{"id":51664,"date":"2023-05-15T18:26:38","date_gmt":"2023-05-15T18:26:38","guid":{"rendered":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=51664"},"modified":"2023-05-18T07:10:49","modified_gmt":"2023-05-18T07:10:49","slug":"lasinu-di-babba","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=51664","title":{"rendered":"L&rsquo;asinu di babb\u00e0."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9sormais atteint par la limite d\u2019\u00e2ge, il fallait se s\u00e9parer de Campo. <br>Son poil gris, devenu broussailleux, terne et clairsem\u00e9, virait au blanc trahissant une vieillesse avanc\u00e9e. <br>Le pas pesant, la t\u00eate constamment baiss\u00e9e et l\u2019\u0153il fatigu\u00e9 ne laissaient aucun doute sur sa fin de vie de labeur. Il fallait s\u2019en s\u00e9parer. <br>Souvent, les \u00e2nes vieillissants \u00e9taient vendus \u00e0 des maquignons qui passaient dans les villages certains mois de l\u2019ann\u00e9e. Il ne fallait pas manquer ce rendez-vous tri-annuel. C\u2019\u00e9tait ainsi. Campo&nbsp;avait eu plus de chance, p\u00e8re ne souhaitait pas le voir finir en mortadelle, il partit pour deux sous,&nbsp;servir de tondeuse&nbsp;dans le jardin d\u2019un vague ami, sans ostentation, dans la plus grande discr\u00e9tion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rares \u00e9taient les familles qui ne poss\u00e9daient un \u00e9quid\u00e9, \u00e2ne ou mulet, n\u00e9cessaire \u00e0 la vie d\u2019alors \u00e0 la campagne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Roland prenait la suite de Campo. <br>Papa avait retrouv\u00e9 le sourire en l\u2019installant dans la maisonnette du jardin. Un abri situ\u00e9 sous la fen\u00eatre de ma chambre, qui servait \u00e0 entreposer les outils et loger les animaux de la famille, ch\u00e8vres ou \u00e2nes, selon les ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/dsc_0016.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15725\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La cabane avait cette allure, moins luxueuse.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les murs en pierres s\u00e8ches soutenaient une charpente originale avec ses billes de ch\u00e2taignier, tordues, vieillies, dures comme du silex. Rien n\u2019\u00e9tait rectiligne comme si l\u2019on avait cherch\u00e9 une certaine originalit\u00e9 avec ces poutres destin\u00e9es au rebut, accessibles au plus maigre des porte-monnaie. Les tuiles de r\u00e9cup\u00e9ration, presque toutes dissemblables, renfor\u00e7aient l\u2019id\u00e9e d\u2019un d\u00e9cor d\u2019artiste pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 une composition rococo. Une toiture sommaire&nbsp;dont les tuiles devenues&nbsp;rugueuses et poreuses retenaient facilement les poussi\u00e8res et l\u2019humidit\u00e9 constituant un substrat id\u00e9al pour les plantes peu exigeantes. Le temps apportait sa touche in\u00e9luctable en dessinant&nbsp;des plages&nbsp;de lichens et de mousses. Les polypodes y prosp\u00e9raient, se dressaient par bouquets comme des mini-sapins et quelques gramin\u00e9es dont les semences emport\u00e9es par le vent avaient atterri l\u00e0, s\u2019\u00e9lan\u00e7aient en tiges fines, bien d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 pointer vers le ciel. L\u2019ensemble semblait \u00eatre l\u2019\u0153uvre d\u2019un paysagiste baroque charg\u00e9 d\u2019embellir les toitures vieillissantes.<br>Les jours de pluie, Roland disposait de l\u2019eau courante \u00e0 domicile alors que nous avions d\u00fb patienter longtemps, bien apr\u00e8s lui, avant de conna\u00eetre notre premier robinet en laiton. Rares \u00e9taient les toits sans soucis. Chaque famille connaissait le supplice de la goutte intempestive qui s\u2019\u00e9crasait au-dessus des t\u00eates dans un coin du grenier, les jours d\u2019averses fournies. Un tac ! tac ! lancinant avant le ploc ! ploc ! lorsque nous installions des bassines pour \u00e9viter l\u2019inondation.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/dsc_0032-001.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15729\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">V\u00e9g\u00e9tation de toiture, le polypode \u00e0 droite.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tr\u00e8s vite Roland comprit qu\u2019il avait deux m\u00e9tiers comme mon p\u00e8re. Les choses s\u2019organisaient simplement sans apprentissage pr\u00e9alable, l\u2019un et l\u2019autre \u00e9taient faits pour s\u2019entendre. Le matin aux aurores, ils partaient, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, comme deux vieux copains, en direction du village. <br>Papa \u00e9tait employ\u00e9 par la commune au service de voirie, charg\u00e9 de nettoyer les rues. <br>U spazzinu, disait-on.<br>L\u2019\u00e2ne devenait chauffeur de tombereau tandis que son ma\u00eetre s\u2019occupait de diriger les op\u00e9rations en donnant de la voix. Roland \u00e9tait m\u00e9canis\u00e9 et ob\u00e9issait \u00e0 toutes les injonctions. Il avan\u00e7ait, allait \u00e0 hue ou \u00e0 dia, s\u2019arr\u00eatait pile sur une simple intonation. <br>L\u2019\u00e9t\u00e9, il fallait bien \u00e9pater le petit fan club compos\u00e9 de touristes inform\u00e9s par les gens du village. Durant la p\u00e9riode estivale, p\u00e8re sortait son attirail destin\u00e9 \u00e0 fid\u00e9liser son public des rues qui l\u2019accompagnait jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9charge situ\u00e9e \u00e0 la sortie du village. L\u2019animal portait, pour l\u2019occasion, son collier de clochettes qui tintaient \u00e0 chaque pas et ses pompons color\u00e9s qui roulaient sur le chanfrein. Cela se terminait souvent devant un verre offert par les visiteurs, au bar dit \u00ab&nbsp;Chez Vescu&nbsp;\u00bb alors que Roland gar\u00e9 juste devant la porte, la bride l\u00e2ch\u00e9e sur le cou, patientait en m\u00e2chonnant une carotte. Siki, c\u2019\u00e9tait le surnom de mon p\u00e8re, disposait d\u2019un petit stock de&nbsp;racines orang\u00e9es dans ses poches pour r\u00e9conforter son compagnon.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/image0-3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15726\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pompons et clochettes.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, ils repartaient au jardin situ\u00e9 \u00e0 trois kilom\u00e8tres environ de la maison pour une deuxi\u00e8me \u00e9tape laborieuse. <br>A la saison des semailles, Roland trimballait les sacs de fumier ramass\u00e9 dans sa cabane et revenait all\u00e9g\u00e9. Au moment des r\u00e9coltes, c\u2019\u00e9tait l\u2019inverse, il partait guilleret avec le b\u00e2t qui servait \u00e0 \u00e9quilibrer les charges sur son dos et revenait alourdi de sacs de pommes de terre. Les jours de tubercules \u00e9taient sans doute les plus p\u00e9nibles car la route \u00e9tait longue et escarp\u00e9e. Il avait m\u00e9moris\u00e9 le chemin et filait sans jamais regimber, ni se braquer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Roland n\u2019\u00e9tait pas un simple v\u00e9hicule pour soulager le dos humain. En cheminant flanc \u00e0 flanc avec mon p\u00e8re qui lui parlait comme on le ferait avec une personne, aucun doute ne subsistait sur leur complicit\u00e9. D\u2019ailleurs, les jours de beau temps, \u00e0 l\u2019approche de l\u2019\u00e9t\u00e9, lorsque p\u00e8re s\u2019arr\u00eatait pour dire un mot doux \u00e0 son compagnon, ce dernier retroussait sa l\u00e8vre sup\u00e9rieure d\u00e9couvrant ses larges incisives et partait dans un vaste \u00e9clat de rire \u00e0 la Fernandel. Il se mettait \u00e0 braire de joie \u00e0 l\u2019oreille de papa qui l\u2019attrapait par le cou pour se serrer contre lui. Ils riaient tous les deux, t\u00eate contre t\u00eate\u2026 <br>Je les vois encore faisant une halte dans la mont\u00e9e entre Pilili et l\u2019ancienne gendarmerie. <br>Deux silhouettes complices marquaient un arr\u00eat au sommet de la c\u00f4te, leur filigrane se lisait dans le ciel bleu comme s\u2019ils avaient voulu imprimer leur image, la graver d\u00e9finitivement dans mes souvenirs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je viens d\u2019entendre un braiement d\u2019acquiescement au-dessus de ma t\u00eate, c\u2019est probablement Roland qui se manifeste. P\u00e8re doit \u00eatre dans les parages, tout va bien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Papa ne savait pas lire. Il faisait semblant de s\u2019int\u00e9resser aux nouvelles, parfois en \u00ab&nbsp;lisant&nbsp;\u00bb le journal \u00e0 l\u2019envers pour amuser la galerie. Ses fans f\u00e9minins adoraient ses fac\u00e9ties, j\u2019entends encore l\u2019une d\u2019elles d\u00e9clarant \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce qu\u2019il est marrant&nbsp;\u00bb, elle ignorait qu\u2019il \u00e9tait analphab\u00e8te\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/image0-9.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15727\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le voici, \u00e0 droite avec son ami Alphonse, faisant mine de s\u2019int\u00e9resser aux nouvelles du continent.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https%3A%2F%2Fsimonuhome.wpcomstaging.com%2F%3Fp%3D15720\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\"><\/a><a href=\"http:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?text=Roland.&amp;url=https%3A%2F%2Fsimonuhome.wpcomstaging.com%2F%3Fp%3D15720\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?mini=true&amp;url=https%3A%2F%2Fsimonuhome.wpcomstaging.com%2F%3Fp%3D15720&amp;title=Roland.\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\"><\/a><a href=\"https:\/\/api.whatsapp.com\/send?text=Roland.%20https%3A%2F%2Fsimonuhome.wpcomstaging.com%2F%3Fp%3D15720\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\"><\/a><a><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https%3A%2F%2Fsimonuhome.wpcomstaging.com%2F%3Fp%3D15720\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\"><\/a><a href=\"http:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?text=Roland.&amp;url=https%3A%2F%2Fsimonuhome.wpcomstaging.com%2F%3Fp%3D15720\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?mini=true&amp;url=https%3A%2F%2Fsimonuhome.wpcomstaging.com%2F%3Fp%3D15720&amp;title=Roland.\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\"><\/a><a href=\"https:\/\/api.whatsapp.com\/send?text=Roland.%20https%3A%2F%2Fsimonuhome.wpcomstaging.com%2F%3Fp%3D15720\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\"><\/a><a><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9sormais atteint par la limite d\u2019\u00e2ge, il fallait se s\u00e9parer de Campo. 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