Fontaines de mon enfance.
Notre fontaine ne chante plus, elle ne remplit plus les bassins en contre-bas qui servaient de lavoir à nos grand-mères et de réservoir d’irrigation à nos grands-pères. Elle s’est tarie d’avoir tant donné sans être soignée. Rupture d’anévrisme ou artère encrassée… elle a eu droit à son infarctus fatal.
La fontaine de « Piazza di Codu » a donc rendu l’âme. Pour l’achever, on lui a arraché la trachée et bâillonné le gosier pour étouffer ses gargouillis. Regardez-là, quelle tristesse ! Elle est devenue tombeau austère qui ne dit plus rien de son passé. C’est normal pour celle qui trônait sur cette place de notre jeunesse, cette place qui nous a fait rêver et vagabonder l’esprit : « Piazza di Codu », littéralement « Place de Cou ». L’endroit où l’on tranchait les têtes disait-on… La rumeur sans doute ? On n’a jamais su la vérité.
On passe à côté, on ne la regarde même plus. Lorsque la vie s’en est allée, on daigne, une fois l’an, apporter chrysanthèmes et bougies… Bientôt la Toussaint, cette fois-ci, j’aurai une pensée pour elle.
La fontaine de « Carianonu », sa suppléante, est toujours pimpante. Voyez comme elle chante encore allègrement ! Les fleurs l’ont compris, c’est là qu’est la vie et, en ce début d’automne, elles sourient à l’envi. La goulette de verdure conduit l’eau pure vers les vasques du quartier… mais pour le fun seulement, car la terre est trop basse et qui sait, encore, jouer de la bêche, de la houe ou de la serfouette ?

