crois que nous étions largement déboussolés, complètement désorganisés, tout le monde courait après la balle de sorte que les adversaires, mieux organisés, avaient des boulevards devant eux. Ils nous infligèrent un cinglant 8 à 0 pour notre baptême du feu. Je me demande même si le match n’a pas été écourté pour limiter la casse, d’autres rencontres étaient prévues sur le même stade.
Ce fut une cuisante entrée en matière et un vrai naufrage pour le capitaine du bateau qui prit eau de toute part.
Le silence régnait durant le retour, le moral en berne, nous n’avions plus le cœur à vanter notre origine. Les enfants sans soucis rentraient en catimini.
Une belle leçon largement retenue par la suite. C’était le début d’une progression.
Quelques années plus tard, au lycée de Sartène, j’eus le plaisir de côtoyer ce beau monde de la cité du sel. Certaines amitiés sont nées à cette période. J’ai gardé précieusement une photo, une vieille image rayée par les stigmates du temps qui passe. Je suis juste à côté de Claude Papi que nous regardions jouer lorsque nous étions dans la même équipe.
C’était un réel plaisir.

Accroupis de g à d : Simon Dominati, Claude Papi, Sylvain Pucci, Martin Beretti, François Albenga.
Debout : Tomasini, Charles Cavalli, Geronimi, Joseph (famille Mela), Renucci, Dominique Secondi.
En civil debout de g à d : Roger Sauli (pull à losanges) M. Corti, Antoine Zanoti, Jean Claude Pietri, Jean Lucciani.