{"id":53782,"date":"2023-09-17T14:55:44","date_gmt":"2023-09-17T14:55:44","guid":{"rendered":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=53782"},"modified":"2023-09-17T14:55:45","modified_gmt":"2023-09-17T14:55:45","slug":"les-bottes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=53782","title":{"rendered":"Les bottes."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Un r\u00e9cit mod\u00e8le de digressions.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;\u00e9tait un jour de pluie. Alors, je suis rest\u00e9 \u00e0 l\u2019abri \u00e0 m\u2019inventer de quoi nourrir mon blog quelques minutes, c\u2019est un agr\u00e9able passe-temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout de suite, l\u2019id\u00e9e des bottes m\u2019est venue \u00e0 l\u2019esprit, rien d\u2019original pour mon esprit vagabond, quoique la pluie aurait pu inspirer la plage ensoleill\u00e9e par contradiction ou par r\u00e9action. De la sorte j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 vol\u00e9 quelques mots pour \u00e9toffer un peu le texte. L\u2019habiller d\u2019inutile, de banalit\u00e9s qui prennent un peu de place dans un r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais vous catapulter, une fois de plus, quelques grosses de poign\u00e9es d\u2019ann\u00e9es dans le pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque nous \u00e9tions gamins nous traversions des modes. C\u2019est naturel, c\u2019est normal, un enfant r\u00eave de belles choses qu\u2019il n\u2019a pas, et son imagination est suffisamment fertile pour tenter de s\u2019approcher de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une ann\u00e9e, nous r\u00eavions de bottes.<br>Le facteur, r\u00e9sident de Piazza di Cuddu, qui distribuait le courrier dans le village voisin en portait de belles, bien cir\u00e9es, brillantes et d\u2019un noir rutilant, des chausses de bonne facture. Il habitait le quartier, nous le voyions tous les jours. <br>D\u00e8s que sa moto \u00e0 trois roues ronronnait sur la place de la Navaggia, nous accourions pour le regarder partir vers l&rsquo;\u00e9glise, avant de virer vers Carbini son lieu de distribution. Un personnage \u00e9nigmatique, peu loquace, toujours la t\u00eate haute et bien droit sur son engin dont il prenait grand soin. <br>M. Tramoni \u00e9tait tr\u00e8s prudent. A cette \u00e9poque, les fonctionnaires fonctionnaient comme des fonctionnaires. Ce n\u2019est pas une boutade, ni un pl\u00e9onasme, c\u2019est la stricte v\u00e9rit\u00e9 et il n\u2019y a pas meilleurs mots pour d\u00e9crire cet attachement \u00e0 la fonction. Il d\u00e9marrait p\u00e9p\u00e8re, jamais sur les chapeaux de roue, les habitants de Carbini et des environs imm\u00e9diats attendaient leur courrier, il ne fallait prendre aucun risque pour mener \u00e0 bien sa mission. Malgr\u00e9, sa lenteur l\u00e9gendaire, son train-train de s\u00e9nateur, nous \u00e9tions admiratifs et nous le regardions filer tout droit avant de disparaitre dans le tournant de Pilili. C\u2019\u00e9tait ce virage qui marquait la fronti\u00e8re entre la Navaggia et le reste du village. Chaque quartier pouvait presque se suffire \u00e0 lui-m\u00eame tant le nombre d\u2019artisans, de magasins, \u00e9tait important et les jardins florissants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s le virage de Pilili, notre facteur attaquait la mont\u00e9e vers la gendarmerie qui plus tard abritera la famille d\u2019un tailleur. Un tailleur pas un couturier. Un homme souriant, souvent de bonne humeur. Il avait ses manies aussi. Je me souviens qu\u2019il rangeait ses cigarettes dans une petite bo\u00eete m\u00e9tallique, plate, juste la quantit\u00e9 pour sa consommation journali\u00e8re. Une lame Gilette rang\u00e9e dans la m\u00eame bo\u00eete, lui servait \u00e0 couper ses clopes en deux. L\u2019homme \u00e9tait pr\u00e9cautionneux, \u00e9conome et mesur\u00e9. Lorsqu\u2019il jouait \u00e0 la belotte, il sortait sa petite bo\u00eete, coupait sa cigarette et fumait sa portion du moment avec une grande d\u00e9lectation. Il savait la faire durer en tirant mod\u00e9r\u00e9ment et faisant s\u00e9journer longtemps la fum\u00e9e en bouche. Il expulsait les volutes par les narines et le reste par les l\u00e8vres pinc\u00e9es pour accentuer l&rsquo;effet locomotive \u00e0 vapeur. Parfois en parlant pour imiter la fum\u00e9e d&rsquo;un feu \u00e9touff\u00e9 ou un brouillard montant de la vall\u00e9e. Cela m\u2019avait impressionn\u00e9. Son amour protecteur pour la famille lui avait \u00f4t\u00e9 toute envie de gaspillage. C\u2019\u00e9tait sa marque de fabrique. Plus tard, lorsque j\u2019avais pris de l\u2019\u00e2ge, il me disait\u00a0: \u00ab\u00a0Simonu, quandu voli, ti f\u00f2 un bello vestitu\u00a0!\u00a0\u00bb (Quand tu veux, je te fais un beau costume) Je me souviens de cette phrase comme s\u2019il l\u2019avait prononc\u00e9e hier. Je retrouvais son caract\u00e8re, son estampille, lorsqu\u2019il se d\u00e9pla\u00e7ait en mobylette, toujours tr\u00e8s prudent, tenant sa droite \u00e0 la perfection. Un homme difficile \u00e0 prendre en d\u00e9faut, un p\u00e8re de famille exemplaire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/42472973_235757780438408_795852084124581888_lmnl.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17039\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Rinaldu \u00e0 gauche avec mon p\u00e8re et son \u00e2ne Roland qui prenait la rel\u00e8ve de Campo.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Oh\u00a0! Simon, tu t\u2019\u00e9gares l\u00e0\u00a0!<br>&#8211; Qui a dit \u00e7a ? Non, je voulais faire un clin d\u2019\u0153il aux enfants du tailleur qui demandent encore des nouvelles du village. Il \u00e9tait italien et a d\u00fb retrouver sa r\u00e9gion d\u2019origine, j\u2019imagine, mais je n\u2019en suis pas certain. On l\u2019appelait Rinaldu par ici\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc, les bottes du facteur nous fascinaient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certains \u00e9taient admiratifs des molleti\u00e8res de leurs p\u00e8res. A d\u00e9faut, de bottes en cuir trop on\u00e9reuses, certains paters portaient des protections en toile renforc\u00e9e, tr\u00e8s solide, pour aller trimer aux champs. Un des enfants, bien avant que je sois n\u00e9, en \u00e9tait tellement amoureux fou qu\u2019un jour il d\u00e9clara\u00a0: \u00ab\u00a0Si papa meurt \u00e0 la guerre, je vais mettre ses molle\u2026ti\u00e8res\u00a0!\u00a0\u00bb Ceci chant\u00e9 sur un mode joyeux difficile \u00e0 faire entendre en \u00e9crivant. Bon, j\u2019ai os\u00e9 raconter cette anecdote car aujourd\u2019hui mieux vaut tourner sa langue dix-sept fois dans bouche avant de parler, de la sorte, on a toutes les chances d\u2019oublier ce qu\u2019on voulait dire\u2026<br>On pense vivre une \u00e9poque lib\u00e9r\u00e9e mais mieux vaut garder bouche cousue le plus souvent possible. Les bien-pensants veillent au grain et usent facilement du panpan cucul.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019\u00e9gare encore&nbsp;? Non, je me prom\u00e8ne avec vous, c\u2019est agr\u00e9able vous ne pensez pas&nbsp;? J\u2019ai l\u2019impression que nous sommes c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et que nous devisons agr\u00e9ablement en musardant sur les sentiers de la Navaggia. Vous voyez ces fleurs, vous sentez ces parfums&nbsp;? Oui&nbsp;? J\u2019en \u00e9tais s\u00fbr, il suffit de se laisser guider\u2026<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/img_0553.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17047\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>La vip\u00e9rine a envahi les berges du ru de Funtanedda tout au fond de la Navaggia.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec nos envies et notre imagination fertile d&rsquo;enfants peu g\u00e2t\u00e9s, nous avions trouv\u00e9 le moyen de nous fabriquer des bottes sur le champ. <br>C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9t\u00e9, nous \u00e9tions en short et en sandales. Un ru musardait juste devant Funtanedda qui alimentait la source au passage, de son eau fra\u00eeche. La chaleur saisonni\u00e8re l\u2019avait un peu assoupi, nous avions remarqu\u00e9 qu\u2019un endroit tr\u00e8s glaiseux assez profond \u00e9tait rest\u00e9 humide. Nous \u00f4tions nos spartiates puis nous nous enfoncions progressivement dans la glaise jusqu\u2019au genou. Apr\u00e8s un effet ventouse qui nous amusait beaucoup avec son bruit d&rsquo;aspiration, nous ressortions nos jambes chauss\u00e9es de bottes, de taille et de pointure parfaites. Les plus courts en pattes, dont je faisais partie, se confectionnaient des cuissardes. Nos gambettes fra\u00eechement glais\u00e9es, nous nous s\u00e9chions au soleil. Pendant une bonne partie de l&rsquo;apr\u00e8s-midi nous profitions de notre nouvelle acquisition en d\u00e9ambulant dans les parages comme si nous \u00e9tions sur un podium de mode. Nous prenions soin de nos chausses toutes neuves avant de rentrer chez nous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re fois, nous f\u00fbmes re\u00e7us vertement car cela compliquait la t\u00e2che \u00e0 la maison, il n\u2019y avait pas d\u2019eau courante pour nous laver.<br>Nous avions retenu la le\u00e7on.<br>Nous nous attardions plus longtemps du c\u00f4t\u00e9 de la petite fontaine pour porter nos bottes un bon moment. Nous avions tout loisir de les admirer avant de passer nos jambes sous le filet d\u2019eau fra\u00eeche, non pour les effacer\u2026<br>C\u2019\u00e9tait notre mani\u00e8re de les ranger jusqu\u2019au prochain rendez-vous \u00ab\u00a0di Funtanedda\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je doute fort qu&rsquo;il y ait, de nos jours, un chausseur sachant chausser mieux que le ru di Funtanedda nagu\u00e8re&#8230; Il d\u00e9livrait toutes les pointures sur mesure.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un r\u00e9cit mod\u00e8le de digressions. C&rsquo;\u00e9tait un jour de pluie. Alors, je suis rest\u00e9 \u00e0 l\u2019abri \u00e0 m\u2019inventer de quoi nourrir mon blog quelques minutes, c\u2019est un agr\u00e9able passe-temps. 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